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Gérer les impayés de charges en copropriété : procédure et recours

Guide juridique complet sur la gestion des impayés de charges : prévention, recouvrement amiable, procédures judiciaires, mesures d'exécution et cas particuliers.

Illustration du guide : Gérer les impayés de charges en copropriété : procédure et recours - Catégorie Copropriété

Gérer les impayés de charges en copropriété : comprendre, prévenir, agir

Les impayés de charges représentent l’un des enjeux les plus sensibles de la gestion d’une copropriété. Dès qu’un ou plusieurs copropriétaires cessent de payer leurs charges, c’est l’ensemble de l’immeuble qui en subit les conséquences : trésorerie fragilisée, difficultés à régler les prestataires, reports de travaux, tensions entre voisins…

En France, on estime qu’une part significative des copropriétés est confrontée à des impayés récurrents ou importants. Si la situation n’est pas traitée rapidement, elle peut conduire à :

  • des retards de paiement auprès des fournisseurs (ascenseur, chauffage, ménage, assurances, etc.) ;
  • une incapacité à lancer des travaux pourtant nécessaires (ravalement, toiture, sécurité) ;
  • une dégradation progressive de l’immeuble ;
  • des tensions entre copropriétaires « bons payeurs » et débiteurs ;
  • dans les cas extrêmes, une procédure pour copropriété en difficulté.

Comprendre l’enjeu des impayés, c’est donc comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un « problème individuel », mais d’un risque collectif pour la copropriété. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des leviers efficaces : une prévention intelligente, une organisation claire, une procédure de recouvrement progressive et un suivi rigoureux de la situation financière.


Les différents types de charges

Pour bien appréhender les impayés, il est essentiel de comprendre ce que recouvrent les « charges de copropriété ». Il ne s’agit pas d’une seule et unique catégorie, mais de plusieurs types de contributions, qui n’ont pas toutes la même nature ni les mêmes enjeux.

Les charges courantes

Les charges courantes sont celles qui financent le budget prévisionnel voté chaque année en Assemblée Générale. Elles couvrent le fonctionnement normal de l’immeuble et reviennent de manière régulière.

On y retrouve notamment :

  • l’entretien et le nettoyage des parties communes ;
  • les contrats de maintenance (ascenseur, chaudière, portail, VMC, etc.) ;
  • les consommations communes (électricité des parties communes, eau des parties communes ou collective, chauffage collectif) ;
  • l’assurance multirisque immeuble ;
  • les frais de gestion et de comptabilité ;
  • éventuellement la rémunération d’un gardien ou employé d’immeuble.

Ces charges donnent lieu à des appels de fonds périodiques (mensuels ou trimestriels). Lorsqu’un copropriétaire ne les règle pas, la trésorerie de la copropriété s’en ressent immédiatement, car ces dépenses sont, pour la plupart, incontournables.

Les charges exceptionnelles

Les charges exceptionnelles correspondent à des dépenses qui ne relèvent pas du budget courant, par exemple :

  • des travaux votés en Assemblée Générale (ravalement, toiture, changement de chaudière, isolation, etc.) ;
  • des interventions urgentes ou imprévues d’un montant significatif (important dégât des eaux, panne majeure, sinistre) ;
  • des diagnostics ou études techniques imposées (audit énergétique, expertise structurelle, etc.).

Elles font l’objet d’appels de fonds spécifiques, souvent plus élevés que les appels courants. Elles peuvent surprendre les copropriétaires qui n’avaient pas anticipé la dépense, surtout si la communication en amont a été insuffisante. C’est une source fréquente de nouveaux impayés.

Les avances de trésorerie et fonds de travaux

Outre les charges courantes et exceptionnelles, la copropriété peut (ou doit, selon les cas) constituer des avances :

  • le fonds de travaux (obligatoire dans la plupart des copropriétés), destiné à financer des travaux futurs ;
  • des avances de trésorerie décidées en Assemblée Générale pour sécuriser la trésorerie (par exemple en cas de retards chroniques de certains copropriétaires).

Ces sommes, versées par les copropriétaires, sont attachées au lot : elles suivent le lot en cas de vente et ne sont, en principe, pas restituées au vendeur. Un copropriétaire qui ne les paie pas met à mal la capacité de la copropriété à anticiper les travaux.


La prévention des impayés

Lorsqu’il s’agit d’impayés, la règle d’or est simple : il vaut mieux prévenir que guérir. Une partie des impayés peut être évitée grâce à une combinaison de :

  • communication pédagogique,
  • facilitation du paiement,
  • détection précoce des difficultés.

Une communication claire et régulière

Beaucoup de copropriétaires ont l’impression de « payer sans savoir pourquoi ». Cette incompréhension peut alimenter :

  • un sentiment d’injustice (« on paie trop »),
  • une défiance vis-à-vis de la gestion,
  • une réticence à payer en temps et en heure.

Pour éviter cela, il est essentiel de :

  • expliquer la composition des charges : détail par poste (assurance, énergie, entretien, travaux, honoraires, etc.) ;
  • justifier les augmentations d’une année sur l’autre (hausse du prix de l’énergie, travaux obligatoires, augmentation de certains contrats) ;
  • présenter clairement les décisions d’AG ayant un impact financier : travaux votés, constitution de fonds, nouvelles prestations ;
  • mettre les documents à disposition (budget, comptes, annexes, devis) pour que chacun puisse vérifier par lui-même ;
  • répondre aux questions des copropriétaires, même si les réponses prennent du temps.

Un copropriétaire qui comprend à quoi servent ses charges est, en pratique, beaucoup plus enclin à les payer, même lorsqu’elles augmentent.

La facilitation du paiement

Certains impayés ne sont pas liés à un refus, mais à un problème d’organisation ou de trésorerie. Il est donc utile de rendre le paiement :

  • plus simple ;
  • plus souple ;
  • plus prévisible.

Concrètement, cela passe par :

  • la diversification des moyens de paiement : prélèvement automatique, virement, chèque, paiement en ligne ;
  • l’encouragement au prélèvement automatique, qui limite les oublis et facilite le suivi mensuel ;
  • lorsque c’est possible, la mise en place d’appels de fonds mensuels plutôt que trimestriels : cela lisse la charge financière pour les copropriétaires ;
  • la communication d’un calendrier prévisionnel des appels de fonds (dates et montants), permettant aux copropriétaires d’anticiper sur leur budget.

La détection précoce des difficultés

Un retard « laissé traîner » peut rapidement se transformer en dette importante, avec des frais de recouvrement et une tension croissante entre les parties.

D’où l’intérêt de :

  • mettre en place un suivi régulier des paiements (tableau des soldes, alertes en cas de retard) ;
  • réagir dès le premier retard par un contact courtois (mail, téléphone, courrier simple) ;
  • chercher à comprendre la situation : oubli, problème ponctuel, difficulté plus profonde ;
  • proposer, si nécessaire, un échéancier de paiement réaliste pour éviter que la dette ne s’accumule.

Une approche humaine et précoce permet souvent de régler une situation avant qu’elle ne devienne conflictuelle ou judiciaire.


Les étapes de recouvrement

Lorsque, malgré la prévention et les relances informelles, un copropriétaire persiste à ne pas payer, il devient nécessaire d’entrer dans une procédure de recouvrement structurée. Celle-ci doit être progressive, proportionnée et bien documentée.

Phase 1 : Le recouvrement amiable (0–30 jours après l’échéance)

Dès qu’un appel de fonds n’est pas réglé à la date prévue, il est recommandé de :

  • envoyer une lettre de relance simple rappelant le montant dû, l’échéance initiale et les références de paiement ;
  • rester courtois et factuel : rappel du contexte, invitation à régulariser ou à prendre contact en cas de difficulté ;
  • proposer, le cas échéant, une solution amiable (échéancier, ajustement temporaire, etc.).

Une grande partie des impayés se résout à ce stade, surtout lorsqu’il s’agit d’un simple oubli ou d’un problème ponctuel.

Phase 2 : La mise en demeure (environ 30–60 jours après l’échéance)

Si la relance amiable reste sans effet, il convient de passer à un courrier plus formel : la mise en demeure.

Celle-ci :

  • est généralement envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ;
  • rappelle le montant exact de la dette (principal + éventuels frais déjà engagés) ;
  • indique un délai de régularisation (souvent 8 à 15 jours) ;
  • mentionne les conséquences du non-paiement : poursuites judiciaires, frais supplémentaires, intérêts ou pénalités, etc.

Elle marque une étape importante dans le dossier : elle montre que la copropriété a tenté une approche amiable et prévient clairement le débiteur des suites possibles.

Les pénalités de retard (si prévues)

Le règlement de copropriété peut prévoir l’application de pénalités de retard en cas d’impayé prolongé, par exemple un pourcentage sur les sommes dues après un certain délai.

Pour pouvoir les appliquer :

  • elles doivent être expressément prévues dans le règlement de copropriété ou une résolution adoptée en AG ;
  • elles doivent respecter les limites légales et ne pas être manifestement disproportionnées ;
  • leur mode de calcul doit être clair (taux, point de départ, assiette).

Ces pénalités ne sont pas une « punition gratuite » : elles visent à compenser le préjudice subi par la copropriété (avance de trésorerie, démarches, frais).

Phase 3 : Le recouvrement judiciaire (au-delà de 60 jours et en l’absence de solution)

Si la mise en demeure reste sans effet, la copropriété peut être contrainte d’engager une procédure judiciaire pour contraindre le paiement.

Avant de saisir la justice, il est recommandé de :

  • analyser la situation avec le gestionnaire ou un conseil juridique ;
  • s’assurer que tous les appels de fonds ont été régulièrement décidés et notifiés ;
  • constituer un dossier complet (relevé de compte, relances, mise en demeure, AG ayant voté les charges, etc.).

Les procédures judiciaires de recouvrement

Plusieurs voies de droit sont à la disposition de la copropriété. Le choix dépend :

  • du montant de la dette ;
  • du degré d’urgence ;
  • du caractère contesté ou non de la créance ;
  • de la situation du débiteur (bonne foi, solvabilité, attitude).

L'injonction de payer

L’injonction de payer est une procédure souvent utilisée en matière de charges de copropriété, car :

  • elle est relativement rapide ;
  • elle est peu coûteuse ;
  • elle se déroule sur dossier, sans audience dans un premier temps.

Le juge examine les pièces fournies (relevé des charges, décisions d’AG, mise en demeure, etc.) et, s’il estime la demande fondée, rend une ordonnance d’injonction de payer.

Le débiteur en est informé et dispose généralement d’un délai pour faire opposition. S’il ne le fait pas dans le temps imparti, l’ordonnance devient exécutoire : elle a la même force qu’un jugement et permet de mettre en œuvre des mesures d’exécution forcée.

L'assignation au fond

Lorsque la situation est plus complexe (contestation de la dette, litiges sur le calcul des charges, contestation des décisions d’AG, etc.), il peut être préférable d’engager une assignation au fond.

Il s’agit d’une procédure contradictoire classique devant le tribunal. Elle est plus longue, mais permet :

  • d’examiner les arguments de chaque partie ;
  • d’apporter des éclaircissements sur des points techniques (répartition, règlement, votes) ;
  • d’obtenir un jugement motivé, qui tranche de manière globale le litige.

Le référé provision

Lorsque la créance est clairement établie et peu contestable, la copropriété peut saisir le juge des référés pour obtenir rapidement le versement d’une provision.

Cette procédure :

  • est plus rapide qu’un procès au fond ;
  • est adaptée aux situations où la copropriété a un besoin urgent de trésorerie ;
  • n’empêche pas un débat ultérieur sur certains points annexes, mais sécurise une partie de la créance.

Les mesures d'exécution forcée

Une fois un titre exécutoire obtenu (ordonnance d’injonction de payer non contestée, jugement, décision de référé), la copropriété peut, via un commissaire de justice (ex-huissier), mettre en œuvre des mesures d’exécution forcée.

La saisie sur compte bancaire

Le commissaire de justice peut procéder à une saisie-attribution sur le compte bancaire du débiteur, à hauteur des sommes dues. Le compte est alors bloqué pour le montant de la créance, dans la limite des sommes disponibles.

Cette mesure est souvent efficace, mais suppose de connaître les coordonnées bancaires du débiteur (ou de les obtenir par des moyens légaux).

La saisie sur salaire ou pension

Une autre solution est la saisie sur rémunération (salaire, pension, etc.). Une partie des revenus du débiteur est prélevée directement chaque mois, selon un barème légal, jusqu’à extinction de la dette.

C’est une procédure plus longue, mais très sécurisée : même si le débiteur ne coopère pas, la créance est progressivement récupérée.

La saisie-vente du lot

En dernier recours, et pour des dettes importantes et persistantes, la copropriété peut engager une procédure de saisie immobilière du lot du débiteur.

Cette procédure est :

  • lourde et longue (plusieurs mois à plusieurs années) ;
  • coûteuse en frais (avocats, commissaires de justice, publicité, etc.) ;
  • mais potentiellement très efficace, le produit de la vente servant à payer les créanciers, dont la copropriété qui bénéficie d’un rang privilégié pour les charges.

Ce recours doit être posé stratégiquement, une fois épuisées les autres voies de recouvrement et en fonction :

  • du montant de la dette,
  • de la valeur du bien,
  • de la solvabilité générale du débiteur.

Les cas particuliers

Tous les impayés ne se ressemblent pas. Il est important d’adapter l’approche en fonction du profil du débiteur.

Le copropriétaire en difficulté financière

Il peut s’agir d’un copropriétaire :

  • qui a perdu son emploi ;
  • qui a subi un accident de la vie (séparation, maladie, etc.) ;
  • qui se retrouve ponctuellement en difficulté mais reste de bonne foi.

Dans ce cas, il peut être plus pertinent de :

  • proposer un échéancier de paiement raisonnable ;
  • maintenir un dialogue régulier ;
  • éviter autant que possible des frais de procédure trop lourds qui alourdiraient encore la dette.

L’objectif est de récupérer la créance sans déstabiliser définitivement la situation du copropriétaire ni créer une impasse.

Le lot détenu par une société ou un bailleur

Lorsqu’un lot est détenu par un bailleur institutionnel, une société ou un investisseur, la logique peut être différente :

  • ces acteurs sont généralement mieux informés de leurs obligations ;
  • ils disposent de moyens financiers plus importants ;
  • ils sont sensibles aux risques juridiques et à la réputation.

Il peut être utile de :

  • rappeler fermement les obligations légales ;
  • signaler que les impayés peuvent affecter la bonne exécution des services dont bénéficient leurs locataires ;
  • mettre en avant la possibilité de mesures judiciaires rapides.

Le copropriétaire insolvable

Dans certains cas, le copropriétaire est en situation de surendettement avéré, de procédure collective ou de liquidation. La copropriété doit alors :

  • déclarer sa créance auprès de la commission de surendettement ou du mandataire liquidateur ;
  • suivre la procédure officielle ;
  • accepter que les chances de récupération soient limitées.

Même si la probabilité de récupérer la totalité des sommes est faible, la déclaration de créance est indispensable pour préserver, autant que possible, les droits de la copropriété.


L'impact des impayés sur la copropriété

Les impayés ne se limitent pas à une ligne rouge dans un tableau de comptabilité. Ils ont des conséquences concrètes sur :

  • le budget,
  • la trésorerie,
  • les projets de travaux,
  • le climat entre copropriétaires.

Le provisionnement des impayés

Lorsque des impayés deviennent significatifs ou récurrents, il est prudent d’en tenir compte dans la comptabilité en constituant une provision pour créances douteuses.

Cette provision :

  • reflète la réalité du risque de non-recouvrement ;
  • évite de présenter des comptes artificiellement optimistes ;
  • permet d’anticiper une éventuelle perte plutôt que de la subir brutalement.

La majoration du budget prévisionnel

Si les impayés sont récurrents, il peut être nécessaire d’ajuster le budget prévisionnel pour compenser. Cela peut se traduire par une légère augmentation des appels de fonds pour les copropriétaires à jour, afin de garantir le règlement des contrats indispensables (assurance, chauffage, entretien).

Cette mesure est difficile à accepter, car elle fait peser le coût des impayés sur les copropriétaires de bonne foi. Elle doit donc être :

  • expliquée avec transparence ;
  • accompagnée d’actions fortes de recouvrement ;
  • présentée comme une mesure de protection de la copropriété, et non comme une fatalité.

L'information des copropriétaires

Enfin, la question des impayés doit être abordée sans tabou mais avec tact. En Assemblée Générale, il est important de :

  • présenter un état des impayés (montant global, évolution, actions engagées) ;
  • ne pas citer les noms en séance, pour respecter la confidentialité et éviter les tensions directes ;
  • expliquer les mesures prises (recouvrement amiable, procédures judiciaires, provisions) ;
  • répondre aux questions sur l’impact concret des impayés sur le budget et les projets de travaux.

Une copropriété informée comprend mieux certaines décisions difficiles (constitution de provisions, augmentation ciblée, lancement de procédures judiciaires) et soutient davantage les actions de recouvrement.


Conclusion : anticiper, dialoguer, agir avec méthode

Les impayés en copropriété ne sont jamais une fatalité, mais ils ne disparaissent pas non plus d’eux-mêmes. Une gestion efficace repose sur trois principes clés :

  • anticiper : informer, expliquer, faciliter le paiement, détecter rapidement les premiers signes de difficulté ;
  • dialoguer : privilégier autant que possible les solutions amiables, adaptées à la situation de chaque copropriétaire ;
  • agir avec méthode : suivre une procédure de recouvrement structurée, documentée, puis, si nécessaire, recourir aux outils judiciaires et aux mesures d’exécution forcée.

Bien gérés, les impayés restent un problème ponctuel à résoudre. Mal gérés, ils peuvent fragiliser durablement l’immeuble, retarder les travaux indispensables et détériorer le climat entre copropriétaires.

Comprendre l’enjeu des impayés, c’est donc protéger non seulement la trésorerie de la copropriété, mais aussi la valeur du patrimoine de chacun et la qualité de vie au quotidien dans l’immeuble.

Équipe SyndicOS

Experts en gestion de copropriété et accompagnement des syndics.