L'Arabie saoudite va investir 6 milliards d'euros pour construire trois parcs d'attractions près de Paris. L'annonce a été faite lundi 24 août par Emmanuel Macron, à l'issue d'une visite à Paris du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, qui dirige de facto le royaume. Un protocole d'accord a été signé entre la France et le fonds souverain saoudien pour ce projet présenté comme le plus important dans le secteur des loisirs depuis l'ouverture de Disneyland Paris en 1992.
Un accord signé lors d'une visite officielle à Paris
C'est lors d'un déplacement à Paris du prince héritier Mohammed Ben Salman, surnommé « MBS », que l'accord a été formalisé. Les trois parcs doivent voir le jour près de Cergy Pontoise, dans le Val d'Oise, sur le site de l'ancien parc Mirapolis, fermé depuis trente cinq ans. Le projet sera porté par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien dédiée aux investissements dans le divertissement, le sport et la culture. Emmanuel Macron a annoncé la nouvelle sur le réseau social X, saluant un investissement « sans précédent » qu'il a comparé au lancement de Disneyland Paris.
Un des deux parcs consacré à l'univers Dragon Ball
Selon une conseillère de l'Elysée citée par l'Agence France Presse, l'un des trois parcs sera probablement dédié à l'univers du manga culte Dragon Ball. Les rumeurs sur ce projet avaient déjà circulé pendant l'été, sans confirmation officielle jusqu'à cette annonce. Les thèmes des deux autres parcs n'ont pas été précisés à ce stade. Leur construction et leur ouverture devraient s'étaler sur plusieurs années, sans calendrier arrêté pour le moment.
Une passion commune pour les mangas à l'origine du projet
Le projet serait né d'une discussion informelle entre Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien en décembre 2024, lors d'un déplacement du président français à Ryad. Les deux hommes auraient alors découvert une passion commune pour les mangas, et notamment pour la série Dragon Ball Z. Le fonds souverain saoudien souhaitait de longue date implanter des parcs d'attractions dans plusieurs pays du monde, avant de confirmer son intérêt pour une installation en France. Sous le pilotage de la présidence de la République, plusieurs sites potentiels ont ensuite été identifiés et proposés aux investisseurs saoudiens.
Cergy Pontoise choisie pour sa proximité avec Disneyland Paris
Le choix s'est porté sur Cergy Pontoise en raison de sa bonne connectivité avec la métropole parisienne et de sa proximité géographique avec Disneyland Paris, selon l'entourage du président. L'objectif affiché est d'attirer des touristes et des visiteurs susceptibles de se rendre dans plusieurs parcs différents au cours d'un même séjour en Ile de France ou en France. Ce positionnement rappelle la stratégie déjà à l'œuvre autour du complexe de Marne la Vallée, où se concentrent plusieurs attractions touristiques majeures depuis l'ouverture d'Euro Disney.
Vingt deux mille emplois directs attendus
Le chef de l'Etat a mis en avant les retombées économiques du projet, évoquant la création de vingt deux mille emplois directs selon les estimations avancées par ses services. Interrogée sur l'opportunité de confier un tel projet à un investisseur saoudien, malgré les critiques régulièrement adressées au royaume sur son bilan en matière de droits humains, une conseillère de l'Elysée a défendu la position de la présidence. « A aucun moment quand on attire un projet, on cherche à donner des leçons ailleurs », a t elle répondu, ajoutant que la France serait la première bénéficiaire de cet investissement.
Un rapprochement économique assumé entre Paris et Ryad
Au delà du seul projet de parcs d'attractions, la journée de lundi a été marquée par plusieurs annonces illustrant le resserrement des liens entre la France et l'Arabie saoudite. Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salman ont ainsi présidé la première réunion du conseil de partenariat stratégique franco saoudien, une instance créée lors d'une précédente visite du président français à Ryad fin 2024. Des contrats ont également été signés pour le développement du port de Djedda avec le groupe CMA CGM, ainsi que pour la construction du métro de Riyad avec Alstom. La veille, dimanche, le prince héritier avait assisté à Paris à la finale de l'Esports World Cup, organisée pour la première fois hors d'Arabie saoudite.
Un interlocuteur incontournable au Moyen Orient
De l'Iran au Liban en passant par les questions énergétiques et de défense, Mohammed Ben Salman est devenu ces dernières années un interlocuteur central pour de nombreuses capitales occidentales au Moyen Orient. Paris entend préserver son influence dans la région tout en développant une relation économique appelée à prendre de l'ampleur avec Ryad. Ce rapprochement s'inscrit dans un mouvement plus large de diversification des investissements saoudiens, le royaume cherchant à réduire sa dépendance aux revenus pétroliers en multipliant les placements dans le tourisme, le divertissement et les infrastructures à l'étranger.
Un contexte saoudien marqué par un recentrage des ambitions
Cette annonce intervient dans un contexte où l'Arabie saoudite a dû revoir à la baisse plusieurs de ses projets les plus ambitieux sur son propre territoire, notamment autour du programme Vision 2030 porté personnellement par Mohammed Ben Salman. Confronté à des coûts largement supérieurs aux prévisions initiales et à une baisse des revenus pétroliers, le royaume a été contraint d'étaler dans le temps certains chantiers pharaoniques, comme la ville futuriste de Neom. L'investissement dans des parcs d'attractions en France s'inscrit ainsi dans une stratégie plus mesurée, misant sur des marchés touristiques matures plutôt que sur des créations urbaines entièrement nouvelles.
Un projet concurrent porté par la région Ile de France
L'annonce du projet saoudien intervient alors que la présidente de la région Ile de France, Valérie Pécresse, avait elle même évoqué plus tôt dans la journée de lundi un autre projet de parc d'attractions inspiré du manga Dragon Ball, sur lequel ses services travailleraient depuis dix huit mois. « C'est un projet de l'ampleur de Disney qui pourrait vraiment conforter l'attractivité touristique de l'Ile de France », avait elle déclaré, sans préciser si son initiative rejoignait ou concurrençait celle annoncée par l'Elysée. Les liens entre les deux projets n'ont pas été clarifiés dans l'immédiat, alimentant certaines interrogations sur la coordination entre l'Etat et les collectivités locales sur ce dossier.
Quel calendrier pour la suite du projet
Aucune date d'ouverture n'a pour l'instant été communiquée pour les trois parcs annoncés. Les prochaines étapes devraient porter sur les études de faisabilité, l'obtention des autorisations d'urbanisme et le lancement des premiers travaux sur le site de l'ancien parc Mirapolis. Le gouvernement devrait également devoir clarifier les modalités de financement et de gouvernance du projet, ainsi que la répartition des retombées fiscales entre l'Etat, la région et les collectivités locales concernées. Ce chantier s'annonce en tout cas comme l'un des dossiers économiques et touristiques les plus suivis des prochaines années en Ile de France.
Source : d'après Le Monde et l'Agence France Presse.
