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Charles de Gaulle : la vie et l'héritage d'un homme d'État hors norme

« Le Général »

Officier rebelle devenu chef de la France libre, artisan de la Libération, puis fondateur de la Cinquième République : retour, sources vérifiées à l'appui, sur la vie de Charles de Gaulle.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 28/08/2026 à 20:14 · 24 min de lecture
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Fiche d'identité
Naissance
22/11/1890
Mort
09/11/1970 (à 79 ans)
Profession
Officier, écrivain et homme d'État
Années actives
De 1940 à 1969
Connu(e) pour
L'Appel du 18 juin 1940, Chef de la France libre, Fondateur de la Cinquième République
En bref

« Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. »

— Appel du 18 juin 1940

« Je vous ai compris. »

— Discours à Alger, 4 juin 1958

« Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. »

— Communiqué de démission, 28 avril 1969

Charles de Gaulle demeure, plus d'un demi-siècle après sa mort, l'une des figures les plus marquantes de l'histoire de France contemporaine. Officier rebelle devenu chef de la France libre, artisan de la Libération, puis fondateur et premier président de la Cinquième République, son parcours traverse presque tout le vingtième siècle français, des tranchées de la Première Guerre mondiale jusqu'à la crise de Mai 68. Surnommé « le Général », « l'homme du 18 juin » ou encore « le Grand Charles », il a exercé, sous une forme ou une autre, une autorité au sommet de l'État français pendant près de vingt cinq ans, de la France libre de 1940 à sa démission de 1969. Écrivain reconnu autant qu'homme d'action, il affirmait dans ses Mémoires de guerre s'être toujours fait « une certaine idée de la France », jugeant que celle ci « ne peut être la France sans la grandeur ». Retour, sources croisées à l'appui, sur la vie et l'œuvre de cet officier devenu chef d'État, dont l'empreinte façonne encore aujourd'hui les institutions de la République française.

Une jeunesse nordiste entre foi et discipline

Charles André Joseph Marie de Gaulle naît le 22 novembre 1890 à quatre heures du matin, au numéro 9 de la rue Princesse à Lille, dans une famille catholique et patriote. Son père, Henri de Gaulle, est professeur de lettres, d'histoire et de mathématiques dans des collèges tenus par les jésuites, notamment au collège de l'Immaculée Conception à Paris, tandis que sa mère, Jeanne Maillot, transmet à ses enfants une passion intransigeante pour la patrie, à l'égal de sa piété religieuse. Charles est le troisième d'une fratrie de cinq enfants, aux côtés de Xavier, Marie Agnès, Jacques et Pierre. Si la famille réside à Paris, avenue de Breteuil, la tradition familiale veut que les naissances aient lieu à Lille, chez les Maillot, et les de Gaulle s'y rendent régulièrement pour retrouver la grand mère Julia Delannoy Maillot.

Le jeune Charles grandit dans le culte de l'histoire de France et de la grandeur nationale, des valeurs que son père cultive en lui dès l'enfance en lui faisant découvrir les œuvres de Maurice Barrès, d'Henri Bergson et de Charles Péguy. Scolarisé quatre ans à l'école primaire des Frères des écoles chrétiennes de la paroisse Saint Thomas d'Aquin, il rejoint ensuite le collège de l'Immaculée Conception où enseigne son père, avant d'être envoyé, à la suite des lois de 1901 et de 1905 sur les congrégations enseignantes, au collège du Sacré Cœur tenu par des jésuites français réfugiés en Belgique. Selon plusieurs témoignages, l'adolescent aurait très tôt manifesté une ambition nationale peu commune, rédigeant à quinze ans un récit dans lequel il se met en scène en « général de Gaulle » sauvant la France, et confiant plus tard à son aide de camp Claude Guy avoir eu, dès l'adolescence, la conviction qu'il serait un jour à la tête de l'État.

Saint-Cyr et les débuts d'un jeune officier

Après avoir un temps envisagé l'École centrale des arts et manufactures, Charles de Gaulle suit au collège Stanislas, à Paris, une année de préparation au concours de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, qu'il intègre en 1909, classé cent dix neuvième sur deux cent vingt et un candidats admis. Il en sort diplômé en 1912, cette fois treizième de sa promotion, et rejoint dès l'année précédente, à titre probatoire, le 33e régiment d'infanterie basé à Arras comme sous-lieutenant. Il y sert notamment sous les ordres du colonel Philippe Pétain, alors chef de corps du régiment, puis du lieutenant colonel Stirn, et gagne pour plusieurs années la protection et l'estime du futur maréchal, avant une brouille durable, née de désaccords doctrinaux et personnels dans l'entre deux guerres, qui ne se refermera jamais vraiment et dont les deux hommes ne reparleront brièvement qu'en juin 1940. Promu lieutenant le 1er octobre 1913, il se trouve à la tête d'une compagnie du 33e régiment d'infanterie lorsque éclate la Première Guerre mondiale, en août 1914.

La Première Guerre mondiale : blessures et captivité

Le conflit révèle très vite le courage du jeune officier, mais aussi sa vulnérabilité. Il participe dès août 1914 à la bataille de Dinant, en Belgique, où il est blessé une première fois, puis combat lors de la première bataille de Champagne. Blessé à trois reprises au total au cours des combats, il est finalement capturé par les troupes allemandes le 2 mars 1916 lors de la bataille de Verdun, près du fort de Douaumont, après avoir été touché à la cuisse gauche par un coup de baïonnette alors qu'il tentait de se protéger dans un trou d'obus. Un temps considéré comme mort au combat, ce qui lui vaut une citation à l'ordre de l'armée, il est en réalité soigné à l'hôpital de Mayence avant d'être interné dans plusieurs camps allemands, notamment à Osnabrück en Westphalie puis, après une première tentative d'évasion manquée, à Neisse en Silésie, à Sczuczyn en territoire russe, et enfin au fort d'Ingolstadt, en Bavière, un camp de représailles réservé aux officiers prisonniers jugés indisciplinés, où il croise d'autres futurs officiers supérieurs.

Durant sa captivité, qu'il qualifiera lui même de « lamentable exil », de Gaulle tente à cinq reprises de s'évader, sans jamais y parvenir, et occupe ses codétenus en donnant des conférences magistrales sur l'évolution du conflit en cours. Il n'est libéré qu'à l'armistice, le 11 novembre 1918, après trente deux mois de détention, et garde de cette expérience un sentiment amer de soldat resté inutile, un « revenant » qui n'a pas pu servir la France les armes à la main pendant l'essentiel de la guerre. Il reçoit néanmoins la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 23 juillet 1919 et la croix de guerre 1914 1918 avec étoile d'argent.

Mariage, famille et débuts de la réflexion militaire

Dès son retour de captivité, en janvier 1919, de Gaulle suit des cours de remise à niveau à Saint Maixent, puis obtient dès avril 1919 son détachement auprès de la mission militaire française chargée de former l'armée polonaise autonome, alors engagée dans la guerre soviéto-polonaise. Il y effectue deux séjours, jusqu'en janvier 1921, exerçant les fonctions d'instructeur puis de directeur des études à l'école d'infanterie de Rembertow, et y observe de près la guerre de mouvement et l'emploi des unités blindées, des enseignements qui nourriront ses futures théories militaires. De retour en France, il épouse le 7 avril 1921, à Calais, Yvonne Vendroux. Le couple aura trois enfants, Philippe, né en décembre 1921 et qui deviendra amiral puis sénateur, Élisabeth, née en 1924, et Anne, née en 1928 avec une trisomie, à laquelle ses parents vouent une tendresse particulière jusqu'à sa mort prématurée en 1948, à Colombey.

Chargé de cours d'histoire à Saint-Cyr à son retour de Pologne, l'officier admis à l'École supérieure de guerre en 1922 s'y trouve rapidement en désaccord doctrinal avec ses supérieurs, dont il conteste la vision trop défensive de la stratégie militaire. Il bénéficie néanmoins de la protection du maréchal Pétain, qui l'affecte à son état major en 1925, le fait intervenir comme conférencier à l'École de guerre et lui confie, en 1927, la rédaction d'un ouvrage sur l'histoire du soldat français, un projet qui deviendra plus tard La France et son armée.

Un théoricien en avance sur son temps

Durant l'entre deux guerres, Charles de Gaulle se distingue comme officier réformateur et auteur militaire, après un passage par l'état major des troupes du Levant à Beyrouth, entre 1929 et 1932, où il exerce des fonctions de renseignement et d'opérations. Affecté en 1931 au secrétariat général de la Défense nationale à Paris, il s'initie aux affaires de l'État en travaillant sur le projet de loi militaire, avant d'être promu lieutenant colonel en décembre 1933. Il publie successivement La Discorde chez l'ennemi en 1924, Le Fil de l'épée en 1932, dédicacé au maréchal Pétain, puis Vers l'armée de métier en 1934, ouvrage dans lequel il plaide pour la constitution d'un corps de blindés composé de professionnels, en rupture avec le modèle du service militaire universel alors en vigueur. Il fait également passer ses idées dans une cinquantaine d'articles de presse publiés entre 1933 et 1937 dans L'Écho de Paris, sous le nom d'un journaliste ami, afin de préserver son obligation de réserve d'officier.

Ses idées, jugées audacieuses, ne rencontrent qu'un écho limité au sein de l'état major, à l'exception de quelques soutiens politiques comme Paul Reynaud, qui portera ses propositions jusqu'au Palais Bourbon. Les relations avec Pétain se dégradent en parallèle, notamment après un différend sur la paternité d'un ouvrage resté longtemps en sommeil, La France et son armée, que de Gaulle finit par publier seul chez Plon en 1938, ce qui lui vaut la même année le prix Marcelin Guérin de l'Académie française. En 1937, il prend le commandement du 507e régiment de chars de combat, basé au quartier Lizé à Montigny lès Metz, où il peut enfin mettre en pratique certaines de ses conceptions sur l'emploi massif des blindés, avant d'être promu colonel le 25 décembre 1937.

Mai-juin 1940 : la défaite de la France

Dès janvier 1940, alors qu'il commande par intérim les chars de la 5e armée du général Bourret, Charles de Gaulle adresse à quatre vingts personnalités civiles et militaires, dont Paul Reynaud et Léon Blum, un mémorandum alertant sur l'inadaptation de la doctrine militaire française face à la menace blindée allemande. Lorsque l'offensive allemande de mai 1940 confirme ses craintes, il prend la tête de la 4e division cuirassée et mène plusieurs contre attaques, notamment à Montcornet le 17 mai puis à Abbeville, entre le 27 et le 30 mai, l'une des rares initiatives offensives françaises réussies de la bataille de France. Il est promu général de brigade à titre temporaire le 1er juin 1940, puis nommé quelques jours plus tard sous secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement de Paul Reynaud, chargé de coordonner l'action militaire avec le Royaume Uni.

Le 9 juin, il rencontre à ce titre le Premier ministre britannique Winston Churchill. Mais le 16 juin, Paul Reynaud démissionne et le maréchal Pétain, qui lui succède à la tête du gouvernement, entame aussitôt des démarches en vue d'un armistice avec l'Allemagne. Refusant cette perspective, de Gaulle, qui a quitté Paris déclarée ville ouverte le 10 juin pour suivre le gouvernement dans sa retraite vers Orléans puis Bordeaux, embarque le 17 juin pour Londres, où il compte poursuivre le combat aux côtés des Britanniques.

L'Appel du 18 juin 1940

Depuis les studios de la BBC, avec l'accord du gouvernement britannique, Charles de Gaulle lance le 18 juin 1940 au soir un appel radiophonique invitant les Français, militaires comme civils, à refuser la défaite et à poursuivre le combat aux côtés des Alliés, quels que soient les choix que ferait le gouvernement de Bordeaux. Peu entendu sur le moment, faute d'une large diffusion et d'un enregistrement intégral conservé, ce discours deviendra rétrospectivement l'acte fondateur de la Résistance extérieure et le symbole de tout son engagement, au point que de Gaulle sera longtemps surnommé « l'homme du 18 juin ». Il renouvelle son appel dans les jours suivants, notamment lors d'une allocution filmée du 2 juillet 1940, et obtient de Churchill, dès le 28 juin, sa reconnaissance officielle comme « chef des Français libres, où qu'ils se trouvent ».

Les autorités de Vichy réagissent durement à ce qu'elles considèrent comme une rébellion. De Gaulle est mis à la retraite d'office pour mesure de discipline dès le 23 juin 1940, puis déchu de la nationalité française et de ses grades, avant d'être condamné à mort par contumace, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens par un tribunal militaire de Clermont Ferrand, le 2 août 1940, pour désertion et incitation à la désobéissance en temps de guerre.

Chef de la France libre à Londres

Reconnu par Churchill comme le chef des Français libres, Charles de Gaulle organise depuis Londres les prémices d'un appareil d'État en exil. Il jette les bases de nouvelles forces armées, les Forces françaises libres, ainsi que d'une marine, les Forces navales françaises libres, d'une aviation, les Forces aériennes françaises libres, et d'un service de renseignement, le BCRA, dirigé par le colonel Passy, rapidement actif jusque sur le territoire métropolitain. La croix de Lorraine, proposée par l'amiral Muselier, devient l'emblème du mouvement, tandis qu'un petit domaine colonial, notamment en Afrique équatoriale française, offre à la France libre une première base territoriale et humaine.

Sa relation avec les Alliés reste toutefois tendue, en particulier avec le président américain Franklin Roosevelt, qui lui préfère longtemps d'autres figures militaires françaises jugées plus malléables, d'abord l'amiral Darlan, assassiné en décembre 1942, puis le général Giraud. Face à Churchill, qui lui reproche un jour de ne pas être la France mais seulement « la France combattante », de Gaulle réplique sans détour qu'il agit « au nom de la France », combattant aux côtés de l'Angleterre mais non pour son compte. Il doit ainsi imposer pied à pied sa légitimité comme unique représentant de la France combattante, en dépit de moyens humains et matériels longtemps limités.

D'Alger à la libération de Paris

À partir de mai 1943, Charles de Gaulle s'installe à Alger, où le Comité national français fusionne, le 3 juin, avec l'autorité civile et militaire du général Giraud pour former le Comité français de libération nationale, dont de Gaulle prend rapidement la présidence exclusive après en avoir écarté son rival. C'est également à partir de 1942 que les liens se resserrent entre la France libre et la Résistance intérieure, de Gaulle chargeant Jean Moulin d'unifier, au sein du Conseil national de la Résistance, l'ensemble des mouvements, partis et syndicats engagés dans la lutte contre l'occupant. Le Comité français de libération nationale devient à son tour, le 3 juin 1944, le gouvernement provisoire de la République française.

Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, de Gaulle obtient du général Eisenhower que Paris soit libéré rapidement plutôt que contourné, comme le prévoyait initialement la stratégie militaire alliée, qui redoutait aussi la mise en place d'une administration militaire des territoires occupés. Après un itinéraire passant notamment par Cherbourg, Rennes, Laval et Chartres, de Gaulle atteint Paris au moment où la capitale est libérée, le 25 août 1944, par la 2e division blindée du général Leclerc. Il défile dès le lendemain sur les Champs Élysées sous les acclamations de la foule, avant de s'installer au ministère de la Guerre, rue Saint Dominique, dans le bureau qu'il occupait avant la défaite de 1940, signifiant ainsi que le régime de Vichy n'avait été qu'une parenthèse et que la République n'avait jamais cessé d'exister.

La démission de 1946 et le discours de Bayeux

Président du gouvernement provisoire, Charles de Gaulle engage durant cette période plusieurs réformes de fond, parmi lesquelles l'instauration de la sécurité sociale, le droit de vote des femmes et d'importantes nationalisations, avant de se trouver rapidement en désaccord avec l'Assemblée constituante sur la place de l'exécutif et le rôle des partis politiques. Il présente sa démission le 20 janvier 1946, estimant avoir rempli la mission qu'il s'était fixée le 18 juin 1940, à savoir libérer le territoire, restaurer la République et organiser des élections libres et démocratiques. Il refuse à cette occasion la dignité de maréchal de France que le président de l'Assemblée, Félix Gouin, souhaitait lui accorder, jugeant impossible de « régulariser une situation absolument sans précédent ».

Quelques mois plus tard, le 16 juin 1946, il expose à Bayeux, en Normandie, sa conception d'un exécutif fort, arbitre au dessus des partis, et d'une séparation claire des pouvoirs, un projet constitutionnel qui préfigure largement la future Cinquième République, mais qui n'est pas retenu par les rédacteurs de la Constitution de la Quatrième République, adoptée par référendum quelques mois plus tard et qui accorde au contraire un poids important au pouvoir législatif.

Le RPF et la traversée du désert

En 1947, Charles de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français, mouvement destiné à lutter contre le poids jugé excessif des partis dans la vie politique et à porter sa vision institutionnelle issue du discours de Bayeux. Le mouvement rallie de nombreux anciens résistants, dont Jacques Chaban Delmas, mais aussi d'anciens partisans de Vichy en quête de réhabilitation. Après des succès électoraux notables, avec 35 pour cent des suffrages aux élections municipales de 1947 et 42 pour cent des sénateurs élus en 1948, le RPF décline progressivement à partir de 1949, jusqu'à sa mise en sommeil décidée par de Gaulle lui même en 1953.

S'ouvre alors ce que les commentateurs appelleront sa « traversée du désert », une longue période de retrait à Colombey les Deux Églises, en Haute Marne, où il avait acquis dès 1934 sa propriété de La Boisserie. Il y rédige ses Mémoires de guerre, publiés en trois volumes chez Plon entre 1954 et 1959, L'Appel, L'Unité puis Le Salut, un ouvrage salué pour ses qualités littéraires autant que pour son témoignage historique, qui contribue à forger sa stature d'homme d'État et d'écrivain, jusqu'à figurer, bien plus tard, au programme du baccalauréat et dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Le retour au pouvoir en mai 1958

La guerre d'Algérie, déclenchée le 1er novembre 1954, plonge la Quatrième République dans une crise croissante, marquée par l'instabilité ministérielle et l'impuissance des gouvernements successifs. Le 13 mai 1958, des partisans de l'Algérie française manifestent à Alger et un comité de salut public, présidé par le général Salan et où siège Léon Delbecque, appelle publiquement au retour du général de Gaulle, dont le réseau gaulliste, animé notamment par Jacques Chaban Delmas et Jacques Foccart, a préparé le terrain depuis 1957. De Gaulle se déclare prêt, le 15 mai, à assumer les responsabilités de la République, avant de tenir le 19 mai une conférence de presse restée célèbre, destinée à rassurer l'opinion sur ses intentions démocratiques, où il lance sa formule désormais fameuse, en réponse aux accusations de coup de force, « est ce que j'ai jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies. Pourquoi voulez vous qu'à soixante sept ans, je commence une carrière de dictateur ? ».

Le 29 mai, le président René Coty fait appel à « l'homme le plus illustre des Français ». Investi président du Conseil le 1er juin par l'Assemblée nationale, par 329 voix sur 553 votants, de Gaulle devient ainsi le dernier président du Conseil de la Quatrième République et obtient des députés le pouvoir de gouverner par ordonnances pendant six mois, ainsi que les moyens de mener à bien la réforme constitutionnelle du pays.

La naissance de la Cinquième République

Dès le lendemain de son investiture, de Gaulle se rend en Algérie, où il prononce à Alger, le 4 juin 1958, un discours dans lequel il lance à la foule sa formule ambiguë et immédiatement célèbre, « je vous ai compris », qui séduit un temps aussi bien les partisans de l'Algérie française que ceux d'une évolution vers l'indépendance, sans pourtant rien promettre de concret. Le texte constitutionnel préparé durant l'été 1958 par une équipe dirigée par Michel Debré, qui reprend largement l'esprit du discours de Bayeux avec un exécutif fort et un chef de l'État arbitre, est approuvé par référendum le 28 septembre 1958 avec 79,2 pour cent de suffrages favorables. L'ensemble des colonies françaises l'approuve également, à l'exception de la Guinée, qui devient de ce fait la première colonie d'Afrique subsaharienne à accéder à l'indépendance.

Élu président de la République le 21 décembre 1958 au suffrage universel indirect, par un collège de plus de quatre vingt mille grands électeurs, avec 78,51 pour cent des voix, Charles de Gaulle prend officiellement ses fonctions le 8 janvier 1959, succédant à René Coty, et nomme Michel Debré comme premier ministre de la nouvelle Cinquième République.

La guerre d'Algérie jusqu'à l'indépendance

Dans un premier temps, de Gaulle laisse se poursuivre l'effort de guerre, en particulier au cours de l'opération Jumelles, dite plan Challe, à l'été 1959, qui porte au Front de libération nationale ses coups les plus rudes. Il annonce également, dès septembre 1958, à Constantine, un vaste plan économique et social prévoyant la redistribution de terres, la construction de logements et la création d'emplois pour les populations musulmanes d'Algérie. Convaincu progressivement que la seule solution militaire ne peut suffire, il propose dès l'automne 1959 le principe de l'autodétermination des populations algériennes, validé en France par un référendum en janvier 1961 avec 75 pour cent de suffrages favorables.

Cette orientation provoque une vive opposition chez les partisans de l'Algérie française, qui vont jusqu'à tenter un putsch militaire à Alger, mené par quatre généraux, en avril 1961, puis à multiplier les attentats meurtriers via l'Organisation armée secrète, l'OAS, dont celui, resté fameux, du Petit Clamart contre la personne du chef de l'État, en août 1962. Les négociations entre représentants français et algériens aboutissent finalement aux accords d'Évian, signés le 22 mars 1962 et approuvés par référendum des deux côtés de la Méditerranée, qui ouvrent la voie à l'indépendance de l'Algérie après plus de sept ans et demi de guerre, non sans laisser de lourdes séquelles, du rapatriement des pieds noirs et des harkis aux attentats de l'OAS.

Une politique de grandeur et d'indépendance nationale

Libéré du dossier algérien, Charles de Gaulle engage en 1962 une réforme institutionnelle majeure en proposant l'élection du président de la République au suffrage universel direct, approuvée par référendum en octobre 1962, avec 62,2 pour cent de « oui », malgré une vive opposition parlementaire qui aboutit à une motion de censure contre le gouvernement Pompidou et à la dissolution de l'Assemblée nationale. Sur la scène internationale, il affirme une ligne d'indépendance nationale marquée, refusant la tutelle aussi bien des États Unis que de l'Union soviétique. Il dote la France de l'arme nucléaire dès février 1960, avec le premier essai atomique français, Gerboise bleue, effectué dans le Sahara algérien, avant de retirer en 1966 la France du commandement militaire intégré de l'OTAN, tout en demeurant dans l'Alliance atlantique.

Il refuse à deux reprises, en 1963 et en 1967, l'entrée du Royaume Uni dans la Communauté économique européenne, qu'il considère comme un « cheval de Troie » des intérêts américains en Europe, tout en développant un axe franco allemand fort avec le chancelier Adenauer. Il reconnaît la République populaire de Chine dès janvier 1964, soutient publiquement le président Kennedy lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, critique en revanche la politique américaine au Viêt Nam lors d'un discours prononcé à Phnom Penh en septembre 1966, et prononce enfin, en juillet 1967, lors d'un voyage officiel au Canada, son fameux « Vive le Québec libre », qui provoque un incident diplomatique durable avec le gouvernement d'Ottawa.

Réélection de 1965 et Mai 68

En décembre 1965 se tient la première élection présidentielle au suffrage universel direct de l'histoire de la Cinquième République, dans laquelle la télévision joue pour la première fois un rôle déterminant. Mis en ballottage au premier tour avec 44,65 pour cent des suffrages, devant François Mitterrand puis Jean Lecanuet, Charles de Gaulle est réélu au second tour, le 19 décembre 1965, avec 55,20 pour cent des voix. Il confie alors à quelques proches qu'il n'ira pas au terme de ce second mandat, qui devait pourtant s'achever en 1972. Les années suivantes sont marquées par la forte croissance des Trente Glorieuses, mais aussi par une lassitude sociale grandissante, en particulier chez les jeunes et les ouvriers, qui éclate au grand jour en mai 1968, lorsqu'une contestation étudiante puis une grève générale ouvrière paralysent le pays.

Les accords de Grenelle, négociés entre gouvernement, syndicats et patronat, ne suffisent pas à calmer la situation. Après une disparition inexpliquée le 29 mai, de Gaulle s'étant en réalité rendu à Baden Baden pour y rencontrer le général Massu, il reprend la main dès son retour à Paris, le 30 mai, par une allocution radiodiffusée annonçant le maintien du gouvernement Pompidou et la dissolution de l'Assemblée nationale, suivie d'une immense manifestation de soutien organisée par les gaullistes sur les Champs Élysées et d'une large victoire de sa majorité aux élections législatives anticipées de juin 1968.

Le référendum de 1969 et la démission

Voulant prolonger l'élan réformateur amorcé après Mai 68, Charles de Gaulle soumet aux Français, le 27 avril 1969, un référendum portant sur la régionalisation et la réforme du Sénat, dont la fusion projetée avec le Conseil économique et social cristallise l'essentiel des critiques de l'opposition. Il s'engage publiquement à démissionner en cas de victoire du « non ». Contre toute attente des sondages des semaines précédentes, encore favorables au « oui » quelques jours plus tôt, le « non » l'emporte avec 52,41 pour cent des suffrages exprimés.

Fidèle à sa parole, de Gaulle annonce sa démission quelques minutes après minuit, le 28 avril 1969, depuis Colombey les Deux Églises, par un communiqué resté célèbre par sa sobriété, « je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi ». Il quitte ainsi le pouvoir sans attendre, après un peu plus de dix ans à la tête de l'État, laissant l'intérim à Alain Poher avant l'élection de Georges Pompidou.

La mort à Colombey et un héritage durable

Retiré définitivement de la vie politique, Charles de Gaulle effectue un séjour en Irlande puis se consacre, à Colombey, à l'écriture de ses Mémoires d'espoir, dont seul le premier volume, Le Renouveau, paraîtra de son vivant. Le 9 novembre 1970, alors qu'il entame comme à son habitude une partie de patience dans la bibliothèque de sa propriété de La Boisserie, à Colombey les Deux Églises, il se plaint d'un mal de dos avant de s'écrouler à dix neuf heures deux, victime d'une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale, et meurt une vingtaine de minutes plus tard, avant même l'arrivée de son médecin, le docteur Lacheny, et du curé de la paroisse, l'abbé Jaugey. La nouvelle n'est annoncée que le lendemain par le président Georges Pompidou, qui prononce à la télévision la phrase désormais historique, « la France est veuve ».

Conformément à un testament rédigé dès 1952, de Gaulle ne reçoit aucune funérailles nationale et repose au cimetière de Colombey, aux côtés de sa fille Anne, sous une épitaphe d'une grande sobriété, « Charles de Gaulle 1890 1970 ». Une cérémonie officielle réunissant les chefs d'État et de gouvernement étrangers se tient toutefois le 12 novembre à Notre Dame de Paris. Plus d'un demi-siècle après sa disparition, Charles de Gaulle demeure une référence largement partagée dans la vie politique française, désigné en 2005 par un sondage télévisé comme le plus grand Français de tous les temps, et crédité, selon des enquêtes d'opinion menées dans les années 2000, de l'image la plus positive de tous les présidents de la Cinquième République. Son héritage institutionnel, celui de la Cinquième République qu'il a fondée, continue aujourd'hui encore de structurer la vie démocratique du pays, tandis que son nom demeure attaché à plus de trois mille six cents rues, places et bâtiments publics à travers la France.

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#Charles de Gaulle#histoire#politique#Cinquième République#France libre#Résistance
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Questions fréquentes

Quand et où est né Charles de Gaulle ?

Charles de Gaulle est né le 22 novembre 1890 à Lille, au numéro 9 de la rue Princesse, dans une famille catholique et patriote.

Qu'est ce que l'Appel du 18 juin 1940 ?

C'est le discours radiodiffusé depuis Londres par lequel de Gaulle invite les Français à refuser la défaite et à poursuivre le combat aux côtés des Alliés, acte fondateur de la Résistance extérieure.

Quel est le rôle de Charles de Gaulle dans la Cinquième République ?

Rappelé au pouvoir en 1958, il fait adopter par référendum la Constitution de la Cinquième République, dont il devient le premier président, avant de démissionner en 1969.

Comment et quand est mort Charles de Gaulle ?

Il meurt le 9 novembre 1970 à Colombey les Deux Églises, à l'âge de 79 ans, victime d'une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale.

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