Un soldat franco-colombien de la Légion étrangère française a été enlevé début août dans une région de Colombie contrôlée par la guérilla, a annoncé l'armée française jeudi 28 août 2026. José Olger Melo Charry, caporal engagé dans l'armée française depuis quatre ans, se trouvait en permission dans son pays d'origine lorsqu'il a été pris en otage par des dissidents de la guérilla des Farc, selon un rapport militaire.
Un enlèvement survenu le 6 août
Selon les informations communiquées par l'armée colombienne, José Olger Melo Charry a été enlevé le 6 août dernier alors qu'il circulait sur une route du département de Nariño, dans le sud ouest du pays. Cette région montagneuse, proche de la frontière avec l'Équateur, est depuis plusieurs années le théâtre d'affrontements récurrents entre les forces de sécurité colombiennes et divers groupes armés impliqués dans le trafic de drogue et l'exploitation minière illégale. Le colonel Mauricio Osorio a confirmé les faits jeudi sur les ondes de la radio colombienne Blu Radio, précisant que le soldat était en congé dans son pays natal au moment de son enlèvement.
Un caporal engagé depuis quatre ans dans l'armée française
José Olger Melo Charry avait rejoint la Légion étrangère française il y a quatre ans, à l'instar de nombreux ressortissants sud américains qui choisissent chaque année de s'engager dans ce corps d'armée mythique pour obtenir, au terme de leur engagement, la nationalité française par ce que l'on appelle la procédure du «Français par le sang versé». Ce dispositif juridique, institué par une loi de 1999, permet à tout légionnaire blessé au combat au service de la France d'obtenir la nationalité française par décret, sans délai d'attente habituel. De retour en Colombie pour une période de permission, le caporal ne s'attendait vraisemblablement pas à devenir la cible d'un enlèvement en raison même de son appartenance à cette unité d'élite.
Les dissidents des Farc pointés du doigt
Selon le rapport de l'armée colombienne, les responsables présumés de cet enlèvement appartiennent à un groupe de dissidents de la guérilla des Farc, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, officiellement dissoute après l'accord de paix signé en 2016 avec le gouvernement colombien. Ces dissidents, qui avaient refusé de déposer les armes à l'époque, ont depuis reconstitué plusieurs factions armées actives dans certaines régions reculées du pays, vivant principalement du trafic de stupéfiants et de l'extorsion. D'après la même source militaire, les ravisseurs auraient délibérément ciblé José Olger Melo Charry après avoir découvert son appartenance à la Légion étrangère française, une information qui laisse craindre une volonté d'utiliser cet enlèvement à des fins de pression politique ou financière.
Le guérillero le plus recherché du pays en cause
Le groupe accusé de cet enlèvement serait dirigé par un chef de guerre connu sous le nom d'Iván Mordisco, considéré comme le guérillero le plus recherché de toute la Colombie. Sous son commandement, plusieurs factions dissidentes des Farc ont multiplié les enlèvements ces dernières années, cherchant à la fois à extorquer de l'argent auprès de leurs victimes ou de leurs proches, et à faire pression sur les autorités colombiennes dans le cadre de leurs revendications territoriales et politiques. La zone du département de Nariño, riche en cultures de coca destinées à la production de cocaïne, constitue l'un des bastions historiques de ces groupes armés.
Une politique de fermeté du nouveau président colombien
Le président colombien Abelardo de la Espriella, figure de la droite dure arrivée au pouvoir début août 2026, a fait de la lutte sans merci contre les guérillas et les narcotrafiquants l'un des axes centraux de son mandat, avec le soutien affiché des États Unis. Cette ligne dure marque une rupture nette avec la présidence de son prédécesseur de gauche, Gustavo Petro, lui même ancien membre d'une autre guérilla aujourd'hui dissoute, qui avait échoué dans la plupart de ses tentatives de négociation avec les groupes armés encore actifs. De nombreux experts de la région soulignent d'ailleurs que ces organisations armées se sont considérablement renforcées durant les années de présidence de Gustavo Petro, profitant d'un rapport de force jugé moins défavorable par les autorités.
Paris suit l'affaire de très près
Le ministère français des Armées a confirmé suivre cette affaire avec la plus grande attention, en lien étroit avec le ministère des Affaires étrangères. Dans un communiqué, l'institution a également tenu à remercier les autorités colombiennes d'avoir ouvert sans délai une enquête judiciaire sur les circonstances de l'enlèvement. La diplomatie française dispose d'une expérience certaine dans la gestion de ce type de dossiers sensibles impliquant des ressortissants français retenus captifs à l'étranger, mais chaque situation demeure unique et dépend étroitement du contexte local, de l'identité des ravisseurs et de leurs motivations réelles.
La Légion étrangère, un creuset multinational
Créée en 1831, la Légion étrangère française recrute chaque année des volontaires originaires de dizaines de pays différents, attirés par la possibilité de servir la France et, à terme, d'en devenir citoyens. La communauté colombienne figure parmi les nationalités les plus représentées au sein de cette unité, aux côtés de nombreux autres ressortissants d'Amérique latine, d'Afrique et d'Europe de l'Est. Cette diversité constitue l'une des forces historiques de la Légion, mais elle expose également certains de ses membres, une fois de retour dans leur pays d'origine pendant leurs permissions, à des risques spécifiques liés à leur statut de militaire français, notamment dans des zones où l'autorité de l'État reste fragile face aux groupes armés.
Une préoccupation plus large pour la sécurité en Colombie
Cet enlèvement intervient alors que la Colombie traverse une période de tensions sécuritaires croissantes, marquée ces derniers mois par plusieurs incidents violents attribués à des groupes armés dissidents. Ce climat n'est pas sans rappeler d'autres affaires récentes impliquant des groupes armés actifs sur le territoire colombien. La région andine dans son ensemble reste confrontée à la persistance de multiples organisations criminelles qui ont su se réorganiser en dépit des accords de paix successifs et des opérations militaires menées par les autorités colombiennes. Pour la France comme pour ses partenaires internationaux, cette affaire souligne une nouvelle fois la vulnérabilité de leurs ressortissants présents dans certaines zones du pays, y compris lorsqu'il s'agit de simples séjours privés loin de tout cadre officiel.
Source : d'après Le Figaro, Le Monde et La Dépêche.
