Julian Alaphilippe, double champion du monde de cyclisme sur route, a annoncé vendredi 21 août la fin de sa carrière professionnelle, à l'âge de 34 ans. Le coureur français quitte le peloton après plus d'une décennie passée au sein de l'élite mondiale, avec 45 victoires à son palmarès, dont six étapes du Tour de France et le monument Milan San Remo. Sa décision intervient un an avant le terme du contrat qui le liait à l'équipe suisse Tudor.
Une annonce mûrement réfléchie sur les réseaux sociaux
C'est via un message publié sur Instagram que le coureur originaire de Montluçon a fait part de sa décision. « Après avoir mûrement réfléchi, j'ai eu l'honneur de clôturer ce chapitre de ma vie sur les Champs Elysées en passant par Montmartre, à Paris, lors de la dernière étape du Tour de France », a t il écrit. Quelques semaines plus tôt, il avait pourtant terminé l'épreuve dans les tréfonds du classement général, à la 125e place, très loin de ses performances habituelles des grandes années. « Il n'y a rien d'officiel, mais il ne faut pas s'attendre à me revoir », avait il alors glissé, laissant présager l'annonce qui allait suivre.
Le crépuscule d'une génération dorée du cyclisme français
Il y a d'abord eu Thibaut Pinot, en 2023, puis Romain Bardet, en 2025. Des têtes d'affiche du cyclisme français de la dernière décennie, il ne restait sur les routes que Julian Alaphilippe, peut être le coureur le plus emblématique d'entre eux au regard de son palmarès, à commencer par ses deux titres de champion du monde consécutifs, obtenus en 2020 à Imola, en Italie, puis conservés l'année suivante à Louvain, en Belgique. Ses qualités de puncheur, cette capacité à grimper efficacement dans les côtes courtes et difficiles, ainsi que son goût prononcé pour l'attaque en faisaient l'une des figures les plus populaires du peloton international, appréciée autant du public que de ses adversaires.
Des débuts fracassants chez Quick Step
Passé professionnel en 2013 au sein de l'équipe belge Quick Step, Julian Alaphilippe y écrit les plus belles lignes de son palmarès, au sein de ce qui restera connu comme le « wolfpack », la meute de loups, surnom donné à cette formation reconnue pour son agressivité collective en course. Sa carrière prend une nouvelle dimension en 2018, grâce à sa victoire sur la Flèche wallonne, sa toute première grande classique, avant qu'il ne lève les bras à deux reprises sur le Tour de France cette même année, terminant l'épreuve avec le maillot à pois du meilleur grimpeur sur ses épaules. L'année suivante confirme son éclosion aux yeux du public français et international, avec une série de succès de prestige : les Strade Bianche italiennes, Milan San Remo, l'un des cinq monuments du cyclisme mondial, une nouvelle Flèche wallonne, et quatorze jours passés avec le maillot jaune de leader du classement général du Tour de France, qu'il terminera finalement à la cinquième place.
La consécration mondiale à Imola puis Louvain
C'est en 2020, à Imola, que Julian Alaphilippe atteint les sommets de son sport en devenant champion du monde sur route, un titre qu'il parvient à conserver dès l'année suivante à Louvain, aux Pays Bas, entrant ainsi dans l'histoire du cyclisme français comme l'un des rares coureurs tricolores à avoir défendu avec succès sa couronne mondiale. La suite de sa carrière se révèle toutefois nettement plus compliquée, en raison de diverses chutes qui viendront émailler son parcours. Sa terrible chute sur Liège Bastogne Liège en 2022 marque un tournant, à partir duquel il s'efforcera sans relâche, mais sans jamais totalement y parvenir, de retrouver son meilleur niveau de performance.
Des hauts et des bas très sombres
« J'ai eu des hauts très hauts et des bas très sombres », confiait il au Monde en mars 2025, quelques mois après son départ houleux de la formation Quick Step, à la fin de la saison 2024, pour tenter de se relancer avec Tudor, une équipe suisse de deuxième division dirigée par l'ancien coureur Fabian Cancellara. Certes, il avait renoué avec la victoire à plusieurs reprises durant cette période difficile, avec la Faun Ardèche Classic et la deuxième étape du Critérium du Dauphiné en 2023, la douzième étape du Giro l'année suivante, puis le Grand Prix de Québec en 2025. Mais ces succès restaient d'une ampleur modeste au regard du palmarès d'un champion de son envergure. Pleinement conscient de l'écart grandissant qui le séparait désormais de la nouvelle génération, il admettait le 1er juillet dernier, lors d'une conférence de presse précédant le départ du Tour de France : « J'ai une moins bonne récupération que les jeunes qui arrivent. »
Une dernière course marquée par deux échappées infructueuses
De l'ultime épreuve de sa carrière, on retiendra surtout ses deux échappées infructueuses, lors des onzième et treizième journées du Tour de France 2026. Il tire finalement sa révérence sur une saison blanche, son meilleur résultat de l'année n'étant qu'une cinquième place obtenue au Grand Prix de Gippingen, en Suisse, une course secondaire du calendrier international. « C'est comme si ses jambes s'éteignaient et qu'il était contraint de ralentir », constatait sobrement son directeur sportif, le Néerlandais Addy Engels, auprès du journal L'Equipe, sans pour autant manquer de saluer la « bonne mentalité » et l'« état d'esprit combattant » de son coureur, des qualités qui auront forgé la légende de Julian Alaphilippe bien au delà de ses seuls titres et victoires.
Un rêve inaccompli sur la Grande Boucle
Avant le départ de cette dernière saison, Julian Alaphilippe confiait volontiers son rêve d'ajouter une sixième victoire d'étape à son palmarès sur le Tour de France, cinq ans après sa dernière, espérant clore sa carrière sur un ultime exploit à la hauteur de sa légende. Sur ce point précis, il aura finalement échoué, sans que cela n'entache véritablement l'empreinte durable qu'il laisse dans l'histoire du cyclisme français, entre ses titres mondiaux, ses classiques remportées et le style flamboyant qui aura marqué toute une génération d'amateurs du vélo.
Source : d'après Le Monde.
