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Économie

Malus sur les vêtements de mode éphémère : ce qui change ce mardi pour Shein, Temu et AliExpress

Depuis ce mardi, un malus financier pouvant atteindre 19,50 euros par vêtement s'applique aux plateformes d'ultra fast fashion comme Shein, Temu et AliExpress. Primark, Zara, Uniqlo et H&M restent exemptés.

Par Équipe PapperOS
Publié le 01/09/2026 à 12:21 · 6 min de lecture
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Portants de vêtements dans un magasin, illustration de la mode et du textile
Un nouveau malus financier frappe les vêtements de mode ultra-éphémère depuis le 1er septembre 2026. © MAKY.OREL / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
En bref
Sommaire
  1. Un malus qui vise un modèle économique précis
  2. Un calcul basé sur le volume et la diversité des références
  3. Des montants qui varient selon le type de vêtement
  4. L'éco-organisme Refashion chargé de collecter le malus
  5. Des ordres de grandeur qui justifient, selon le gouvernement, ce ciblage
  6. Primark, Zara, Uniqlo et H&M explicitement exemptés
  7. Des associations qui réclament un élargissement du dispositif
  8. Une interdiction de publicité également prévue
  9. Une réponse à des critiques anciennes sur la pollution et la concurrence déloyale
  10. Un texte qui s'inscrit dans une bataille plus large à l'échelle européenne

La mode à bas prix va désormais coûter un peu plus cher à produire. Depuis ce mardi 1er septembre 2026, un nouveau malus financier frappe en France chaque vêtement issu de l'ultra fast fashion, la mode ultra-éphémère incarnée par des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress. Cette éco-contribution, qui peut atteindre 19,50 euros par pièce d'ici 2030, découle d'une loi anti-fast fashion adoptée par le Parlement cet été. Voici comment fonctionne ce nouveau dispositif et qui est réellement concerné.

Un malus qui vise un modèle économique précis

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ce nouveau dispositif ne s'apparente pas à une taxe appliquée uniformément à tous les vêtements vendus en France. Il s'agit d'une éco-contribution ciblée, payée directement par les entreprises concernées, dont l'objectif assumé est de pénaliser un modèle économique bien précis : celui consistant à mettre sur le marché un nombre extrêmement élevé de références vestimentaires, vendues à très bas prix et renouvelées à un rythme effréné. « Il y a urgence à agir rapidement en matière d'ultra-fast fashion », a justifié lundi le cabinet du ministre de la Transition écologique, à la veille de l'entrée en vigueur du texte.

Un calcul basé sur le volume et la diversité des références

Le montant de cette éco-contribution repose sur un calcul complexe, qui prend en compte à la fois le volume de vêtements mis sur le marché par chaque entreprise et la diversité de ses références, comparés au coût de réparation des produits. Chaque vêtement se voit ainsi attribuer un score, résultant d'une équation entre ces différents facteurs et le degré d'incitation de la marque à la réparation plutôt qu'au remplacement pur et simple.

Des montants qui varient selon le type de vêtement

Concrètement, pour l'année 2026, les entreprises concernées devront s'acquitter d'une pénalité de 50 centimes pour chaque caleçon dont le score est inférieur au seuil fixé par la réglementation, de 2 euros pour un tee-shirt, de 9 euros pour un jean, et de 12 euros pour une veste. Ces montants ne sont toutefois qu'un point de départ : le dispositif prévoit une trajectoire de hausse progressive, avec une pénalité pouvant atteindre jusqu'à 19,50 euros par pièce d'ici 2030, plafonnée dans tous les cas à 50 % du prix hors taxe du produit concerné.

L'éco-organisme Refashion chargé de collecter le malus

La collecte de cette éco-contribution a été confiée à Refashion, l'éco-organisme mandaté par l'État pour structurer et organiser la filière textile en France. Ce dispositif s'inscrit dans une logique de responsabilité élargie du producteur, un principe déjà appliqué à d'autres secteurs comme l'électroménager ou l'ameublement, qui vise à faire porter aux entreprises elles-mêmes le coût environnemental de leurs produits, plutôt que de le laisser entièrement à la charge de la collectivité.

Des ordres de grandeur qui justifient, selon le gouvernement, ce ciblage

Pour justifier de viser spécifiquement certaines entreprises plutôt que l'ensemble du secteur textile, le cabinet du ministre du Commerce Serge Papin met en avant des écarts de volumes considérables entre les différents acteurs du marché. La marque haut de gamme française ba&sh met en rayon environ 300 produits différents par an, l'enseigne nordiste Kiabi près de 17 400, l'espagnol Zara environ 20 000, tandis que le pionnier asiatique de la mode ultra-éphémère Shein propose, selon les mêmes chiffres, pas moins de 1,7 million de références différentes. « Les différences d'ordre de grandeur sont extrêmement significatives », souligne le cabinet ministériel pour justifier ce traitement différencié.

Primark, Zara, Uniqlo et H&M explicitement exemptés

Ce ciblage précis a toutefois pour conséquence d'exclure du champ d'application du malus plusieurs enseignes elles-mêmes régulièrement associées à la fast fashion classique. Dès le mois de juillet, le cabinet du ministre du Commerce avait confirmé que des entreprises comme Primark, Zara, Uniqlo ou H&M ne seraient pas concernées par cette pénalité financière, un choix assumé par Serge Papin. « Les marques européennes ont des magasins physiques, créent des emplois et payent les taxes et charges du commerce physique. Donc, ce n'est pas la même chose », a-t-il justifié dans un entretien accordé lundi à Ouest-France, se défendant de toute forme de discrimination géographique envers les acteurs asiatiques.

Des associations qui réclament un élargissement du dispositif

Cette exemption ne fait toutefois pas l'unanimité parmi les défenseurs de l'environnement et de la filière textile française. La coalition d'associations Stop Fast Fashion a ainsi regretté « le choix de restreindre ces dernières à Shein et Temu », appelant à « l'élargissement rapide » des pénalités « à l'ensemble des marques de fast fashion », y compris celles qui bénéficient pour l'instant d'une exemption. Le ministre du Commerce a de son côté défendu une approche graduée, distinguant les acteurs qu'il juge « à portée d'engueulade », comme les marques françaises ou européennes, de ceux qui, selon lui, « ont pour spécialité de contourner n'importe quelle règle et ne comprennent que le langage de la sanction ».

Une interdiction de publicité également prévue

Le malus financier entré en vigueur ce mardi ne constitue que le premier volet d'un dispositif plus large prévu par la loi anti-fast fashion adoptée cet été. D'autres mesures doivent entrer en application « au début de l'année prochaine », selon le cabinet du ministre du Commerce. Parmi elles figure l'obligation, pour les plateformes concernées, de sensibiliser les consommateurs à l'impact environnemental de leurs achats directement au moment de l'acte d'achat, ainsi qu'une interdiction pure et simple de la publicité pour ces entreprises, qu'elle soit diffusée en ligne, à la télévision ou dans l'espace public.

Une réponse à des critiques anciennes sur la pollution et la concurrence déloyale

Cette loi répond à des critiques formulées depuis plusieurs années par les autorités publiques, les associations environnementales et de nombreux parlementaires, en France comme dans le reste de l'Union européenne. Les grandes plateformes de vente en ligne comme Shein, Temu et AliExpress sont régulièrement accusées de générer une pollution environnementale considérable au regard des volumes de produits mis sur le marché mondial, mais aussi de se livrer à une concurrence jugée déloyale envers les entreprises textiles européennes, moins compétitives sur les prix mais soumises à des règles sociales et environnementales plus strictes. Certaines enquêtes ont également mis en cause l'existence de travail forcé dans certaines usines fournissant ces plateformes, un argument supplémentaire mis en avant par les partisans d'une régulation renforcée du secteur.

Un texte qui s'inscrit dans une bataille plus large à l'échelle européenne

La France n'est pas isolée dans cette démarche de régulation de l'ultra fast fashion. Plusieurs pays membres de l'Union européenne et les institutions communautaires elles-mêmes examinent actuellement des dispositifs similaires visant à encadrer plus strictement les plateformes de vente en ligne originaires d'Asie, notamment sur les questions de sécurité des produits, de droits de douane et de responsabilité environnementale. L'entrée en vigueur du malus français ce mardi pourrait ainsi servir de précédent, voire d'exemple, pour d'autres législations en cours de préparation ailleurs en Europe, dans un contexte où la croissance de ces plateformes continue d'inquiéter une partie du secteur textile traditionnel du continent.

Source : 20 Minutes avec AFP.

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