Une flambée tarifaire inédite
La guerre commerciale entre le Canada et les Etats-Unis a franchi un nouveau palier ce week-end. De nouveaux droits de douane américains, atteignant 50 % sur une série de produits canadiens, sont entrés en vigueur samedi 22 août, après l'échec de ce que Le Monde a qualifié de « négociations de la dernière chance » entre Washington et Ottawa. Faute d'accord trouvé vendredi, le gouvernement de Mark Carney a choisi la voie de la fermeté plutôt que celle du compromis.
Dimanche 24 août, le premier ministre canadien a dénoncé sans détour la « guerre » commerciale lancée par Donald Trump contre son pays, tout en exprimant son inquiétude face à ce qu'il a qualifié de « menaces contre la langue française », en référence aux tensions plus larges que ce conflit commercial fait peser sur l'unité nationale canadienne, notamment vis-à-vis du Québec. Ottawa a annoncé qu'il appliquerait, à partir du 8 septembre, des surtaxes sur l'acier et les produits laitiers américains d'un montant équivalent, « au dollar près », selon les mots mêmes de Mark Carney, aux mesures américaines.
Une rupture avec la prudence diplomatique
Cette escalade marque une rupture avec la stratégie de négociation prudente adoptée par Ottawa depuis plusieurs mois. Le Monde relève que l'échec des discussions commerciales entre les deux pays met à l'épreuve la doctrine de fermeté du gouvernement canadien, qui avait pourtant multiplié les gestes d'apaisement envers l'administration américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les nouveaux droits de douane touchent en particulier le secteur agroalimentaire et une partie de l'industrie manufacturière canadienne, deux secteurs déjà fragilisés par plusieurs mois d'incertitude tarifaire.
Sur le plan intérieur, cette confrontation commerciale a eu un effet inattendu : elle a ravivé un sentiment d'unité nationale au Canada, où les partis politiques, y compris ceux traditionnellement les plus critiques envers Mark Carney, ont largement soutenu la ligne de fermeté du gouvernement fédéral. Ce raidissement commun contraste avec les tensions internes qui avaient marqué les premiers mois de la présidence Trump sur le dossier commercial, lorsque certaines provinces plaidaient encore pour une désescalade rapide.
La référence de Mark Carney à des « menaces contre la langue française » a par ailleurs été interprétée comme un signal adressé au Québec, où le gouvernement fédéral cherche à consolider son soutien face à une opinion publique parfois texte plus encline à ménager les intérêts américains, en particulier dans les secteurs de l'aluminium et du bois d'œuvre, très présents dans la province francophone.
Un conflit qui dépasse le cadre bilatéral
Ce nouvel épisode s'inscrit dans une séquence plus large de tensions commerciales entre Washington et plusieurs de ses partenaires historiques. Les Etats-Unis avaient par ailleurs annoncé, quelques jours plus tôt, une suspension temporaire de certaines taxes sur les importations de bœuf, une mesure destinée à contenir l'inflation intérieure sur les produits carnés, dont le prix a bondi de 15 % en un an outre-Atlantique. Cette asymétrie, entre fermeté affichée envers le Canada et concessions ponctuelles sur d'autres fronts, illustre la difficulté de l'administration américaine à mener une politique commerciale cohérente sur l'ensemble de ses partenariats.
Source : d'après Le Monde et l'AFP.
