Une attaque menée par des gangs armés dans la nuit de dimanche 23 à lundi 24 août a fait au moins 40 morts à Kenscoff, commune située dans les hauteurs de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Les assaillants ont fait irruption dans un camp de déplacés installé dans une église, exécutant plusieurs personnes lors de ce que le maire de la commune a qualifié de « nuit de terreur ».
Une attaque nocturne dans un camp de déplacés
Selon Massillon Jean, maire de Kenscoff, environ 40 personnes ont été tuées lors de cette attaque. « Nous avons dénombré une quarantaine de cadavres. Les recherches se poursuivent. Certaines personnes sont toujours portées disparues », a-t-il déclaré à l'Agence France Presse. Il a évoqué une « nuit de terreur » vécue par les habitants du camp.
Les membres de gangs armés ont fait irruption dans ce camp de déplacés installé à l'intérieur d'une église, un type de lieu fréquemment utilisé en Haïti pour abriter les familles chassées de leur domicile par la violence. Ils y ont exécuté plusieurs personnes. Le bilan fait également état de dizaines de blessés, et plusieurs habitants du camp auraient été enlevés lors de l'assaut, selon les déclarations du maire.
La compassion du gouvernement, des recherches toujours en cours
Le bureau du premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a exprimé dans un communiqué sa « profonde compassion » pour les victimes et leurs familles. Les opérations de recherche se poursuivaient encore mardi pour retrouver les personnes toujours portées disparues, selon les autorités locales, qui n'excluent pas que le bilan puisse encore évoluer dans les prochains jours.
Kenscoff est une commune montagneuse réputée pour son climat plus frais que celui de la capitale, traditionnellement prisée des habitants de Port-au-Prince pour ses week-ends et son agriculture maraîchère. Elle est devenue, comme d'autres localités situées à la périphérie de la capitale, une zone de plus en plus disputée par des groupes armés cherchant à étendre leur emprise territoriale.
Des renforts envoyés pour rétablir la sécurité
Le gouvernement haïtien a annoncé l'envoi de renforts dans la zone afin de rétablir la sécurité. Kenscoff est depuis plusieurs mois le théâtre d'affrontements entre groupes armés qui cherchent à étendre leur emprise sur cette région, jusque là relativement épargnée par rapport à d'autres quartiers de la capitale déjà largement sous contrôle des gangs.
Un pays miné depuis des années par la violence des gangs
Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, traverse depuis longtemps une crise politique, économique et sécuritaire profonde. Cette situation s'est largement détériorée ces dernières années, les gangs armés multipliant les meurtres, les enlèvements, les viols et le recrutement d'enfants dans plusieurs régions du pays, selon de nombreux témoignages recueillis ces derniers mois par la presse internationale.
Sur environ 11 millions d'habitants, près de 1,5 million de personnes sont aujourd'hui déplacées à l'intérieur du pays en raison des violences, selon une estimation publiée en juin par l'Organisation internationale pour les migrations. L'organisation a souligné que les attaques des gangs ne se limitaient pas à la seule capitale, mais touchaient également d'autres régions du territoire haïtien, y compris des zones rurales autrefois considérées comme relativement sûres.
Cette insécurité chronique a également des conséquences profondes sur le système éducatif haïtien, de nombreux établissements scolaires ayant dû fermer ou déplacer leurs classes en raison de la présence de groupes armés à proximité, privant des dizaines de milliers d'enfants d'un accès régulier à l'école.
Une force internationale encore en cours de déploiement
Face à des forces de police locales largement dépassées, une force de répression des gangs soutenue par les Nations unies est actuellement en cours de constitution pour venir en appui à la police haïtienne. Cette force doit, à terme, compter environ 5 500 policiers et militaires étrangers. Le nombre de policiers déjà déployés sur le terrain n'est toutefois pas connu à ce jour.
Cette attaque survient alors que la situation sécuritaire continue de se dégrader dans plusieurs zones du pays, où les groupes armés contrôlent des pans entiers du territoire, y compris à proximité immédiate de la capitale, rendant plus urgente encore la mise en place effective de cette force internationale.
Une coalition de gangs qui domine une large part de la capitale
Depuis 2024, plusieurs des principaux gangs de la région de Port-au-Prince se sont regroupés au sein d'une coalition surnommée Viv Ansanm, qui revendique le contrôle d'une grande partie de la capitale et de ses environs. Selon plusieurs estimations de responsables onusiens, ces groupes armés contrôleraient aujourd'hui une très large majorité du territoire de la capitale haïtienne, réduisant d'autant les zones encore administrées par l'Etat et sa police.
Une mission internationale d'appui à la sécurité, dirigée par le Kenya et déployée par intermittence depuis 2024 avec le soutien de plusieurs pays, avait déjà été mise en place pour tenter d'endiguer cette expansion, avec des résultats jugés limités par de nombreux observateurs. C'est dans la continuité de cette mission que doit désormais prendre le relais la force de répression des gangs soutenue par les Nations unies, dont la montée en puissance est présentée comme une priorité par la communauté internationale face à la détérioration continue de la situation.
Des réactions internationales et une population épuisée
Plusieurs organisations humanitaires présentes sur le terrain ont fait part de leur inquiétude face à la multiplication de ce type d'attaques contre des populations déjà déplacées, souvent installées dans des lieux de fortune faute d'infrastructures d'accueil suffisantes. Les responsables des Nations unies rappellent régulièrement que la crise haïtienne combine une dimension sécuritaire, une dimension humanitaire et une dimension politique, le pays étant privé depuis plusieurs années d'institutions pleinement stables et d'un président élu.
Pour les habitants de Kenscoff comme pour ceux de nombreuses autres communes de la région de Port-au-Prince, cette nouvelle attaque ravive la crainte de devoir, une fois de plus, fuir leur lieu de vie sans certitude de pouvoir un jour y revenir en sécurité. Les autorités locales appellent à une accélération du soutien international, estimant que la police haïtienne ne peut, seule, faire face à la puissance de feu et à l'organisation dont disposent désormais plusieurs de ces groupes armés.
Source : d'après Le Monde et l'Agence France Presse.
