L'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo est devenue, en seulement trois mois, la plus meurtrière de l'histoire du pays. Selon le dernier bilan communiqué par les autorités sanitaires congolaises, près de cinq mille cas de contamination ont été confirmés, dont plus de deux mille trois cents personnes sont décédées.
Cette progression fulgurante inquiète l'Organisation mondiale de la santé, qui juge désormais le niveau de risque pour la santé publique très élevé au sein même de la République démocratique du Congo, élevé pour l'Ouganda et les autres pays limitrophes, et faible pour le reste du continent africain et du monde.
Une propagation qualifiée d'exponentielle
Selon les experts de santé publique mobilisés sur place, l'épidémie progresse actuellement de façon exponentielle, un rythme rarement observé lors des précédentes flambées d'Ebola recensées dans le pays depuis la découverte du virus en 1976. Plusieurs provinces sont désormais touchées simultanément, compliquant considérablement le travail des équipes de terrain chargées d'identifier les chaînes de transmission.
La riposte sanitaire se heurte à un manque criant de moyens matériels et humains, alors que le système de santé congolais reste fragilisé par des années de conflits armés récurrents dans certaines régions du pays. La défiance d'une partie de la population envers les équipes médicales, alimentée par de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux, complique également les opérations de sensibilisation.
Un déploiement massif de vaccins
Face à l'ampleur de la crise, l'Organisation mondiale de la santé a annoncé le déploiement de soixante dix mille doses du vaccin Ervebo. Ce vaccin est homologué contre la souche Zaïre du virus, historiquement la plus fréquente en République démocratique du Congo, mais pas contre la souche Bundibugyo qui sévit actuellement dans le pays, ce qui limite en partie son efficacité attendue sur le terrain.
Des chercheurs évaluent néanmoins la possibilité d'une certaine protection croisée offerte par ce vaccin, une hypothèse encore à confirmer par des données cliniques complémentaires. D'autres candidats vaccins spécifiquement adaptés à la souche Bundibugyo sont par ailleurs en cours de développement accéléré par plusieurs laboratoires internationaux.
Un risque de propagation internationale surveillé de près
L'Organisation mondiale de la santé maintient une surveillance renforcée aux frontières des pays voisins, en particulier de l'Ouganda, où plusieurs cas suspects ont déjà fait l'objet d'investigations approfondies. Des équipes de dépistage ont été positionnées dans les principaux points de passage frontaliers pour limiter tout risque de propagation transfrontalière du virus.
Les organisations humanitaires présentes sur le terrain alertent par ailleurs sur les besoins urgents en financements internationaux, jugés très insuffisants au regard de l'ampleur de la crise sanitaire en cours. Plusieurs appels aux dons ont été lancés ces dernières semaines pour renforcer les capacités de prise en charge des malades et accélérer la campagne de vaccination.
Des centres de traitement débordés
Sur le terrain, les centres de traitement mis en place par les autorités sanitaires et les organisations humanitaires peinent à absorber l'afflux constant de nouveaux malades. Le personnel soignant, souvent épuisé après plusieurs mois de mobilisation continue, doit composer avec un manque récurrent d'équipements de protection individuelle et de médicaments destinés à la prise en charge symptomatique des patients infectés.
Les autorités congolaises ont lancé un appel pressant à la communauté internationale pour obtenir un soutien logistique et financier renforcé, estimant que la fenêtre d'action pour contenir la propagation du virus se réduit de semaine en semaine. Plusieurs pays partenaires ont d'ores et déjà annoncé l'envoi de personnel médical supplémentaire ainsi que de matériel sanitaire destiné aux zones les plus touchées par l'épidémie.
Les enseignements des précédentes flambées
La République démocratique du Congo a déjà fait face à plusieurs épidémies d'Ebola au cours des dernières décennies, ce qui a permis au pays de développer une expertise reconnue en matière de riposte sanitaire. Les autorités locales espèrent s'appuyer sur cette expérience accumulée pour accélérer la maîtrise de la situation actuelle, même si l'ampleur inédite de cette flambée complique considérablement la tâche des équipes engagées sur le terrain.
