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Yémen : les Houthis s'emparent d'une île stratégique près de Bab el-Mandeb

Les Houthis ont pris Mayun, une île du détroit de Bab el-Mandeb, après leur avancée à Mokha. Cette progression ravive les risques pour la navigation et la trêve yéménite.

Par Antoine Descotes
Publié le 11/09/2026 à 14:08 · 5 min de lecture
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Navires porte-conteneurs illustrant les enjeux de la navigation maritime internationale
En bref
Sommaire
  1. Mayun, un point minuscule sur une route mondiale
  2. Mokha, l'autre gain de la semaine
  3. Riyad, Téhéran et le risque d'élargissement
  4. Une trêve de fait menacée
  5. Sources

La prise de Mayun, petite île volcanique et aride située à l'entrée de la mer Rouge, ajoute une dimension maritime à la récente offensive des Houthis au Yémen. Vendredi 11 septembre, un haut responsable militaire du gouvernement yéménite reconnu internationalement et un responsable houthi ont confirmé l'information à Associated Press. Tous deux ont parlé sous couvert d'anonymat, faute d'autorisation pour s'exprimer publiquement.

L'île est aussi connue sous le nom de Perim. Elle se trouve à environ 3,5 kilomètres de la côte ouest du Yémen, dans le détroit de Bab el-Mandeb. Sa taille ne dit pas son importance : ce passage relie la mer Rouge au golfe d'Aden et constitue l'un des couloirs maritimes les plus surveillés au monde.

Mayun, un point minuscule sur une route mondiale

Contrôler une île au milieu du détroit ne revient pas automatiquement à contrôler le trafic maritime. Mais cette position permet d'observer, de menacer ou de peser sur un passage déjà fragilisé par les attaques et les tensions régionales. Selon les données citées par AP, environ 12 % des marchandises mondiales passent habituellement par Bab el-Mandeb.

Depuis la fin de 2023, les attaques houthies contre certains navires, présentées par le mouvement comme un soutien aux Palestiniens de Gaza, avaient déjà détourné une partie du trafic. Le volume de transit avait chuté d'environ 60 %. Il avait ensuite remonté cette année, lorsque l'Arabie saoudite cherchait davantage de débouchés en mer Rouge face aux risques dans le détroit d'Ormuz.

Cette amélioration paraît à nouveau compromise. Lloyd's List Intelligence, cité par AP, estime que les nouvelles menaces houthies ont de nouveau freiné l'activité. Pour les armateurs, une route maritime ne se résume pas à une ligne sur une carte : une hausse du risque se traduit en assurance, en escortes, en détours et, parfois, en délais supplémentaires pour les cargaisons.

Mokha, l'autre gain de la semaine

La prise de Mayun intervient après l'entrée des Houthis à Mokha, ville portuaire de la côte occidentale, la veille. AP décrit cette avancée comme leur plus important gain territorial depuis des années face aux forces yéménites soutenues par l'Arabie saoudite. Mokha les place à environ 80 kilomètres de Bab el-Mandeb.

Vendredi, des frappes saoudiennes ont visé l'aéroport de Mokha, selon un média houthi. Aucun bilan immédiat ni aucune information vérifiée sur les dégâts n'était alors disponible. L'absence de commentaire saoudien immédiat ne permettait pas d'établir l'ampleur de l'opération ni ses résultats.

Un responsable militaire du gouvernement yéménite a confié à AP son étonnement face à l'absence de frappes plus tôt pendant la progression des Houthis. Il a aussi évoqué un défaut de coordination entre l'armée yéménite et les forces alliées. Ces propos reflètent une analyse d'une source anonyme, non une explication officielle de Riyad.

Riyad, Téhéran et le risque d'élargissement

Hazam al-Assad, membre du bureau politique houthi, a assuré à AP qu'il n'y avait pas lieu de s'alarmer à l'international. Il a présenté les opérations comme une réponse à l'agression saoudienne et affirmé que le mouvement disposait de cibles importantes en cas de poursuite des frappes. C'est la position d'un responsable du mouvement, dans un moment où la communication militaire fait partie du rapport de forces.

L'Iran a soutenu l'appel à la fin du blocus saoudien et à une reprise des négociations entre Riyad et les Houthis. La prise de Mokha et de Mayun peut aussi donner à Téhéran davantage de poids dans les discussions régionales, selon les experts interrogés par AP. Elle ouvre surtout la possibilité d'un nouveau front au moment où les voies maritimes sont déjà devenues un enjeu majeur de la crise régionale.

Pour l'Arabie saoudite, le sujet ne concerne pas seulement son voisin yéménite. Le royaume s'appuie davantage sur la mer Rouge pour ses exportations de pétrole quand le détroit d'Ormuz devient moins praticable. Une dégradation durable à Bab el-Mandeb affecterait donc une alternative qu'il cherchait précisément à utiliser.

Une trêve de fait menacée

Les combats font planer un risque plus large sur la trêve fragile qui avait largement réduit la guerre civile yéménite depuis 2022. Le conflit a commencé en 2014, lorsque les Houthis se sont emparés d'une grande partie du nord et du centre du pays, dont Sanaa. L'Arabie saoudite est intervenue l'année suivante en soutien au gouvernement reconnu internationalement.

Le coût humain d'une reprise durable serait immédiat. L'Organisation internationale pour les migrations a indiqué que plus de 46 000 personnes avaient fui en une semaine. Elle a rapporté que de nombreuses personnes avaient quitté Mokha durant la nuit avec leurs affaires. Derrière les cartes de navigation et les déclarations des capitales, ce sont les habitants de la côte qui encaissent d'abord les déplacements et la désorganisation.

La situation reste évolutive. La capture de Mayun est rapportée par deux responsables qui n'ont pas été autorisés à parler publiquement, tandis que les conséquences militaires et maritimes dépendront des prochains jours. En revanche, le fait que l'affrontement se rapproche de Bab el-Mandeb suffit déjà à placer ce détroit au centre des inquiétudes.

Sources

Informations établies à partir de l'article d'Associated Press publié le 11 septembre 2026. Les confirmations relatives à Mayun et certaines analyses militaires reposent sur des responsables anonymes cités par AP.

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#Yémen#Houthis#Bab el-Mandeb#Mokha#commerce maritime
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