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Philippe Bouvard, figure historique de la radio et de la télévision françaises, est mort à 96 ans

L'animateur des « Grosses Têtes » et du « Théâtre de Bouvard », journaliste et chroniqueur, est mort à son domicile de Cannes, a annoncé son épouse à RTL.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 24/08/2026 à 12:57 · 6 min de lecture
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Philippe Bouvard
En bref
Sommaire
  1. Une jeunesse marquée par la guerre
  2. Une carrière hors norme dans la presse écrite
  3. L'homme des « Grosses Têtes »
  4. Le petit écran et le théâtre
  5. Une reconnaissance officielle tardive
  6. Une empreinte durable sur les médias français
  7. Un homme lucide face à la mort
  8. Un hommage unanime dans le monde des médias

Philippe Bouvard, journaliste, humoriste et figure historique de la radio et de la télévision françaises, est mort à l'âge de 96 ans à son domicile de Cannes (Alpes-Maritimes), lundi 24 août. La nouvelle a été annoncée par son épouse à RTL. Animateur emblématique des « Grosses Têtes » et du « Théâtre de Bouvard », chroniqueur dans de nombreux titres de la presse écrite, il aura marqué plus d'un demi-siècle de médias français, traversant les époques sans jamais quitter le devant de la scène.

Une jeunesse marquée par la guerre

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, en Seine-et-Marne, Philippe Pierre Louis Bouvard grandit dans une famille recomposée après l'abandon de son père biologique le jour même de sa naissance. Élevé par son beau-père Jules Luzzato, tailleur pour homme d'origine juive arrêté par la Gestapo en 1942 avant d'être libéré grâce à l'intervention du recteur de la Grande Mosquée de Paris, le jeune Philippe vit une Occupation marquée par les déménagements incessants pour échapper aux arrestations et par la déportation de ses grands-parents adoptifs, assassinés à Auschwitz. Passé par plusieurs lycées parisiens dont il est renvoyé pour indiscipline, il échoue à trois reprises au baccalauréat avant d'intégrer, muni de son seul certificat d'études primaires, le Centre de formation des journalistes, dont il est là aussi renvoyé après quelques mois.

Une carrière hors norme dans la presse écrite

Entré en 1952 comme coursier au service photographique du Figaro, Philippe Bouvard obtient sa carte de presse dès janvier 1953 et gravit rapidement les échelons du quotidien, dont il dirige les pages parisiennes de 1962 à 1973. Il rejoint ensuite France-Soir comme rédacteur en chef, puis directeur et éditorialiste jusqu'en 1998, tout en collaborant à Paris Match, au Point et à L'Express. Il tiendra encore une chronique quotidienne dans Nice-Matin jusqu'en 2017 et un bloc-notes hebdomadaire dans Le Figaro Magazine jusqu'en 2020. Un parcours qui s'illustre en quelques chiffres impressionnants : plus de 30 000 articles publiés, plus de 50 livres écrits, 6 000 émissions de télévision et 18 000 émissions de radio présentées au fil des décennies.

L'homme des « Grosses Têtes »

C'est en 1977, sur une proposition du directeur de RTL Jean Farran, que naît « Les Grosses Têtes », le divertissement quotidien qui deviendra l'émission de radio la plus écoutée de France et qu'il animera pendant 37 ans, jusqu'en 2014. Il y réunit des personnalités et humoristes autour de jeux et de chroniques savoureuses, révélant ou popularisant des générations entières de sociétaires, de Pierre Bellemare à Jean-Marie Bigard en passant par Chevallier et Laspalès. Il essuie aussi, le 23 septembre 1985, la fusillade d'un déséquilibré à la sortie du studio, dont il sort légèrement blessé. Remercié par RTL en 2000, remplacé un temps par Christophe Dechavanne, il retrouve l'antenne dès 2001 et dirige l'émission jusqu'à ses 84 ans, où il cède sa place à Laurent Ruquier avec, selon ses propres mots, un « gros chagrin ».

Le petit écran et le théâtre

À la télévision, où il produit et anime dès 1971 l'émission « Samedi soir » depuis le restaurant parisien Maxim's, Philippe Bouvard invente en 1982 « Le Théâtre de Bouvard » sur Antenne 2, qui fera découvrir toute une génération de comiques, de Mimie Mathy aux Inconnus. Auteur d'une quarantaine de livres, de pièces de théâtre et de sketches, il dirige également la salle de spectacles Gaîté-Bobino de 1990 à 2006 et incarne son propre rôle dans le film « L'Aile ou la Cuisse » de Claude Zidi en 1976. Grand amateur de jeux d'argent depuis ses vingt ans, il consacrera plusieurs ouvrages à sa passion pour le poker, la roulette et le blackjack.

Une reconnaissance officielle tardive

Fait chevalier de la Légion d'honneur par Jean-Pierre Raffarin en 2005 puis commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres en 2019, Philippe Bouvard avait officiellement annoncé sa retraite en juin 2024, à l'âge de 95 ans, après soixante ans de carrière à la radio. Il continuait toutefois d'intervenir ponctuellement sur RTL, où il avait resigné en 2023 pour une cinquante-septième année consécutive dans la station qui aura porté l'essentiel de sa carrière radiophonique. Il avait également reçu en 2014 le Laurier d'or de la radio pour l'ensemble de sa carrière, et son entrée au musée Grévin dès les années 1980 témoignait déjà, de son vivant, de la place qu'il occupait dans l'imaginaire collectif des Français.

Une empreinte durable sur les médias français

Au-delà des « Grosses Têtes », Philippe Bouvard aura contribué à façonner le paysage radiophonique français en révélant ou en donnant une tribune régulière à des générations d'humoristes et de chroniqueurs, qui lui doivent une partie de leur notoriété. Sa longévité exceptionnelle à l'antenne, plusieurs décennies durant sur la même station, reste un cas rare dans l'histoire des médias en France. Il avait également marqué les esprits par un art consommé de la formule et de la répartie, cultivant dans ses nombreux ouvrages une image d'« oursin » à la fois amicale et caustique, qu'il déclinait avec un plaisir non dissimulé dans des titres provocateurs comme Un oursin dans le caviar ou Tous des hypocrites sauf vous et moi.

Un homme lucide face à la mort

Philippe Bouvard avait lui-même donné le ton qu'il faudrait retenir de sa disparition. En 2013, dans son livre Je crois me souvenir… (Flammarion), il écrivait en exergue : « J'ai été un jeune sacripant, mais pas flemmard, avant de devenir un vieux con, mais pas blasé. Je ne suis fier de rien. Je suis seulement reconnaissant envers ce Dieu, auquel je déplore de ne pas croire, de m'avoir évité le pire avant l'inéluctable. » Il avait par ailleurs publié dès 2009 une autobiographie posthume intitulée Je suis mort, et alors ?, publiée de son vivant, preuve supplémentaire de la lucidité et de la malice qui auront accompagné toute sa vie et toute sa carrière, jusque dans la manière dont il envisageait sa propre fin.

Un hommage unanime dans le monde des médias

Dès l'annonce de sa disparition, les hommages se sont multipliés parmi ses anciens confrères et les générations d'humoristes qu'il avait contribué à révéler. Laurent Ruquier, qui lui avait succédé à la tête des « Grosses Têtes » en 2014, a salué un « monument de la radio et de la télévision françaises », tandis que RTL a annoncé une soirée spéciale en sa mémoire, retraçant six décennies de carrière au micro de la station. Ces hommages témoignent de la place singulière occupée par Philippe Bouvard dans le paysage audiovisuel français, à la croisée de la presse écrite, de la radio et de la télévision, et de l'affection que lui portait un public fidèle depuis les années 1970.

Source : d'après Le Monde et RTL.

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