Anthropic affirme avoir interrompu plusieurs opérations qui détournaient son assistant Claude à des fins de surveillance, de fraude ou de recherche sensible. Dans un rapport publié le 10 septembre, l'entreprise américaine détaille des cas détectés entre janvier et juillet. Ces éléments viennent d'Anthropic elle-même : ils décrivent ses détections et ses mesures de blocage, mais ne valent pas, à eux seuls, constat judiciaire ou vérification indépendante de chaque attribution.
Le document dessine un usage beaucoup moins visible des assistants conversationnels que la rédaction ou la programmation du quotidien. Il s'agit de chercher des personnes à partir de traces laissées en ligne, de construire des outils de collecte de renseignements, de contourner des règles d'accès à des modèles et, dans certains cas, de demander une aide sur des sujets biologiques sensibles.
Des communautés visées, selon Anthropic
Anthropic dit avoir stoppé des opérations provenant de Chine, d'Iran et d'Afrique de l'Ouest. Selon son rapport, elles visaient notamment des figures prodémocratie à Hong Kong, des communautés tibétaines et du Falun Gong en Asie, ainsi que des minorités iraniennes et des opposants au gouvernement iranien vivant à l'étranger.
Dans un cas, des acteurs liés à l'Iran auraient développé un moyen d'identifier des personnes à partir de leurs comptes sur les réseaux sociaux. Dans un autre, un prestataire travaillant pour les autorités de sécurité nationale du Mali aurait utilisé Claude pour concevoir le logiciel servant à la collecte de renseignements. France 24, qui rapporte le texte avec l'AFP, précise que ces affirmations sont celles du laboratoire.
Ce type d'usage ne suppose pas nécessairement une intrusion spectaculaire dans un système informatique. L'outil peut aussi accélérer le tri d'informations publiques, la préparation de requêtes ou l'assemblage de briques logicielles. C'est cette baisse du coût et du temps nécessaires à certaines tâches que les entreprises d'IA cherchent à détecter dans les comportements de leurs utilisateurs.
Le blocage comme indice, pas comme preuve complète
Anthropic peut observer les requêtes adressées à ses services et identifier des usages qui contreviennent à ses règles. Elle peut fermer des comptes, limiter l'accès ou renforcer ses contrôles. Elle ne publie pas pour autant l'ensemble des éléments techniques, ni l'identité des personnes qu'elle relie à ces campagnes.
Le rapport doit donc être lu pour ce qu'il est : un document de transparence et de sécurité produit par une entreprise qui protège aussi son infrastructure. Les faits matériels décrits, les intentions des utilisateurs et les liens avec des autorités sont présentés par Anthropic. Ils peuvent alimenter le débat sur les abus, mais appellent des confirmations supplémentaires lorsqu'ils portent sur des États, des prestataires ou des individus.
Cette précaution est particulièrement importante pour les cas de surveillance. Une attribution erronée peut avoir des conséquences politiques et humaines. A l'inverse, l'absence de noms publics ne signifie pas que le risque est abstrait : elle montre plutôt la difficulté à documenter des opérations qui utilisent des comptes multiples et des intermédiaires.
Moonshot et DeepSeek mis en cause pour la distillation
Le rapport vise aussi deux entreprises chinoises, Moonshot et DeepSeek. Anthropic les accuse d'avoir utilisé Claude sans autorisation pour répondre aux questions de leurs propres clients, puis de récupérer les réponses afin d'améliorer leurs modèles. Cette pratique est souvent appelée « distillation » : un modèle sert de référence à un autre, en dehors du cadre autorisé par son fournisseur.
Anthropic avance un exemple chiffré : Moonshot aurait relayé près de 300 000 requêtes de clients en dix jours grâce à un réseau de 5 380 comptes frauduleux, dont la plupart semblaient situés à Singapour et au Japon. L'entreprise dit qu'une partie des requêtes contenait des informations sensibles. Elle ajoute ne pas savoir si Moonshot avait informé ses clients que leurs demandes étaient redirigées vers Anthropic.
Ces accusations n'ont pas la même nature que les allégations de surveillance. Elles touchent à la fois à la concurrence entre modèles, au respect des conditions d'utilisation et à la confidentialité des requêtes. Elles soulèvent une question simple pour les utilisateurs professionnels : savent-ils quel fournisseur traite effectivement leurs données lorsqu'ils passent par une application intermédiaire ?
Biologie : le rapport refuse de conclure à une intention de nuire
Anthropic dit également avoir bloqué des demandes liées à la conception d'armes, à de fausses applications de rencontre utilisées pour des escroqueries et à des recherches biologiques inhabituelles. Les sujets cités comprennent le chikungunya, une souche hautement pathogène de grippe aviaire, des virus liés à la variole ou au mpox, ainsi que des venins et d'autres toxines.
Sur ce dernier point, l'entreprise prend soin de ne pas aller au-delà de ce qu'elle sait. Les personnes concernées n'ont pas été identifiées et Anthropic indique qu'il s'agissait de scientifiques en activité. Elle n'affirme pas qu'ils avaient l'intention de nuire et explique qu'identifier les personnes ou leurs laboratoires pourrait les exposer.
Cette réserve est essentielle. Un même domaine de recherche peut relever de la prévention, de la santé publique ou de travaux légitimes, tout en nécessitant des garde-fous lorsqu'une demande devient trop opérationnelle. Le rôle d'une plateforme est alors de fixer une limite, mais aussi d'éviter de transformer automatiquement une requête sensible en accusation.
Sources
Informations rapportées par France 24 avec l'AFP, le 11 septembre 2026, à partir du rapport publié par Anthropic. Les attributions et chiffres relatifs aux opérations bloquées sont présentés comme des déclarations de l'entreprise.
