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Technologie Décryptage

Facebook et TikTok accusés de faciliter le recrutement d'enfants par des groupes armés en Colombie

Un rapport de Human Rights Watch accuse Facebook et TikTok de ne pas empêcher la diffusion de contenus utilisés par des groupes armés colombiens pour recruter des mineurs, parfois âgés de seulement 9 ou 10 ans.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 25/08/2026 à 09:42 · 6 min de lecture
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Icônes d'applications de réseaux sociaux sur l'écran d'un smartphone
Icônes d'applications sociales sur un smartphone. Photo mikemacmarketing, licence CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
En bref
Sommaire
  1. Un rapport accablant sur les réseaux sociaux
  2. Des publications qui glorifient la vie dans les groupes armés
  3. Le rôle trouble des algorithmes de recommandation
  4. Les dissidences des FARC, principales responsables
  5. Des enfants de plus en plus jeunes recrutés
  6. Les communautés indigènes et les filles particulièrement exposées
  7. Les réponses timides de Meta et TikTok
  8. Une nouvelle offensive militaire du gouvernement colombien
  9. Un défi mondial de modération de contenu
  10. Un appel à renforcer la modération en Amérique latine
  11. Des familles démunies face au phénomène

Un rapport publié lundi 24 août par l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch accuse deux des plus grandes plateformes sociales au monde de faciliter, malgré elles ou non, le recrutement d'enfants par des groupes armés en Colombie. Selon l'ONG, Facebook et TikTok seraient incapables d'empêcher la diffusion de contenus glorifiant la vie dans les groupes criminels, et leurs propres algorithmes de recommandation contribueraient à amplifier ce phénomène auprès des plus jeunes utilisateurs.

Un rapport accablant sur les réseaux sociaux

Dans une enquête approfondie diffusée le 24 août, Human Rights Watch affirme que Facebook et TikTok, respectivement propriétés de Meta et de ByteDance, ne parviennent pas à endiguer la propagation de publications produites par des groupes armés colombiens à des fins de recrutement. Pire, selon l'ONG, « leurs algorithmes semblent même le promouvoir », un constat sévère qui pointe directement la responsabilité des systèmes de recommandation automatisés dans l'exposition des mineurs à ce type de contenu.

Des publications qui glorifient la vie dans les groupes armés

Les enquêteurs de HRW ont recensé de nombreuses publications dans lesquelles des membres de groupes criminels exhibent des liasses de billets et des bijoux, se filment dans des camps d'entraînement ou diffusent des vidéos accompagnées de narcocorridos, ces chansons mexicaines qui font l'apologie du monde des trafiquants de drogue. Ce type de contenu, largement partagé sur les deux plateformes, contribue à construire une image séduisante et valorisante de l'engagement armé auprès d'un public particulièrement vulnérable, celui des adolescents issus de milieux défavorisés.

Le rôle trouble des algorithmes de recommandation

Au delà de la simple présence de ces contenus, c'est surtout leur mode de diffusion qui inquiète l'ONG. Les systèmes de recommandation, conçus pour maximiser le temps passé sur les applications, auraient tendance à pousser ce type de vidéos vers des utilisateurs déjà exposés à des contenus similaires, créant un effet d'entraînement difficile à contrôler. Dans les commentaires de certaines publications, des utilisateurs demandent ouvertement comment rejoindre des organisations telles que le cartel du Clan del Golfo ou des guérillas d'extrême gauche, sans que ces échanges ne soient systématiquement modérés.

Les dissidences des FARC, principales responsables

Selon les données recueillies par Human Rights Watch, l'Armée de libération nationale ainsi que les sections dissidentes des Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui avaient rejeté l'accord de paix de 2016, seraient responsables de 74 % des cas de recrutement recensés. Bien que cet accord historique ait permis le désarmement de l'essentiel des FARC il y a près d'une décennie, ces dissidences et d'autres bandes armées se sont développées depuis, profitant notamment des espaces laissés vacants dans certaines régions rurales du pays.

Des enfants de plus en plus jeunes recrutés

Le rapport de l'ONG dresse un tableau préoccupant de l'évolution du profil des victimes. Entre 2020 et 2025, les groupes armés ont le plus souvent recruté des enfants âgés de 15 et 16 ans. D'après les données du ministère colombien de la défense citées par HRW, portant sur la période allant de janvier 2016 à octobre 2025, les mineurs recrutés avaient entre 7 et 17 ans, l'âge médian se situant à 15 ans aussi bien pour les garçons que pour les filles. Plus inquiétant encore, plus de 30 % des cas signalés concernaient des enfants âgés de seulement 10 à 14 ans, et des agents de protection de l'enfance ont indiqué à l'ONG avoir constaté un rajeunissement continu des recrues, certaines n'ayant que 9 ou 10 ans.

Les communautés indigènes et les filles particulièrement exposées

Le rapport souligne également que près de la moitié des mineurs concernés par ce que l'ONG qualifie de crime de guerre appartiennent à des communautés indigènes, souvent parmi les plus isolées et les plus pauvres du pays. Les filles, qui représentent environ 40 % des cas recensés, sont quant à elles particulièrement exposées à des violences sexuelles une fois intégrées dans ces groupes. Les enfants recrutés sont principalement utilisés pour combattre, recueillir du renseignement ou encore piloter des drones, une pratique qui s'est banalisée avec la sophistication croissante des équipements utilisés par ces organisations.

Les réponses timides de Meta et TikTok

Interrogées par Human Rights Watch, les deux entreprises ont assuré avoir supprimé les contenus provenant des groupes armés qui leur avaient été signalés par l'ONG. Meta a indiqué s'efforcer constamment d'améliorer sa stratégie de lutte contre le recrutement de mineurs sur ses plateformes, tandis que ByteDance affirme empêcher de manière proactive les groupes armés illégaux et les organisations criminelles d'utiliser TikTok à ces fins. Des assurances que l'ONG juge toutefois insuffisantes au regard de l'ampleur du phénomène documenté sur le terrain.

Une nouvelle offensive militaire du gouvernement colombien

Ce rapport survient alors que le nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella, figure de la droite dure arrivée au pouvoir depuis moins d'un mois, a lancé une vaste offensive militaire contre ces groupes armés, avec le soutien logistique des États Unis et d'Israël. Cette stratégie sécuritaire, saluée par certains observateurs mais critiquée par d'autres qui redoutent une escalade de la violence dans les zones rurales, illustre la difficulté persistante de l'État colombien à reprendre pleinement le contrôle de son territoire près d'une décennie après l'accord de paix historique de 2016.

Un défi mondial de modération de contenu

Au delà du cas colombien, cette affaire relance un débat plus large sur la responsabilité des grandes plateformes numériques face à des contenus qui, sans être explicitement illégaux, servent des intérêts criminels bien identifiés. La difficulté à distinguer une publication anodine d'un contenu de propagande, combinée à la puissance des algorithmes de recommandation, place les régulateurs du monde entier face à un défi technique et éthique considérable, alors même que les usages des réseaux sociaux continuent de se développer très largement chez les adolescents, y compris dans les zones de conflit les plus reculées.

Un appel à renforcer la modération en Amérique latine

Human Rights Watch appelle désormais Meta et ByteDance à renforcer considérablement leurs équipes de modération en langue espagnole dédiées à la Colombie et, plus largement, à l'Amérique latine, une région où les groupes criminels armés ont déjà montré, ces dernières années, une grande capacité à s'approprier les codes des réseaux sociaux pour recruter, intimider ou diffuser leur propagande. L'ONG demande également une plus grande transparence sur le fonctionnement des algorithmes de recommandation, afin que des chercheurs indépendants puissent vérifier si ces systèmes favorisent effectivement, même involontairement, la diffusion de contenus liés au recrutement d'enfants.

Des familles démunies face au phénomène

Sur le terrain, des associations locales de protection de l'enfance racontent le désarroi de nombreux parents, souvent incapables de surveiller l'usage que leurs enfants font des réseaux sociaux, faute de moyens ou de connaissance des outils numériques. Dans certaines régions rurales où l'État colombien reste peu présent, le téléphone portable est parfois le seul lien des adolescents avec le monde extérieur, ce qui rend d'autant plus difficile la prévention face à des recruteurs capables de flatter, promettre de l'argent facile ou jouer sur le sentiment d'appartenance à un groupe.

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