Chaque année, plusieurs millions de salariés français sont concernés par un arrêt de travail pour maladie. Que l'arrêt dure trois jours ou plusieurs semaines, la question du maintien de salaire revient immédiatement : combien touchera-t-on vraiment ? Qui verse l'argent ? Que doit-on faire dans les 48 heures ? Ce guide fait le point sur les règles qui s'appliquent en 2026, avec les chiffres officiels mis à jour.
Qu'est-ce qu'un arrêt maladie et qui peut en bénéficier ?
Un arrêt de travail pour maladie est un document médical prescrit par un médecin qui atteste de votre incapacité temporaire à exercer votre activité professionnelle. Il ouvre droit à des indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) versées par la CPAM, sous réserve de remplir les conditions d'ouverture de droits.
Pour bénéficier des IJSS pendant les six premiers mois d'un arrêt, le salarié doit remplir l'une des deux conditions suivantes au moment de l'arrêt :
- Avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédant l'arrêt ;
- Ou avoir cotisé sur un salaire équivalent à au moins 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 mois précédents.
Pour un arrêt de plus de 6 mois, les conditions sont renforcées : il faut justifier de 600 heures travaillées dans les 12 derniers mois, ou avoir cotisé sur 2 030 fois le SMIC horaire. Le salarié doit également être affilié depuis au moins un an à la Sécurité sociale.
Le délai de carence de 3 jours
La Sécurité sociale applique un délai de carence de 3 jours : les trois premiers jours de l'arrêt ne sont pas indemnisés par l'Assurance Maladie. L'indemnisation débute donc à partir du 4ème jour d'arrêt.
Ce délai de carence ne s'applique pas dans plusieurs situations :
- Prolongation d'un arrêt précédent (si l'interruption entre les deux arrêts ne dépasse pas 48 heures) ;
- Arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle ;
- Arrêt consécutif à une fausse couche ;
- Première prescription liée à une affection de longue durée (ALD) : le délai de carence s'applique une seule fois et ne se renouvelle pas pendant 3 ans pour cette même maladie.
Le montant des indemnités journalières en 2026
Les IJSS sont calculées sur la base du salaire journalier de base (SJB), qui correspond à la moyenne des salaires bruts des 3 mois précédant l'arrêt, divisée par 91,25. Ce salaire est plafonné à 1,4 fois le SMIC mensuel brut en vigueur.
En 2026, avec un SMIC mensuel brut fixé à 1 823,03 € à partir du 1er janvier 2026 :
- Le salaire mensuel brut pris en compte est plafonné à 1,4 × 1 823,03 = 2 552,24 €
- Le montant maximum de l'IJSS brute s'élève à 41,95 € par jour (à partir du 1er février 2026)
Ces montants sont publiés et actualisés par le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) au 1er janvier de chaque année.
Calcul pratique des IJSS selon votre salaire
| Salaire brut mensuel | SJB | IJSS brute/jour (50%) | IJSS nette/jour (après CSG+CRDS) |
|---|---|---|---|
| 1 823 € (SMIC) | 60,00 € | 30,00 € | 27,99 € |
| 2 000 € | 65,75 € | 32,88 € | 30,67 € |
| 2 500 € | 82,19 € | 41,10 € | 38,34 € |
| 2 552 € et plus (plafond) | 83,90 € | 41,95 € | 39,14 € |
Les IJSS sont soumises à la CSG au taux de 6,2 % et à la CRDS au taux de 0,5 %, soit un prélèvement total de 6,7 % sur le brut. Elles sont également imposables à l'impôt sur le revenu. Sources : CLEISS, taux et plafonds au 1er janvier 2026.
Le maintien de salaire par l'employeur
La Sécurité sociale ne verse qu'une partie du salaire. Selon la plupart des conventions collectives et la loi Mensuel de 1978, l'employeur est tenu de compléter les IJSS pour maintenir tout ou partie du salaire net du salarié pendant une certaine période, à condition que le salarié ait une ancienneté d'au moins un an dans l'entreprise.
Le mécanisme légal (article 7 de la convention nationale interprofessionnelle de mensualisation) prévoit :
- Pendant les 30 premiers jours : maintien à 90 % du salaire brut (si ancienneté entre 1 et 5 ans) ;
- Les 30 jours suivants : maintien à 66,66 % du salaire brut.
- Ces durées augmentent avec l'ancienneté (45 jours + 45 jours dès 5 ans d'ancienneté, 60 jours + 60 jours dès 10 ans, etc.)
Beaucoup de conventions collectives sont plus favorables que ces minimums légaux. Vérifiez les dispositions de votre branche d'activité ou de votre accord d'entreprise.
L'employeur peut pratiquer la subrogation : il verse directement le salaire maintenu au salarié et perçoit les IJSS à sa place. Dans ce cas, le salarié ne remarque souvent aucune différence sur son compte bancaire pendant les premières semaines d'arrêt.
Les démarches à accomplir
Ce que doit faire le salarié
Le médecin remet un arrêt de travail comportant trois volets. La procédure est la suivante :
- Envoyer les volets 1 et 2 à votre CPAM dans les 48 heures suivant la prescription. Ce délai est important : tout envoi tardif peut entraîner une réduction de l'indemnisation.
- Envoyer le volet 3 à votre employeur dans le même délai.
- Respecter les heures de sortie autorisées indiquées sur l'arrêt (en général de 9h à 11h et de 14h à 16h), sauf si le médecin a prescrit une sortie libre.
- Se soumettre à une éventuelle contre-visite médicale diligentée par l'employeur ou la CPAM.
Depuis la télétransmission, de nombreux médecins envoient directement les volets 1 et 2 à la CPAM par voie électronique. Vérifiez avec votre médecin s'il procède ainsi pour savoir si vous devez faire une démarche supplémentaire.
Suivre son dossier sur ameli.fr
L'espace personnel ameli.fr permet de suivre l'état de votre dossier d'arrêt maladie, de télécharger les attestations de paiement et de vérifier que vos IJSS ont bien été versées. Il est conseillé de l'activer dès le début d'un arrêt pour éviter toute surprise.
Les arrêts répétés et la visite de contrôle
La Sécurité sociale peut diligenter une visite de contrôle à votre domicile, à tout moment pendant votre arrêt. Si vous êtes absent lors de cette visite sans motif valable (sortie autorisée ou hospitalisation), votre indemnisation peut être suspendue.
En cas d'arrêts répétés, la CPAM peut convoquer le salarié pour un bilan médical visant à évaluer l'état de santé et l'aptitude au travail. Ce contrôle peut aboutir à une reprise anticipée, à un mi-temps thérapeutique ou au maintien de l'arrêt.
La longue maladie et l'ALD
Quand un arrêt se prolonge ou qu'une maladie grave est diagnostiquée, deux régimes particuliers entrent en jeu :
La longue maladie ordinaire
Pour une maladie ordinaire, les IJSS sont versées pendant une durée maximale de 360 jours sur une période de trois ans. Si l'arrêt se prolonge au-delà, le salarié peut être reconnu en invalidité ou faire l'objet d'une inaptitude au travail.
L'affection de longue durée (ALD)
Certaines maladies graves (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, sclérose en plaques, etc.) sont reconnues comme ALD par la Sécurité sociale. En cas d'ALD, le salarié bénéficie :
- Du remboursement à 100 % de l'ensemble des soins liés à l'ALD ;
- D'une durée d'indemnisation des IJSS portée à 3 ans continus (à partir de la date de début de l'ALD) ;
- De l'absence de nouveau délai de carence pour les arrêts successifs liés à la même ALD pendant cette période de 3 ans.
La liste des ALD ouvrant ces droits est fixée par décret (ALD 30), mais d'autres maladies invalidantes peuvent être reconnues hors liste.
Les travailleurs indépendants et autoentrepreneurs
Depuis la réforme de 2018, les travailleurs indépendants bénéficient de la même couverture maladie que les salariés du régime général. Toutefois, les conditions de versement et les montants sont différents :
- Délai de carence de 3 jours (identique aux salariés) ;
- IJSS calculées sur la base du revenu d'activité moyen des 3 dernières années, avec un plafond et un minimum ;
- Montant minimum garanti : environ 25 % du PASS/365 (soit environ 33 € brut/jour en 2026 pour un revenu très faible).
Les autoentrepreneurs avec un chiffre d'affaires modeste peuvent se retrouver avec des IJSS très faibles. L'adhésion à une prévoyance complémentaire est fortement conseillée pour compenser.
Le mi-temps thérapeutique
À l'issue d'un arrêt maladie, le médecin peut prescrire une reprise à temps partiel pour des raisons thérapeutiques. Ce mi-temps thérapeutique permet :
- De reprendre progressivement l'activité professionnelle ;
- De percevoir à la fois une partie du salaire et une IJSS réduite (calculée sur la différence entre le salaire habituel et la rémunération à mi-temps) ;
- De ne pas perdre ses droits à l'indemnisation si l'état de santé ne permet pas une reprise complète.
La prescription doit être acceptée par la CPAM et l'employeur. Le médecin du travail est systématiquement consulté.
Arrêt maladie et licenciement
La loi française protège les salariés en arrêt maladie contre le licenciement, mais cette protection n'est pas absolue. Un employeur ne peut pas licencier un salarié en raison de son état de santé ou de son absence pour maladie ordinaire. En revanche, il peut engager une procédure de licenciement pour une cause réelle et sérieuse indépendante de l'arrêt, ou pour inaptitude médicalement constatée par le médecin du travail à l'issue de l'arrêt.
En cas d'inaptitude, deux visites médicales de reprise (à 15 jours d'intervalle) sont en principe requises, sauf si le médecin du travail constate un danger immédiat. Si l'employeur ne peut pas proposer de reclassement adapté, il doit verser une indemnité de licenciement majorée (au moins égale à l'indemnité légale de licenciement).
Les démarches en cas de prolongation de l'arrêt
Si votre état de santé nécessite une prolongation, votre médecin prescrit un nouveau bulletin d'arrêt en précisant qu'il s'agit d'une prolongation. Les règles sont les mêmes : transmission à la CPAM sous 48 heures, information de l'employeur. Tant que la prolongation est prescrite sans interruption de plus de 48 heures, le délai de carence ne s'applique pas à nouveau.
Pour un salarié dont l'arrêt approche les 6 mois, il est conseillé de prendre rendez-vous avec le médecin conseil de la CPAM pour préparer la suite : retour à l'emploi, mi-temps thérapeutique, ou procédure d'invalidité si l'état de santé ne permet pas la reprise.
Ce que couvre la prévoyance complémentaire
De nombreux salariés bénéficient d'une prévoyance d'entreprise (obligatoire pour les cadres, souvent étendue aux non-cadres par convention collective) qui verse des indemnités complémentaires venant s'ajouter aux IJSS. Selon les contrats, le maintien de salaire peut atteindre 100 % du salaire net pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
Vérifiez auprès de votre service RH ou de votre représentant du personnel les garanties de votre contrat de prévoyance : franchise, niveau de couverture, durée maximale. Cette information figure également sur votre bulletin de paie dans la ligne de cotisation prévoyance.