Copier la citation
Commencez à taper pour rechercher

Michael Jackson, le roi de la pop : portrait d'une vie hors norme

« Le roi de la pop »

Enfant prodige des Jackson 5 devenu la plus grande star de l'histoire de la musique, Michael Jackson reste une figure aussi fascinante que controversée. Portrait complet d'une vie hors norme, entre génie artistique et zones d'ombre.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 24/08/2026 à 19:25 · 21 min de lecture
418 vues
Fiche d'identité
Naissance
29/08/1958
Mort
25/06/2009 (à 50 ans)
Profession
Chanteur, danseur, compositeur
Années actives
1964, 2009
Connu(e) pour
Thriller, le moonwalk, Bad
En bref

« Je veux que mes enfants aient ce que je n'ai jamais eu, une vraie enfance. »

— Michael Jackson

« Il restera l'un des artistes les plus influents et les plus doués que la musique populaire ait jamais connus. »

— Quincy Jones

« Thriller a redéfini ce qu'un album pop pouvait être. »

— Rolling Stone

Le 25 juin 2009, le monde entier apprenait la mort de Michael Jackson, terrassé par un arrêt cardiaque à Los Angeles, quelques semaines seulement avant le début de sa tournée d'adieu, This Is It. Plus de quinze ans après sa disparition, l'homme qu'on surnommait le roi de la pop reste une figure aussi fascinante que controversée, un enfant prodige devenu la plus grande star de l'histoire de la musique, puis un personnage tourmenté, cerné par les scandales, les procès et les métamorphoses physiques. Portrait d'une vie hors norme, entre génie artistique et zones d'ombre.

Une enfance volée à Gary, dans l'Indiana

Michael Joseph Jackson naît le 29 août 1958 à Gary, une ville industrielle de l'Indiana marquée par les aciéries et la pauvreté ouvrière. Il est le septième des neuf enfants de Joseph et Katherine Jackson. Son père, ancien boxeur devenu grutier, repère très tôt le talent vocal de ses fils et forme avec eux un groupe familial, les Jackson Brothers, qui deviendra bientôt les Jackson 5. La discipline imposée par Joseph Jackson est d'une dureté extrême, faite de répétitions incessantes, de brimades et, selon les témoignages ultérieurs de Michael lui même, de violences physiques et psychologiques. Cette enfance sacrifiée sur l'autel du succès familial marquera profondément l'artiste, qui déclarera à plusieurs reprises n'avoir jamais vraiment eu d'enfance, confiant plus tard dans plusieurs interviews qu'il enviait les enfants de son âge qu'il apercevait jouer librement dans la rue depuis la vitre de sa voiture, entre deux répétitions ou deux enregistrements en studio.

Dès 1968, les Jackson 5 signent avec le label Motown, fondé par Berry Gordy à Detroit. Michael, alors âgé de dix ans à peine, en est déjà le chanteur principal, doté d'une voix et d'un sens du rythme stupéfiants pour son âge. Le groupe enchaîne les tubes, I Want You Back, ABC, The Love You Save et I'll Be There, qui deviennent tous numéro un aux États-Unis en l'espace d'une seule année, un exploit inédit. Le 16 décembre 1969, les cinq frères apparaissent au célèbre Ed Sullivan Show pour annoncer leur passage à l'antenne, une photo de cette annonce restant aujourd'hui l'une des images emblématiques des débuts du groupe.

Les Jackson 5 annoncent leur passage au Ed Sullivan Show en 1969
Michael Jackson (au centre) avec ses frères des Jackson 5, lors de l'annonce de leur passage au Ed Sullivan Show, en décembre 1969. Photo publicitaire, domaine public.

Off the Wall et l'envol d'une carrière solo

Si Michael Jackson enregistre déjà des disques solo dès le début des années 1970, en parallèle de son activité avec ses frères, c'est véritablement l'album Off the Wall, sorti en 1979, qui marque sa naissance en tant qu'artiste adulte et indépendant. Produit par Quincy Jones, avec qui il vient de tourner dans le film Le Magicien (adaptation du Magicien d'Oz), le disque mélange disco, funk et soul avec une élégance rare. Des titres comme Don't Stop 'Til You Get Enough ou Rock with You installent durablement Michael Jackson comme une voix incontournable de la musique noire américaine, tout en séduisant un public beaucoup plus large.

Le succès commercial est déjà considérable, mais ce n'est qu'un prélude. Off the Wall place quatre titres différents dans le top 10 des ventes aux États-Unis, un record absolu pour un artiste masculin en solo à l'époque, et se hisse à plus de vingt millions d'exemplaires vendus dans le monde. Pourtant, l'album ne rapporte à Jackson qu'un seul Grammy Award, celui de la meilleure performance vocale masculine R&B, dans une cérémonie qui l'ignore presque totalement dans les catégories généralistes. Cet épisode, resté dans les mémoires comme l'un des plus gros « snobs » de l'histoire des Grammy, nourrit chez Jackson, alors âgé d'à peine vingt et un ans, une frustration profonde et une ambition démesurée pour l'album suivant, celui qui allait tout changer.

Thriller, l'album qui a redéfini la musique populaire

Sorti en novembre 1982, toujours sous la houlette de Quincy Jones, l'album Thriller devient rapidement un phénomène planétaire sans précédent. Porté par des singles comme Billie Jean, Beat It (avec un solo de guitare du virtuose Eddie Van Halen), Wanna Be Startin' Somethin' et le morceau titre, Thriller s'écoulera à plus de soixante-six millions d'exemplaires dans le monde selon les estimations les plus courantes, ce qui en fait, aujourd'hui encore, l'album le plus vendu de tous les temps.

Le 25 mars 1983, lors de l'émission spéciale Motown 25: Yesterday, Today, Forever, Michael Jackson interprète Billie Jean et dévoile pour la première fois à la télévision son pas de danse le plus célèbre, le moonwalk. Le moment, regardé par des dizaines de millions de téléspectateurs américains, entre instantanément dans la légende et scelle son statut de danseur hors pair, autant que de chanteur. La même année, le clip du morceau Thriller, réalisé par John Landis et long de près de quatorze minutes, transforme le format du clip musical en véritable court métrage, avec chorégraphie de zombies devenue iconique, budget colossal et sortie quasi cinématographique. MTV, jusque là accusée de peu diffuser d'artistes noirs, en fait une rotation massive, contribuant à ouvrir la chaîne à une programmation plus large.

Une entraide planétaire, de We Are the World à Heal the World

Au sommet de sa gloire, Michael Jackson met aussi sa notoriété au service de causes humanitaires. En janvier 1985, il coécrit avec Lionel Richie le titre We Are the World, enregistré en une nuit par un collectif exceptionnel de stars réunies sous le nom USA for Africa, de Stevie Wonder à Bruce Springsteen en passant par Bob Dylan et Diana Ross, afin de lever des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie. Le single deviendra l'un des plus gros succès caritatifs de l'histoire de la musique, avec plusieurs dizaines de millions de dollars récoltés.

En 1992, il crée sa propre fondation, la Heal the World Foundation, destinée à financer des programmes en faveur de l'enfance défavorisée à travers le monde, de la vaccination à la lutte contre la pauvreté. Cet engagement caritatif, moins commenté que ses frasques médiatiques, restera pourtant l'une des constantes de toute sa carrière, jusque dans les paroles de nombreux morceaux comme Heal the World ou Man in the Mirror, devenus des hymnes repris par des associations du monde entier.

Bad, Dangerous et l'apogée d'une superstar mondiale

Après Thriller, la pression est immense. L'album Bad, publié en 1987, doit se mesurer à un succès jugé presque impossible à égaler. Il y parvient largement à sa manière, avec cinq singles numéro un aux États-Unis (dont Bad, The Way You Make Me Feel, Man in the Mirror et Smooth Criminal), un record à l'époque pour un même album, une tournée mondiale de plus de cent vingt trois concerts et des ventes dépassant les trente millions d'exemplaires. Michael Jackson y affine son image de superstar totale, mêlant chant, danse et mise en scène spectaculaire, tout en s'entourant pour la première fois de son propre studio de tournage, associé au réalisateur Martin Scorsese pour le court métrage Bad, véritable mini film de vingt minutes diffusé en avant-première dans les salles de cinéma.

En 1991 sort Dangerous, sur lequel Jackson collabore avec le producteur Teddy Riley pour intégrer les sonorités du new jack swing alors en vogue. L'album contient Black or White, dont le clip évoque frontalement les questions raciales, ainsi que Remember the Time et Heal the World. C'est également l'époque où Jackson devient une figure quasi omniprésente de la pop culture mondiale, multipliant les records de vente, les récompenses et les apparitions marquantes, comme sa performance remarquée lors de la mi temps du Super Bowl XXVII en janvier 1993.

Michael Jackson en concert lors de la tournée Dangerous, à Monza en Italie, en 1992
Michael Jackson sur scène lors de la tournée Dangerous World Tour, à Monza (Italie), le 7 juin 1992. Photo de Daniele Dalledonne, licence CC BY SA 2.0.

HIStory, Invincible et les derniers grands albums

En 1995 sort HIStory: Past, Present and Future, Book I, un double album ambitieux comprenant à la fois une compilation de ses plus grands succès et un disque entièrement inédit. Le morceau Earth Song, porté par un message écologique appuyé, deviendra l'un des singles les plus vendus de l'histoire au Royaume Uni, tandis que You Are Not Alone entre directement à la première place du Billboard Hot 100 américain dès sa sortie, un exploit inédit jusque là pour n'importe quel titre, toutes carrières confondues. La promotion de l'album est marquée par une gigantesque statue de neuf mètres de haut représentant le chanteur, remorquée sur une barge le long de la Tamise à Londres, un coup de communication spectaculaire qui illustre la démesure devenue caractéristique de cette période de sa carrière. La même année, lors des MTV Video Music Awards, Michael Jackson crée la surprise en embrassant sur scène Lisa Marie Presley, alors son épouse, dans une mise en scène destinée à couper court aux rumeurs de mariage de façade qui circulent depuis leur union l'année précédente.

En 2001 paraît Invincible, qui sera son dernier album studio de son vivant. Le disque, dont la production a coûté plusieurs dizaines de millions de dollars, sort dans un climat tendu, Michael Jackson accusant publiquement son label Sony et son ancien mentor Tommy Mottola de saboter la promotion de l'album et de le traiter, selon ses propres mots lors d'une conférence de presse restée célèbre, avec un racisme structurel envers les artistes noirs. Malgré des ventes solides, Invincible ne retrouvera jamais l'ampleur commerciale de ses productions des années 1980, marquant la fin d'un cycle.

Une vie privée sous le feu constant des projecteurs

Michael Jackson entretient par ailleurs, tout au long de sa vie, une amitié fusionnelle avec l'actrice Elizabeth Taylor, rencontrée à la fin des années 1970 et qui deviendra l'une de ses plus proches confidentes, au point de témoigner en sa faveur lors du procès de 2005. Sa vie à Neverland Ranch est également marquée par la présence de nombreux animaux exotiques, dont un zoo privé abritant des girafes, des éléphants et des tigres, ainsi que par celle de Bubbles, un chimpanzé qu'il traite comme un membre de sa propre famille et qui l'accompagne dans plusieurs déplacements officiels et séances photo au cours des années 1980.

Dès le milieu des années 1980, l'apparence physique de Michael Jackson devient un sujet de fascination et de spéculation médiatique presque aussi intense que sa musique. Le chanteur subit plusieurs opérations de chirurgie esthétique au nez et au menton, tandis que sa peau s'éclaircit visiblement au fil des années, un phénomène qu'il attribuera lui même, dans une interview télévisée restée célèbre accordée à Oprah Winfrey en 1993, à une maladie de dépigmentation de la peau appelée vitiligo, associée selon lui à un lupus.

Sa vie personnelle nourrit tout autant les gros titres. En 1988, il achète un immense domaine dans les collines de Santa Ynez, en Californie, qu'il baptise Neverland Ranch, en référence au pays imaginaire de Peter Pan, avec parc d'attractions privé, zoo et cinéma. En 1994, il épouse Lisa Marie Presley, la fille d'Elvis Presley, dans une union aussi médiatisée que brève, puisque le couple divorce dès 1996. La même année, il se marie avec Debbie Rowe, une infirmière qui lui donnera deux enfants, Michael Joseph Jackson Jr (dit Prince) et Paris Michael Katherine Jackson, avant que le couple ne se sépare à son tour en 1999. Un troisième enfant, Prince Michael II, surnommé Blanket, naît en 2002 par le biais d'une mère porteuse.

Les accusations d'abus sexuels et les années de procès

En 1993, Michael Jackson est visé par une première plainte pour abus sexuels sur mineur, déposée par la famille d'un adolescent nommé Jordan Chandler qu'il fréquentait régulièrement à Neverland. L'affaire ne donne lieu à aucune inculpation pénale, mais se conclut par un règlement financier à l'amiable dont le montant, jamais officiellement confirmé, est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars. L'épisode entache durablement son image publique, même si aucune reconnaissance de culpabilité n'intervient.

Une seconde affaire, bien plus lourde de conséquences judiciaires, éclate en 2003, lorsque la famille d'un adolescent malade, Gavin Arvizo, accuse Michael Jackson de l'avoir agressé sexuellement à plusieurs reprises à Neverland. Le procès, qui s'ouvre en 2005 devant un tribunal de Santa Maria, en Californie, est suivi dans le monde entier, des centaines de journalistes campant en permanence devant le palais de justice et des chaînes d'information continue consacrant des éditions spéciales à chaque audience. Après plusieurs mois d'audience et les témoignages de dizaines de témoins, dont plusieurs anciens employés de Neverland et des membres de la famille Arvizo eux mêmes, Michael Jackson est acquitté de l'ensemble des dix chefs d'accusation en juin 2005, le jury estimant les preuves insuffisantes et la crédibilité de l'accusation trop fragile. Le chanteur, financièrement et psychologiquement éprouvé par ce second procès, s'installe alors loin des États-Unis, notamment à Bahreïn puis en Irlande, avant de revenir progressivement sur le devant de la scène à la fin des années 2000.

Ces affaires referont surface près d'une décennie après sa mort, avec la diffusion en 2019 du documentaire Leaving Neverland, dans lequel deux hommes, Wade Robson et James Safechuck, affirment avoir été abusés sexuellement par Michael Jackson lorsqu'ils étaient enfants. Le film relance un débat mondial sur l'héritage du chanteur, entre ceux qui réclament une remise en cause profonde de sa place dans la culture populaire et ceux, dont la succession Jackson, qui contestent fermement ces accusations et ont engagé des poursuites judiciaires contre les producteurs du documentaire.

Un danseur et un homme de cinéma à part entière

Au delà du chant, Michael Jackson s'est aussi imposé comme l'un des danseurs les plus marquants de la seconde moitié du vingtième siècle. Son style, mélange de pop et de locking hérité des pionniers du hip hop, de mouvements robotiques et de figures acrobatiques comme l'anti gravity lean (l'inclinaison impossible du clip Smooth Criminal, rendue possible par des chaussures spécialement brevetées), a nourri des générations entières de danseurs professionnels, des clips de la fin des années 1980 jusqu'aux battles de rue contemporaines. Le moonwalk, qu'il n'a pas inventé mais qu'il a rendu universellement célèbre, reste encore aujourd'hui l'un des pas de danse les plus imités et les plus reconnaissables au monde.

Le cinéma occupe également une place importante dans sa carrière. Dès 1978, il tient le rôle de l'épouvantail dans Le Magicien, adaptation musicale du Magicien d'Oz où il partage l'affiche avec Diana Ross, une expérience déterminante puisque c'est sur ce tournage qu'il rencontre Quincy Jones. En 1986, il produit et interprète Captain EO, un court métrage de science fiction en trois dimensions réalisé par Francis Ford Coppola et produit par George Lucas, diffusé pendant des années dans les parcs Disney du monde entier. En 1988 sort Moonwalker, un long métrage hybride entre clips musicaux et fiction, tandis que le court métrage Ghosts, coécrit avec le romancier Stephen King en 1996, prolonge son goût pour les mises en scène fantastiques et spectaculaires, très au delà du simple clip promotionnel.

This Is It, la mort soudaine et l'adieu d'un monde entier

Au cours des années 2000, la situation financière de Michael Jackson se dégrade fortement, minée par un train de vie somptuaire, les frais colossaux de Neverland et les conséquences du procès de 2005. En mars 2009, il annonce une série de cinquante concerts intitulée This Is It, prévue à l'O2 Arena de Londres à partir de juillet, pensée comme une tournée d'adieu destinée à renflouer ses finances et à marquer son grand retour sur scène après plus d'une décennie sans tournée.

Mais le 25 juin 2009, à quelques semaines du premier concert, Michael Jackson est retrouvé inconscient dans sa villa de Holmby Hills, à Los Angeles, et décède peu après son transfert à l'hôpital. L'autopsie révèlera qu'il est mort d'une intoxication aiguë au propofol, un puissant anesthésiant associé à des benzodiazépines, qui lui était administré par son médecin personnel, le docteur Conrad Murray, pour l'aider à trouver le sommeil. Murray sera reconnu coupable d'homicide involontaire en 2011 et condamné à quatre ans de prison.

La nouvelle de sa mort provoque une onde de choc mondiale, saturant les serveurs de plusieurs plateformes internet et suscitant un afflux de messages sans précédent sur les réseaux sociaux naissants de l'époque, au point que certains sites d'information, dont Twitter et Wikipedia, connaîtront des ralentissements majeurs ce jour là. Le service commémoratif organisé au Staples Center de Los Angeles, le 7 juillet 2009, est diffusé en direct dans le monde entier et suivi par plusieurs centaines de millions de personnes, ses trois enfants prenant la parole devant les caméras aux côtés de nombreuses personnalités de la musique et du cinéma.

Les images des répétitions de This Is It, filmées dans les semaines précédant sa mort, sont ensuite montées pour former le documentaire Michael Jackson's This Is It, sorti dans les salles en octobre 2009. Le film, qui montre un Jackson concentré et physiquement engagé dans la préparation de sa tournée, rencontre un succès mondial inattendu, avec plus de deux cent soixante millions de dollars de recettes au box office, devenant l'un des documentaires musicaux les plus rentables jamais produits et contribuant à nuancer les rumeurs sur son état de santé déclinant qui circulaient avant sa disparition.

Michael Jackson aux côtés du président Ronald Reagan et de la première dame Nancy Reagan à la Maison Blanche en 1984
Michael Jackson reçu à la Maison Blanche par le président Ronald Reagan et la première dame Nancy Reagan, le 14 mai 1984, à l'occasion d'une campagne contre l'alcool au volant. Photo de la Maison Blanche, domaine public.

Un empire financier : la bataille pour le catalogue des Beatles

En 1985, alors qu'il est au sommet de sa gloire, Michael Jackson surprend l'industrie musicale en rachetant, pour environ 47,5 millions de dollars, le catalogue ATV Music Publishing, qui détient les droits d'édition de près de deux cent cinquante chansons des Beatles, dont Yesterday, Let It Be ou Hey Jude. L'opération, menée alors que Paul McCartney lui même avait décliné l'occasion de racheter ce catalogue quelques années plus tôt, provoque une brouille durable entre les deux hommes, McCartney reprochant publiquement à son ancien ami d'avoir profité d'une confidence pour s'emparer des droits de ses propres chansons.

En 1995, Jackson fusionne ATV Music avec les activités d'édition de Sony pour créer Sony/ATV Music Publishing, empochant au passage plusieurs dizaines de millions de dollars tout en conservant la moitié des parts de la nouvelle entité, qui deviendra l'un des plus gros catalogues d'édition musicale au monde. Cette opération financière, l'une des plus commentées de l'histoire de l'industrie du disque, illustre le sens aigu des affaires de Jackson, en délicat contraste avec la gestion de plus en plus chaotique de ses propres finances personnelles dans les années suivantes. Rongé par des dépenses somptuaires, comme l'entretien permanent de Neverland Ranch ou de multiples achats d'œuvres d'art et d'antiquités, Jackson contracte plusieurs emprunts en mettant sa part du catalogue en garantie, jusqu'à devoir en céder progressivement le contrôle dans les années 2000. Sa succession revendra finalement l'intégralité de sa participation restante dans Sony/ATV en 2016, pour plus de sept cent cinquante millions de dollars, l'une des plus grosses transactions jamais réalisées dans l'histoire de l'édition musicale.

Un héritage musical et culturel toujours débattu

Sur le plan strictement artistique, l'empreinte laissée par Michael Jackson reste considérable. Il a contribué à faire du clip musical une forme narrative à part entière, popularisé des techniques de danse encore imitées aujourd'hui dans le monde entier, et vendu, sur l'ensemble de sa carrière, plus de trois cent cinquante millions de disques selon les estimations les plus généreuses, ce qui reste l'un des chiffres les plus élevés de l'histoire du disque. Des générations entières d'artistes, de Justin Timberlake à Usher en passant par Bruno Mars ou Chris Brown, revendiquent ouvertement son influence directe sur leur propre style vocal et scénique.

Mais cet héritage ne peut plus, depuis Leaving Neverland, être dissocié des accusations graves qui pèsent sur sa mémoire. De nombreuses radios et institutions ont, ponctuellement, retiré certains titres de leur programmation à la suite du documentaire, tandis que d'autres continuent de diffuser sa musique sans réserve, arguant de son acquittement judiciaire en 2005. Certaines universités et musées ont également annulé des expositions ou hommages prévus, tandis que des biographes et historiens de la musique continuent, eux, de plaider pour une lecture plus nuancée, séparant l'analyse de l'œuvre artistique de celle du comportement personnel de l'homme. Cette tension entre reconnaissance artistique et controverse personnelle fait de Michael Jackson l'un des cas les plus complexes et les plus discutés de toute l'histoire du divertissement contemporain, une figure dont la postérité continue, plus de quinze ans après sa mort, de diviser autant qu'elle fascine.

Sur le plan strictement récompenses, Thriller reste à lui seul un cas d'école, avec huit trophées remportés lors de la seule cérémonie des Grammy Awards de 1984, un record resté longtemps indépassé. Le Livre Guinness des records a, à plusieurs reprises au fil des décennies, désigné Michael Jackson comme l'artiste musical le plus titré et le plus rentable de l'histoire, cumulant récompenses professionnelles et records de ventes sur une période de plus de quarante ans, une longévité commerciale que peu d'artistes de la musique populaire du vingtième siècle sont parvenus à égaler, que ce soit en termes de ventes physiques, de diffusion radio ou, plus tard, d'écoutes en streaming.

Après sa mort, Katherine Jackson, sa mère, obtient la garde de ses trois enfants, Prince, Paris et Blanket, devenus depuis de jeunes adultes évoluant eux mêmes dans les industries créatives, entre mannequinat, réalisation et musique. La marque Michael Jackson continue par ailleurs de vivre à travers plusieurs productions posthumes, dont les albums Michael en 2010 et Xscape en 2014, composés à partir d'enregistrements inédits, ainsi que les spectacles Immortal et One présentés par le Cirque du Soleil, qui ont attiré des millions de spectateurs à Las Vegas et en tournée mondiale. En 2014, une controversée performance en hologramme, projetée lors des Billboard Music Awards pour interpréter le titre Slave to the Rhythm, relance également le débat sur l'exploitation posthume de son image et de sa voix.

Son influence dépasse largement le seul cadre musical. La veste rouge et noire du clip Thriller, le gant unique orné de strass ou encore le chapeau fedora incliné sont devenus des objets de collection recherchés, l'un de ses gants ayant été adjugé plus de deux cent mille dollars lors d'enchères en 2009. Chaque année, à l'occasion d'Halloween, des rassemblements de danseurs costumés en zombies pour reproduire la chorégraphie de Thriller battent régulièrement des records du monde de participation homologués par le Guinness des records, de Mexico à Paris en passant par Londres, preuve de la portée toujours intacte, plus de quarante ans après sa sortie, de ce clip fondateur.

Aujourd'hui encore, sa succession, gérée notamment par l'exécuteur testamentaire John Branca, continue de générer des revenus considérables, entre exploitation du catalogue musical, produits dérivés et projets audiovisuels, dont une comédie musicale biographique intitulée Michael, dont la sortie a été annoncée pour le grand écran. Le débat sur la manière dont l'industrie culturelle doit traiter l'œuvre d'artistes visés par de graves accusations, sans en avoir été juridiquement reconnus coupables, reste, à travers le cas Jackson, l'un des plus vifs de notre époque.

Partager
Votre réaction

Questions fréquentes

De quoi est mort Michael Jackson ?

Michael Jackson est mort le 25 juin 2009 d'une intoxication aiguë au propofol, un anesthésiant puissant associé à des benzodiazépines, administré par son médecin personnel Conrad Murray, condamné par la suite pour homicide involontaire.

Quel âge avait Michael Jackson à sa mort ?

Michael Jackson avait 50 ans lorsqu'il est mort, le 25 juin 2009, quelques semaines avant le début de sa tournée d'adieu This Is It.

Quel est l'album le plus vendu de Michael Jackson ?

Thriller, sorti en 1982, reste l'album le plus vendu de son répertoire et l'album le plus vendu de tous les temps, avec plus de soixante-six millions d'exemplaires écoulés dans le monde.

Précédent
Léa Salamé se retire du 20 Heures de France 2 après la candidature de Raphaël Glucksmann
Suivant
Philippe Bouvard, portrait d'une vie hors norme entre presse, radio et Grosses Têtes