Anatomie d'un bon prompt
Un modèle de langage ne devine pas vos intentions : il s'appuie uniquement sur le texte que vous lui donnez. Un prompt vague produit une réponse générique ; un prompt précis produit une réponse utile. Dans cette leçon, vous allez apprendre une structure simple en cinq ingrédients, applicable à presque toutes les situations, et écrire les premiers prompts de votre bibliothèque.
Pourquoi la formulation change tout
Souvenez-vous de la leçon précédente : le modèle prolonge le texte de la façon la plus plausible. Si votre demande tient en six mots, des milliers de réponses sont plausibles, et le modèle choisit la plus « moyenne ». À l'inverse, si vous précisez la situation, le public, la forme et les limites, le champ des suites plausibles se réduit autour de ce que vous voulez vraiment.
Une analogie : vous confiez une mission à un stagiaire brillant mais qui ne connaît ni votre entreprise ni vos habitudes. Si vous lui dites seulement « fais-moi un mail », il fera un mail. Si vous lui expliquez à qui il s'adresse, pourquoi, avec quel ton et quelle longueur, vous gagnerez un temps considérable. Le modèle est ce stagiaire : très rapide, mais sans aucun contexte implicite.
Les cinq ingrédients
- Rôle : qui doit parler ? (« Tu es un conseiller en orientation… »). Cela oriente le ton, le vocabulaire et le niveau de détail.
- Contexte : la situation, le public, l'objectif réel, les informations utiles. C'est souvent l'ingrédient le plus oublié, et le plus rentable.
- Tâche : ce que vous voulez précisément, avec un verbe d'action (rédige, compare, résume, corrige, classe, propose).
- Format : la forme attendue de la réponse (liste, tableau, 150 mots, e-mail en trois paragraphes, plan en deux niveaux).
- Contraintes : ce qu'il faut respecter ou éviter (ton, longueur, mots interdits, niveau de langage, « n'invente aucune donnée », « signale ce dont tu n'es pas sûr »).
Vous pouvez mémoriser l'ensemble par une petite phrase : qui parle, dans quelle situation, pour faire quoi, sous quelle forme, avec quelles limites.
Avant / après
Voici un prompt typique de débutant :
Écris un mail pour reporter une réunion.
Le résultat sera correct mais impersonnel : le modèle ne sait ni à qui vous écrivez, ni pourquoi, ni quel ton adopter. Voici la même demande, structurée :
Rôle : Tu es mon assistant de direction, courtois et concis.
Contexte : Je dois reporter une réunion de suivi de projet avec un client
important. Elle était prévue jeudi, un imprévu m'empêche d'y assister.
Tâche : Rédige un e-mail pour proposer un nouveau créneau.
Format : Objet + 3 phrases maximum + formule de politesse.
Contraintes : Ton professionnel et chaleureux, sans excuses excessives,
et laisse les dates entre crochets [date] pour que je les complète.
Chaque ligne retire une part d'incertitude. Le modèle n'a plus à deviner la longueur, le ton ni le destinataire, et vous n'avez plus à tout réécrire ensuite.
Astuce
Vous n'avez pas besoin des cinq ingrédients à chaque fois, ni de les étiqueter. Pour une question simple, une phrase claire suffit. Plus la tâche est importante, complexe ou répétée, plus il est rentable de détailler. Les étiquettes (« Rôle : », « Contexte : ») sont surtout utiles pour vous aider à ne rien oublier.
Zoom sur chaque ingrédient
Le rôle : utile, mais pas magique
Donner un rôle (« relecteur exigeant », « professeur patient », « responsable RH ») oriente le registre de la réponse. Il ne donne pas au modèle des compétences qu'il n'a pas : demander d'« agir comme un médecin » ne produit pas un avis médical fiable. Utilisez le rôle pour le style et le point de vue, pas comme garantie d'expertise.
Le contexte : ce qui est évident pour vous ne l'est pas pour lui
Précisez le public (« des collègues non techniciens »), l'objectif (« obtenir une validation d'ici vendredi »), la situation (« c'est le deuxième report »), et les informations de fond (« le client est sensible au respect des délais »). Sans cela, le modèle comble les trous avec des généralités.
La tâche : un verbe, un objet, un résultat
« Parle-moi de mon planning » est flou. « Propose un planning de révision sur deux semaines en alternant trois matières » est actionnable. Choisissez un verbe précis : rédige, résume, compare, classe, reformule, critique, liste, traduis.
Le format : décrivez la sortie comme un cahier des charges
Nombre de mots, nombre de points, présence de titres, table à trois colonnes, ordre des éléments : plus vous décrivez la forme, moins vous retravaillez. Nous approfondirons ce point au chapitre 3.
Les contraintes : formuler en positif
« Ne sois pas ennuyeux » aide moins que « Utilise un ton dynamique, une anecdote et des phrases courtes ». Une consigne positive indique la direction à suivre, alors qu'une consigne négative seule laisse le modèle deviner ce qu'il doit faire à la place. Les interdits restent utiles, notamment pour la fiabilité : « n'invente aucune donnée chiffrée », « n'ajoute aucune information qui ne figure pas dans le texte ».
Les erreurs fréquentes
- Trop vague : « Parle-moi du marketing. » Pour qui ? Sous quel angle ? Combien de temps ?
- Trop de demandes mélangées : « Résume, traduis, corrige et propose un plan » : mieux vaut découper en étapes (nous y reviendrons avec le chaînage).
- Contexte implicite : ce qui est évident pour vous ne l'est pas pour le modèle.
- Consigne négative seule : dites ce que vous voulez, pas seulement ce que vous ne voulez pas.
- Consignes contradictoires : « Sois très détaillé, en une phrase. » Le modèle devra arbitrer, rarement comme vous le souhaitez.
- Prompt sans critère de réussite : si vous ne savez pas à quoi ressemble une bonne réponse, vous ne saurez pas non plus la reconnaître.
Attention
N'incluez pas d'informations confidentielles pour « donner du contexte ». Décrivez la situation de façon générale ou anonymisée : « un client important du secteur industriel » plutôt que son nom. Nous reviendrons sur la protection des données au chapitre 4.
Un second exemple, côté apprentissage
Prompt faible : « Explique-moi la photosynthèse. »
Rôle : Tu es un professeur de sciences patient.
Contexte : Je suis adulte, je n'ai pas fait de sciences depuis le lycée
et je veux comprendre le principe général pour aider mon enfant.
Tâche : Explique la photosynthèse.
Format : Une analogie du quotidien, puis 4 étapes numérotées, puis une
question pour vérifier ma compréhension.
Contraintes : Pas de jargon sans définition, 200 mots maximum.
Remarquez que le prompt contient le niveau de l'élève, l'objectif, et la manière de terminer (une question de vérification). Vous obtenez une explication sur mesure plutôt qu'un article encyclopédique.
Réutiliser : passez du prompt au gabarit
Dès qu'un prompt fonctionne, transformez les éléments qui changent en repères entre crochets. Vous obtenez un gabarit que vous pourrez réutiliser :
Rôle : Tu es mon assistant de direction, courtois et concis.
Contexte : Je dois reporter [type de réunion] avec [destinataire]
prévue [date]. Raison : [raison générale, sans détail confidentiel].
Tâche : Rédige un e-mail pour proposer un nouveau créneau.
Format : Objet + [nombre] phrases maximum + formule de politesse.
Contraintes : Ton [ton], dates entre crochets.
C'est la première pierre de votre bibliothèque de prompts.
À vous de jouer
Exercice. Choisissez une tâche réelle parmi les trois de votre bibliothèque (message à un collègue, plan de révision, idée de repas, compte rendu…). Écrivez d'abord un prompt en une ligne, puis réécrivez-le avec les cinq ingrédients. Soumettez les deux versions à l'assistant et comparez : laquelle demande le moins de retouches ?
Voir une solution
Exemple avec la tâche « proposer un menu pour la semaine » :
Version courte : « Propose-moi des menus pour la semaine. » Résultat probable : une liste générique, sans lien avec vos contraintes.
Rôle : Tu es un conseiller en organisation des repas, pragmatique.
Contexte : Nous sommes deux adultes, un végétarien et un qui mange de tout,
avec 30 minutes maximum pour cuisiner en semaine et un budget serré.
Tâche : Propose cinq dîners pour du lundi au vendredi.
Format : Tableau à trois colonnes : jour, plat, temps de préparation.
Contraintes : Ingrédients faciles à trouver, un plat réutilisable en
déjeuner le lendemain, pas de plat identique deux fois.
La seconde version produit un tableau exploitable immédiatement. Notez dans votre bibliothèque la version structurée sous forme de gabarit, avec les éléments variables entre crochets.
À retenir
- Un bon prompt précise le rôle, le contexte, la tâche, le format et les contraintes.
- Le contexte est l'ingrédient le plus souvent oublié et souvent le plus utile ; le rôle oriente le style, il ne garantit pas l'expertise.
- Formulez les consignes en positif et évitez les demandes contradictoires ou trop mélangées.
- Adaptez le niveau de détail à l'importance de la tâche.
- Transformez un prompt réussi en gabarit réutilisable, et ne mettez jamais de données sensibles par simple commodité.
Dans la leçon suivante, nous verrons trois techniques qui permettent d'aller plus loin : les exemples, le raisonnement pas à pas, et l'itération.