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Politique

Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, visé par une enquête du Parquet national financier

Le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics concernant les conditions d'emploi du maire de Saint-Denis à la RATP.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 25/08/2026 à 07:15 · 6 min de lecture
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La mairie de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis
Photo : Olivier2000, CC BY-SA 1.0, via Wikimedia Commons.
En bref
Sommaire
  1. Une enquête ouverte le 19 août pour plusieurs infractions
  2. Un système d'emplois fictifs plus large en question
  3. Bally Bagayoko dénonce une opération de discrédit
  4. Un maire au poids politique croissant à gauche
  5. Un précédent qui pourrait faire des émules

Le Parquet national financier (PNF) a annoncé, lundi 24 août, avoir ouvert une enquête préliminaire visant Bally Bagayoko, le maire La France insoumise de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Cette procédure concerne les conditions dans lesquelles l'élu a été employé pendant de nombreuses années par la RATP, la régie des transports parisiens.

Une enquête ouverte le 19 août pour plusieurs infractions

Selon un communiqué du PNF, l'enquête a été ouverte le 19 août pour détournement de fonds publics, recel et concussion. Elle vise à procéder aux vérifications utiles concernant les conditions d'emploi de Bally Bagayoko à la RATP, où il a occupé un poste de cadre pendant de longues années, avant et pendant son mandat de maire. La procédure fait suite à plusieurs articles de presse ainsi qu'à deux plaintes déposées par l'association AC !! Anticorruption.

Dans une enquête intitulée « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko », l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné avait détaillé les conditions d'embauche de l'édile à la RATP en l'an 2000, sans concours ni entretien formel, ainsi que des horaires qualifiés d'élastiques et des indemnités jugées généreuses au regard du poste occupé. L'hebdomadaire rappelait également que Bally Bagayoko avait, à la même période, cumulé cet emploi avec son mandat de conseiller municipal puis de maire, et avec un poste de vice-président au conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Un système d'emplois fictifs plus large en question

Le dossier Bagayoko s'inscrit dans un contexte plus large. L'association AC !! Anticorruption avait déjà porté plainte, le 12 août, contre ce qu'elle qualifie de système d'emplois fictifs bénéficiant à plusieurs élus parisiens et franciliens au sein de la RATP. Cette entreprise publique, chargée de l'exploitation d'une grande partie des transports en commun en Île-de-France, emploierait ainsi, selon l'association, des personnalités politiques locales à des postes dont les responsabilités réelles resteraient à établir.

Le président d'AC !! Anticorruption, Marcel Claude, s'est félicité de l'ouverture de cette nouvelle enquête. « Nous sommes très satisfaits que le PNF ouvre une enquête suite à nos plaintes, car il y avait matière », a-t-il déclaré à l'Agence France Presse. Il a précisé que son association n'était animée que par la défense de l'argent public, ajoutant faire « toute confiance aux enquêteurs et à la justice » pour établir les faits.

Créé en 2013 dans la foulée de l'affaire Cahuzac, le Parquet national financier est compétent pour les affaires de grande fraude fiscale, de corruption et d'atteintes à la probité impliquant des responsables publics. Il a, depuis sa création, instruit plusieurs dossiers visant des élus locaux ou nationaux, ce qui illustre la vigilance croissante de la justice française sur les conditions d'exercice du mandat public et sur les emplois annexes parfois occupés par des élus en parallèle de leurs fonctions.

Bally Bagayoko dénonce une opération de discrédit

De son côté, Bally Bagayoko conteste fermement les accusations. Sur le réseau social X, il a dénoncé une campagne de calomnies menée contre lui et affirmé se tenir à disposition de la justice pour que le dossier soit traité rapidement. L'élu s'est dit serein sur l'issue de cette procédure, qu'il présente comme une tentative de le discréditer politiquement, dans un contexte où son nom circule régulièrement pour les échéances électorales à venir.

Il convient de rappeler qu'une enquête préliminaire ne constitue à ce stade ni une mise en examen ni une reconnaissance de culpabilité. Elle permet au parquet de rassembler des éléments avant de décider, le cas échéant, de poursuites plus formelles. Bally Bagayoko bénéficie donc, comme tout justiciable, de la présomption d'innocence tant qu'aucune décision judiciaire n'a été rendue à son encontre.

Un maire au poids politique croissant à gauche

Élu maire de Saint-Denis, ville symbolique de la banlieue parisienne marquée par une riche histoire ouvrière et militante, Bally Bagayoko avait affirmé en avril, dans un entretien au Monde, vouloir jouer un rôle en 2027 en contribuant à rassembler la gauche autour de Jean-Luc Mélenchon. Sa notoriété récente, portée par une gestion municipale suivie de près par les médias nationaux, en fait une figure de plus en plus identifiée au sein de La France insoumise.

Cette enquête intervient alors que le paysage politique français se prépare déjà à l'élection présidentielle de 2027, avec de nombreuses personnalités de gauche cherchant à se positionner, parmi lesquelles Raphaël Glucksmann et Olivier Faure. Une mise en cause judiciaire, même à ce stade préliminaire, pourrait peser sur la trajectoire nationale de l'édile de Saint-Denis, dont l'image reposait jusqu'ici largement sur son parcours d'élu de terrain issu d'un quartier populaire.

Saint-Denis, ville de plus de cent dix mille habitants, est un bastion historique de la gauche en Seine-Saint-Denis, département qui reste parmi les plus pauvres de France métropolitaine. La gestion de la ville, confrontée à d'importants défis sociaux et budgétaires, est scrutée de près depuis l'élection de Bally Bagayoko, dont la personnalité médiatique dépasse largement le cadre communal.

Les affaires d'emplois attribués par des collectivités ou des entreprises publiques à des proches ou à des élus ne sont pas nouvelles dans la vie politique française. Dans les années 1990, l'affaire dite des emplois fictifs de la Mairie de Paris avait déjà mis en lumière des pratiques similaires, aboutissant à plusieurs condamnations de responsables politiques de premier plan. Le dossier Bagayoko s'inscrit ainsi dans une longue histoire de vigilance judiciaire autour des conditions d'emploi accordées par des structures publiques à des personnalités politiques, un sujet qui revient régulièrement sur le devant de la scène à chaque nouvelle affaire révélée par la presse.

Concrètement, l'enquête préliminaire menée par le PNF va permettre aux enquêteurs, avec l'appui le cas échéant de la police judiciaire, de procéder à des auditions, à des réquisitions bancaires ou à l'analyse de documents relatifs à la carrière de Bally Bagayoko au sein de la RATP. À l'issue de cette phase, qui peut durer plusieurs mois, le parquet décidera soit de classer l'affaire sans suite faute d'éléments suffisants, soit d'ouvrir une information judiciaire confiée à un juge d'instruction, ce qui marquerait une nouvelle étape dans la procédure.

Un précédent qui pourrait faire des émules

Au-delà du cas personnel de Bally Bagayoko, cette affaire relance le débat sur les conditions d'emploi accordées par certaines grandes entreprises publiques à des élus locaux. Les plaintes déposées par AC !! Anticorruption visent, selon l'association, plusieurs autres personnalités politiques franciliennes, ce qui laisse penser que le Parquet national financier pourrait être amené à élargir ses investigations dans les mois à venir. La RATP, sollicitée sur ce dossier, n'a pas souhaité commenter la situation individuelle d'un de ses anciens employés.

Source : d'après Le Monde et l'Agence France Presse.

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