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Économie

En Chine, l'ex-patron du géant de l'immobilier Evergrande condamné à la prison à vie

Jugé coupable de fraude financière et de détournement de fonds, Xu Jiayin, fondateur d'Evergrande, a été condamné à la prison à vie par un tribunal chinois, symbole de la crise immobilière qui secoue le pays.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 23/08/2026 à 20:00 · 5 min de lecture
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Un immeuble du groupe immobilier chinois Evergrande

Le fondateur du groupe immobilier chinois Evergrande, dont la faillite retentissante avait marqué les esprits en 2021, a été condamné à la prison à vie par un tribunal chinois. Xu Jiayin, 67 ans, s'est présenté jeudi 20 août au tribunal populaire intermédiaire de Shenzhen, dans la province du Guangdong, après plusieurs mois de détention. Le jugement, rendu à l'issue d'une instruction longue et minutieuse, prononce à son encontre la prison à vie, la perte de ses droits civiques et la confiscation de l'intégralité de ses biens.

L'ancien milliardaire, qui fut l'une des plus grandes fortunes de Chine au sommet de son empire immobilier, avait plaidé coupable dès le mois d'avril. Il reconnaissait alors une falsification continue et massive des états financiers de son groupe, une surévaluation systématique des actifs, ainsi qu'une dissimulation des passifs sur plusieurs exercices consécutifs. Le tribunal lui reprochait également des levées de fonds frauduleuses, des émissions de titres irrégulières, la prise de contrôle d'établissements financiers par la corruption, ainsi que des détournements de fonds. L'ensemble des faits retenus contre lui a été commis entre 2016 et 2021, selon l'accusation.

Au delà de la condamnation personnelle de son fondateur, le groupe Evergrande s'est vu infliger une amende globale dépassant les 2 milliards d'euros. La société, déjà exsangue, avait été officiellement liquidée par la justice de Hong Kong en janvier 2024, avant d'être radiée de la Bourse de la ville. Cette liquidation avait mis un point final à des mois de tractations infructueuses entre le groupe et ses créanciers internationaux, qui réclamaient le remboursement d'une dette évaluée à plusieurs centaines de milliards de dollars, l'une des plus lourdes jamais accumulées par une entreprise privée dans le monde.

La chute d'Evergrande, entamée fin 2021, avait constitué le symbole le plus visible d'une crise plus large touchant l'ensemble du secteur immobilier chinois. Pendant des décennies, la construction résidentielle avait alimenté une part considérable de la croissance du pays, les ménages chinois plaçant une large partie de leur épargne dans l'achat de logements, souvent sur plan, avant même leur construction effective. Le modèle reposait sur un endettement massif des promoteurs, qui utilisaient les sommes versées par les futurs acquéreurs pour financer nombre de leurs nouveaux chantiers, dans une logique de fuite en avant que les autorités chinoises ont fini par juger insoutenable.

Le tournant est survenu en 2020, lorsque Pékin a imposé aux promoteurs immobiliers de nouvelles règles prudentielles, connues sous le nom de « trois lignes rouges », limitant strictement leur niveau d'endettement. Incapable de respecter ces nouveaux seuils, Evergrande s'est retrouvé en défaut de paiement dès 2021, entraînant dans son sillage d'autres grands noms du secteur, comme Country Garden ou Sunac, également confrontés à de graves difficultés financières. Des centaines de milliers de logements vendus sur plan sont restés inachevés à travers le pays, provoquant la colère de nombreux acquéreurs qui avaient investi toutes leurs économies dans ces projets sans jamais recevoir les clés de leur appartement.

Le procès de Xu Jiayin revêt une portée qui dépasse le seul cas d'Evergrande. Il illustre la volonté des autorités chinoises d'envoyer un signal fort aux milieux d'affaires, à un moment où le gouvernement cherche à restaurer la confiance des investisseurs et des ménages dans un secteur immobilier qui reste fragile plusieurs années après le début de la crise. Plusieurs autres dirigeants de grands groupes immobiliers chinois ont fait l'objet de poursuites similaires ces dernières années, sans toutefois atteindre l'ampleur symbolique du dossier Evergrande, qui reste associé dans l'opinion publique chinoise à l'un des plus grands scandales financiers de l'histoire récente du pays.

Sur la photographie diffusée par l'agence de presse officielle Xinhua à l'occasion de son procès, Xu Jiayin apparaissait les cheveux blancs, sans la teinture noire qu'il arborait autrefois et qui, en Chine, sert traditionnellement à afficher vitalité et pouvoir auprès des hommes d'affaires les plus influents. Cette image a été largement commentée dans la presse chinoise et internationale, perçue comme le symbole visuel d'une chute vertigineuse, celle d'un homme qui présidait il y a encore quelques années l'un des plus vastes empires immobiliers de la planète, employait plus de deux cent mille personnes et affichait une fortune personnelle estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le groupe Evergrande ne se limitait d'ailleurs pas à la seule promotion immobilière. Xu Jiayin avait, au fil des années, diversifié ses activités dans des secteurs aussi variés que l'eau minérale en bouteille, le football professionnel, avec le club du Guangzhou Evergrande, ou encore les véhicules électriques, un pari industriel coûteux qui s'est soldé par un échec retentissant faute de financement suffisant pour mener à bien la production en série des modèles annoncés. Cette diversification tous azimuts, financée à crédit, a longtemps été présentée par les dirigeants du groupe comme la preuve de sa solidité, avant de devenir, une fois la crise déclenchée, l'un des principaux facteurs aggravants de son endettement global.

Pour les analystes du secteur, cette condamnation ne suffira pas à elle seule à résoudre les difficultés structurelles qui continuent de peser sur l'immobilier chinois. Le gouvernement multiplie depuis plusieurs années les mesures de soutien, qu'il s'agisse de baisses de taux d'intérêt, d'assouplissements des conditions d'achat ou de dispositifs destinés à permettre l'achèvement des chantiers interrompus. Mais la confiance des ménages chinois envers la pierre, longtemps considérée comme un placement sûr, met du temps à se reconstruire, et le nom d'Evergrande demeure, plusieurs années après sa chute, l'un des symboles les plus marquants des excès financiers ayant fragilisé la deuxième économie mondiale.

Le sort réservé à Xu Jiayin est aussi observé de près par les épargnants et petits investisseurs chinois qui avaient acheté, souvent via des produits de gestion patrimoniale proposés par des banques locales, des obligations émises par Evergrande. Nombre d'entre eux attendent toujours de récupérer tout ou partie de leur mise, les procédures de remboursement engagées après la liquidation du groupe restant particulièrement longues et incertaines, dans un contexte où les actifs restants du promoteur peinent à couvrir l'ensemble du passif accumulé au fil des années.

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