Les différents types de travaux en copropriété : bien comprendre pour mieux décider
En copropriété, tous les travaux ne se ressemblent pas et, surtout, tous ne obéissent pas aux mêmes règles. Selon qu’il s’agit d’une urgence, d’un simple entretien, de la conservation de l’immeuble ou d’une amélioration du confort, les procédures, les majorités de vote, les modalités de financement et le niveau de préparation ne seront pas les mêmes.
Pour les copropriétaires comme pour les personnes qui participent à la gestion de l’immeuble (conseil syndical, syndic bénévole ou professionnel), il est donc essentiel de bien distinguer les catégories de travaux. Cette compréhension permet :
- de choisir la bonne majorité en Assemblée Générale ;
- de respecter les obligations légales et les délais ;
- de limiter les risques de contestation ou d’annulation de décisions ;
- de mieux anticiper l’impact financier pour les copropriétaires ;
- de prioriser les interventions selon l’urgence et l’importance.
Ce guide propose une vision claire et structurée des principaux types de travaux en copropriété, des règles de vote applicables, des étapes de choix des entreprises, des modes de financement possibles et des garanties dont bénéficie la copropriété.
Les différents types de travaux en copropriété
La première étape pour bien gérer un projet de travaux consiste à les classer dans la bonne catégorie. En copropriété, on distingue principalement :
- les travaux d’urgence,
- les travaux d’entretien courant,
- les travaux de conservation,
- les travaux d’amélioration.
Chacun de ces types répond à des logiques différentes, tant sur le plan juridique que pratique.
Les travaux d'urgence
Les travaux d’urgence sont ceux qui ne peuvent pas attendre. Ils sont liés à la sauvegarde de l’immeuble ou à la sécurité des personnes. Il peut s’agir par exemple de :
- une fuite d’eau importante menaçant la structure ou des logements ;
- un problème électrique présentant un risque d’incendie ;
- un effondrement partiel de plancher, de plafond, d’escalier ;
- une façade fragilisée présentant un risque de chute de matériaux ;
- un dysfonctionnement grave d’une chaudière collective en plein hiver.
Dans ce type de situation, il n’est pas possible d’attendre la prochaine Assemblée Générale. Le représentant légal de la copropriété (syndic professionnel ou bénévole) a l’obligation d’agir immédiatement pour éviter un dommage plus grave.
Cela signifie qu’il peut :
- commander des travaux ou des interventions d’urgence ;
- faire intervenir des entreprises sans vote préalable ;
- prendre toutes mesures conservatoires nécessaires.
En revanche, une fois l’urgence traitée, une régularisation en Assemblée Générale est indispensable. Il faudra notamment :
- informer les copropriétaires des démarches effectuées ;
- présenter les factures correspondantes ;
- faire approuver la prise en charge des dépenses au titre des charges communes ;
- vérifier si d’autres travaux complémentaires sont nécessaires.
Cette distinction est essentielle : l’urgence justifie de court-circuiter la procédure habituelle, mais ne dispense pas de transparence ni de validation a posteriori.
Les travaux d'entretien courant
L’entretien courant correspond à tout ce qui permet de conserver l’immeuble en bon état au quotidien, sans transformation majeure. Il s’agit de :
- nettoyage régulier des parties communes ;
- ramonage des conduits ;
- entretien des espaces verts ;
- peinture périodique des halls et cages d’escalier ;
- petites réparations ponctuelles (serrurerie, menuiserie, plomberie, éclairage) ;
- maintenance de base des équipements (portails, interphone, VMC, etc.).
Ces dépenses sont généralement intégrées dans le budget prévisionnel voté chaque année en Assemblée Générale. Une fois ce budget adopté, le gestionnaire de la copropriété est habilité à effectuer ces travaux d’entretien « dans la limite du budget » sans repasser par un vote systématique.
Cela ne signifie pas que les copropriétaires n’ont aucun contrôle : ils peuvent, lors de l’AG suivante, examiner les comptes, poser des questions, demander des explications sur le choix des prestataires ou le niveau de dépenses.
Les travaux de conservation
Les travaux de conservation ont pour objectif de maintenir l’immeuble en bon état sur le moyen et long terme. Ils ne visent pas à améliorer le confort ou à ajouter un équipement, mais à éviter que le bâtiment ne se dégrade.
Parmi les exemples typiques :
- réfection ou remplacement de la toiture ;
- ravalement de façade ;
- réfection de l’étanchéité des terrasses ;
- remplacement d’une chaudière collective en fin de vie ;
- renforcement de la structure, reprise de fissures importantes ;
- remise en état de colonnes d’évacuation ou de réseaux communs.
Ces travaux ont souvent un coût significatif et un impact important sur le budget de la copropriété. Ils nécessitent donc un vote spécifique en Assemblée Générale, généralement à la majorité absolue (article 25 de la loi de 1965, en première convocation).
En pratique, la préparation de ce type de travaux suppose :
- des diagnostics techniques préalables (état de la toiture, structure, réseaux, etc.) ;
- la consultation de plusieurs entreprises ;
- la présentation de devis comparatifs ;
- parfois l’accompagnement par un maître d’œuvre ou un architecte pour les opérations complexes.
Les travaux de conservation ne peuvent pas être indéfiniment reportés : ils conditionnent directement la pérennité de l’immeuble, sa sécurité et sa valeur.
Les travaux d'amélioration
Les travaux d’amélioration ne sont pas strictement nécessaires à la conservation de l’immeuble, mais ils visent à en améliorer le confort, la sécurité ou la performance. Ils peuvent aussi répondre à des enjeux esthétiques ou environnementaux.
Par exemple :
- installation d’un digicode ou d’un système de contrôle d’accès plus moderne ;
- création d’un local à vélos ou d’un espace de stockage supplémentaire ;
- installation d’un éclairage LED plus performant dans les parties communes ;
- travaux d’isolation thermique des façades ou toitures ;
- mise en place de bornes de recharge pour véhicules électriques ;
- aménagement paysager plus qualitatif (jardin, terrasse commune, bancs, éclairages extérieurs).
Parce qu’ils influencent fortement les charges, le confort et parfois la valeur de certains lots, ces travaux nécessitent une majorité renforcée. En règle générale, la majorité requise est celle de la double majorité (article 26) :
- majorité des copropriétaires (en nombre),
- représentant au moins 2/3 des voix de la copropriété.
Ces règles visent à protéger les copropriétaires minoritaires contre des décisions qui pourraient leur imposer des dépenses importantes sans qu’ils aient réellement voix au chapitre.
Comment voter les travaux en Assemblée Générale ?
Les travaux, qu’ils soient modestes ou très importants, doivent être votés selon des règles précises. La majorité applicable dépend à la fois :
- de la nature des travaux (entretien, conservation, amélioration),
- de leur impact sur l’immeuble et les charges,
- de ce que prévoit la loi et, parfois, le règlement de copropriété.
Majorité de l'article 24 (majorité simple)
La majorité simple (article 24) s’applique à de nombreuses décisions courantes, notamment pour certains travaux d’entretien ou de gestion.
Elle est atteinte lorsque :
- le nombre de voix « pour » est supérieur au nombre de voix « contre » ;
- les abstentions ne sont pas prises en compte dans le calcul.
Ce type de majorité est utilisé notamment pour :
- les travaux d’entretien courant d’importance limitée ;
- certains ajustements de gestion ;
- des décisions qui n’affectent pas profondément la structure ou les équipements de l’immeuble.
Même si la majorité simple peut sembler plus facile à atteindre, elle suppose néanmoins une préparation sérieuse : présentation des devis, explication des besoins, transparence sur le coût.
Majorité de l'article 25 (majorité absolue)
La majorité absolue (article 25) est requise pour un grand nombre de travaux de conservation ou de décisions plus structurantes. Elle est atteinte lorsque :
- la résolution obtient au moins la majorité des voix de tous les copropriétaires, y compris ceux qui sont absents ou non représentés.
C’est une majorité plus exigeante que la majorité simple, car elle prend en compte l’ensemble du syndicat, et pas seulement les présents et représentés.
Toutefois, la loi prévoit un mécanisme de « rattrapage » : si la majorité de l’article 25 n’est pas atteinte mais que la résolution a obtenu au moins le tiers des voix, une seconde consultation peut intervenir, pendant la même AG ou dans une AG ultérieure, cette fois à la majorité de l’article 24.
Ce mécanisme évite que des travaux importants soient définitivement bloqués du fait d’un faible niveau de participation.
Majorité de l'article 26 (double majorité)
La double majorité (article 26) est réservée aux décisions les plus lourdes sur le plan financier ou structurel, notamment les travaux d’amélioration importants et certaines modifications de la destination de l’immeuble.
Elle est atteinte lorsque :
- la majorité de tous les copropriétaires (en nombre) vote en faveur de la résolution ;
- ces copropriétaires favorables représentent au moins 2/3 des voix de la copropriété.
Cette majorité permet d’engager des projets structurants (isolation lourde, équipement collectif nouveau, etc.) tout en garantissant que la décision est largement partagée.
Choisir les entreprises et obtenir des devis
Une fois le besoin de travaux identifié, la copropriété doit sélectionner l’entreprise qui les réalisera. Cette étape est loin d’être secondaire : le choix du prestataire conditionne la qualité, la durabilité et le coût de l’intervention.
Le représentant de la copropriété (syndic, conseil syndical, gestionnaire bénévole) doit organiser une mise en concurrence, surtout pour les travaux importants.
Le nombre de devis obligatoires
Le règlement de copropriété ou les pratiques internes peuvent définir un nombre minimum de devis à obtenir. Dans beaucoup de copropriétés, on vise au moins trois devis pour les travaux au-delà d’un certain montant.
L’objectif est de :
- comparer les prix,
- analyser les méthodes proposées,
- vérifier les délais,
- évaluer la crédibilité des entreprises consultées.
Ces devis devraient être communiqués aux copropriétaires en amont de l’Assemblée Générale, afin qu’ils puissent se faire une opinion et poser des questions le jour du vote.
Les critères de sélection
Le prix est important, mais il ne doit pas être le seul critère. Une entreprise légèrement moins chère mais insuffisamment qualifiée peut coûter plus cher à long terme.
Parmi les critères à examiner :
- Les qualifications : labels (RGE pour les travaux énergétiques), certifications professionnelles, spécialisation.
- Les garanties : assurance décennale, biennale, responsabilité civile, sérieux des attestations fournies.
- Les délais : capacité à intervenir dans un calendrier réaliste, cohérent avec les contraintes de l’immeuble.
- Les références : chantiers similaires réalisés récemment, avis d’autres copropriétés, réputation locale.
- La clarté du devis : détails des prestations, conditions de paiement, gestion des imprévus, pénalités éventuelles.
Les assurances indispensables
Avant le démarrage d’un chantier, il est indispensable de vérifier que l’entreprise est correctement assurée. Il convient de demander :
- une attestation de responsabilité civile professionnelle ;
- une attestation d’assurance décennale à jour pour les travaux relevant de cette garantie ;
- éventuellement des attestations spécifiques selon la nature des travaux (par exemple en cas de travaux sur des ascenseurs, gaz, etc.).
Ces documents doivent être archivés par la copropriété, afin de pouvoir être produits en cas de sinistre ou de litige.
Le financement des travaux
Une fois les travaux votés, se pose la question centrale : comment les financer ? Selon leur ampleur, plusieurs leviers peuvent être mobilisés.
Le fonds de travaux obligatoire
Pour la plupart des copropriétés, un fonds de travaux doit être constitué et alimenté chaque année. Ce fonds constitue une épargne destinée à financer des travaux futurs, notamment de conservation ou d’amélioration.
Ce mécanisme présente plusieurs avantages :
- il évite des appels de fonds massifs au dernier moment ;
- il oblige la copropriété à adopter une vision à long terme ;
- il rassure les futurs acquéreurs, qui voient que l’immeuble se prépare à ses obligations ;
- il donne plus de marge de manœuvre pour lancer les travaux au bon moment.
Les appels de fonds exceptionnels
Lorsque le fonds de travaux est insuffisant ou inexistant, la copropriété peut recourir à un appel de fonds exceptionnel. Il s’agit d’une somme demandée en supplément des charges habituelles, spécifiquement destinée au financement d’un chantier donné (ravalement, toiture, chaudière, etc.).
Pour ne pas mettre en difficulté les copropriétaires, ce paiement peut :
- être fractionné en plusieurs échéances (par exemple, quatre appels trimestriels) ;
- être programmé dans le temps en fonction de l’avancement du chantier ;
- faire l’objet d’explications claires en amont (montant total, calendrier, impact sur chaque lot).
Les aides et subventions
Pour certains types de travaux, notamment ceux liés à la rénovation énergétique, des aides publiques et dispositifs incitatifs peuvent être mobilisés. Parmi eux, on trouve notamment :
- des aides collectives spécifiques aux copropriétés (rénovation globale) ;
- des subventions locales (région, département, commune) ;
- des dispositifs liés aux économies d’énergie (CEE, etc.) ;
- des prêts collectifs dédiés aux copropriétés pour financer les travaux (éco-prêts, prêts travaux collectifs).
Avant de lancer un chantier important, il est pertinent de se renseigner auprès :
- des organismes publics compétents,
- des agences locales de l’énergie et du climat,
- d’un conseiller spécialisé en rénovation des copropriétés.
Ces aides peuvent réduire significativement le reste à charge pour les copropriétaires et rendre possible des travaux qui auraient autrement été jugés trop coûteux.
Le suivi du chantier
Voter des travaux et signer des devis ne suffit pas : la réussite d’un chantier dépend aussi de la manière dont il est suivi au quotidien. Sans pilotage, les retards, malfaçons ou incompréhensions peuvent s’accumuler.
Le calendrier prévisionnel
L’entreprise doit fournir un planning détaillé des interventions, indiquant :
- les dates de démarrage et de fin estimées ;
- les principales phases (préparation, intervention, finitions) ;
- les périodes d’éventuelles nuisances (bruit, occupation des parties communes, etc.).
Le gestionnaire de l’immeuble (syndic, conseil syndical, gestionnaire bénévole) informe ensuite les copropriétaires de ce calendrier, afin que chacun puisse s’organiser (présence, accès aux logements, etc.).
Les réunions de chantier
Pour les travaux importants, des réunions de chantier régulières sont fortement recommandées. Elles réunissent généralement :
- le représentant de l’entreprise ;
- le gestionnaire de la copropriété ;
- un ou plusieurs membres du conseil syndical ;
- éventuellement un maître d’œuvre ou un architecte.
L’objectif de ces réunions :
- vérifier l’avancement des travaux ;
- traiter rapidement les problèmes rencontrés (techniques ou d’organisation) ;
- valider les éventuelles adaptations nécessaires ;
- mettre par écrit les décisions prises.
À chaque réunion, un compte-rendu écrit doit être réalisé et archivé. En cas de litige futur, ces documents constituent des éléments de preuve précieux.
La réception des travaux
À la fin du chantier, a lieu la réception des travaux. C’est un moment clé : la copropriété reconnaît que les travaux sont terminés et conformes, éventuellement avec des réserves.
La réception se fait en présence :
- du représentant de la copropriété (syndic, gestionnaire, conseil syndical) ;
- d’un représentant de l’entreprise ;
- éventuellement d’un expert ou d’un maître d’œuvre pour les gros chantiers.
On vérifie alors :
- la conformité générale aux devis et marchés ;
- la qualité visible des travaux ;
- l’absence de désordres manifestes.
Les éventuelles anomalies sont notées dans un procès-verbal de réception sous forme de réserves. L’entreprise s’engage à y remédier dans un délai raisonnable.
Les garanties après travaux
Une fois les travaux terminés et réceptionnés, la copropriété n’est pas livrée à elle-même : plusieurs garanties légales la protègent pendant des durées variables.
La garantie de parfait achèvement (1 an)
Pendant l’année qui suit la réception, l’entreprise est tenue à une garantie de parfait achèvement. Elle doit réparer gratuitement :
- tous les désordres signalés lors de la réception (réserves),
- ceux apparus dans l’année et dûment notifiés (par lettre recommandée, par exemple).
Il est courant de prévoir une retenue de garantie (souvent 5 % du montant des travaux) qui ne sera versée à l’entreprise qu’une fois les réserves levées.
La garantie biennale (2 ans)
La garantie biennale, ou garantie de bon fonctionnement, couvre pendant deux ans les éléments d’équipement dissociables du bâtiment (robinetterie, volets roulants, radiateurs, certains équipements électriques, etc.).
En cas de dysfonctionnement, la copropriété peut demander à l’entreprise d’intervenir pour remettre en état ou remplacer l’élément défectueux.
La garantie décennale (10 ans)
La garantie décennale est la plus longue et la plus lourde de conséquences. Elle s’applique pendant 10 ans à compter de la réception des travaux et couvre :
- les dommages compromettant la solidité de l’ouvrage (structure, charpente, fondations) ;
- les désordres rendant le bâtiment impropre à sa destination (infiltrations importantes, isolation gravement défectueuse, défauts majeurs d’étanchéité, etc.).
C’est pour cette raison qu’il est impératif de vérifier l’assurance décennale de l’entreprise avant le démarrage du chantier et de conserver l’attestation. En cas de sinistre, la copropriété pourra ainsi se retourner contre l’assureur de l’entreprise.
Conclusion : bien classer, bien voter, bien suivre
La gestion des travaux en copropriété peut sembler complexe, mais elle devient beaucoup plus lisible dès lors que l’on distingue clairement :
- le type de travaux (urgence, entretien, conservation, amélioration) ;
- la majorité requise pour le vote (articles 24, 25, 26, ou autres cas spécifiques) ;
- le mode de financement (fonds de travaux, appels exceptionnels, aides) ;
- les étapes de consultation, de choix des entreprises et de suivi de chantier ;
- les garanties dont bénéficie la copropriété après la réception.
Plus les copropriétaires sont informés et impliqués, plus les décisions sont acceptées et mieux les travaux se déroulent. Un projet bien préparé, bien voté et bien suivi contribue directement :
- à la préservation et à la valorisation du patrimoine de chacun ;
- à la sécurité et au confort des occupants ;
- à la bonne santé financière de la copropriété.
Comprendre les différents types de travaux en copropriété, c’est donc se donner les moyens d’agir en connaissance de cause et de faire de chaque chantier un investissement réellement utile pour l’immeuble et ses habitants.