Depuis le 1er janvier 2018, la France applique un taux forfaitaire unique de 30% sur la plupart des revenus du capital : c'est ce qu'on appelle le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) ou plus communément la "flat tax". Ce dispositif, introduit par Emmanuel Macron lors de son premier mandat, a profondément transformé la fiscalité de l'épargne et des placements financiers. Mais est-ce toujours le choix le plus avantageux pour vous ? Ce guide complet vous explique tout sur la flat tax en 2026, avec des exemples concrets.

Qu'est-ce que la flat tax (PFU) ?

Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), surnommé "flat tax", est un taux d'imposition forfaitaire de 30% applicable aux revenus du capital perçus par les personnes physiques résidentes fiscales en France. Il se décompose en deux parties :

  • Impôt sur le revenu : 12,8%
  • Prélèvements sociaux : 17,2% (CSG 9,2% + CRDS 0,5% + prélèvement de solidarité 7,5%)

Le PFU s'applique lors du calcul de l'impôt sur le revenu, mais un acompte de 30% est prélevé à la source l'année de la perception des revenus, puis régularisé lors de la déclaration de revenus de l'année suivante.

Les revenus soumis au PFU

Le PFU s'applique aux revenus suivants :

  • Dividendes versés par des sociétés françaises ou étrangères
  • Intérêts perçus sur des placements financiers, comptes à terme, obligations, livrets bancaires (hors livrets réglementés exonérés)
  • Plus-values sur cessions de valeurs mobilières (actions, obligations, OPCVM, ETF vendus hors PEA)
  • Revenus et plus-values de rachat sur l'assurance vie (avec un régime spécifique selon la durée du contrat)
  • Coupons et revenus obligataires
  • Plus-values sur cessions de cryptoactifs (depuis 2023)

Les revenus qui échappent au PFU

Certains placements bénéficient de régimes fiscaux plus favorables :

  • Livret A, LDDS, LEP : totalement exonérés d'IR et de prélèvements sociaux
  • PEA (Plan d'Épargne en Actions) : exonération totale d'impôt sur le revenu après 5 ans (mais 17,2% de prélèvements sociaux s'appliquent sur les gains)
  • Assurance vie (contrats de plus de 8 ans) : taux réduit de 7,5% sur les gains après application d'un abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple), pour les versements inférieurs à 150 000 €
  • PER : imposition à la sortie selon le régime de l'IR sur le capital retiré
  • Plus-values immobilières : régime spécifique (19% d'IR + 17,2% de prélèvements sociaux + éventuelle surtaxe) avec abattements pour durée de détention

L'acompte prélevé à la source : comment ça marche ?

Lorsque vous percevez des dividendes ou des intérêts, un acompte de 30% (correspondant au taux du PFU) est prélevé directement à la source par votre établissement financier. Cet acompte est ensuite déduit de l'impôt définitivement dû lors de votre déclaration de revenus.

Toutefois, certains contribuables peuvent demander à être dispensés de cet acompte si leurs revenus sont modestes :

Revenu Dispense d'acompte sur dividendes Dispense d'acompte sur intérêts
Personne seule RFR N-2 inférieur à 50 000 € RFR N-2 inférieur à 25 000 €
Couple (déclaration commune) RFR N-2 inférieur à 75 000 € RFR N-2 inférieur à 50 000 €

La demande de dispense doit être faite avant le 30 novembre de l'année précédant la perception du revenu, auprès de votre établissement financier. Elle évite une immobilisation de trésorerie pendant plusieurs mois.

PFU ou barème progressif : comment choisir ?

La loi vous donne le choix entre deux régimes. L'option pour le barème progressif est globale : elle s'applique à l'ensemble de vos revenus du capital pour l'année, vous ne pouvez pas choisir PFU pour les dividendes et barème progressif pour les intérêts.

Les dividendes : le cas où le barème peut être plus avantageux

Si vous optez pour le barème progressif, les dividendes bénéficient d'un abattement de 40% avant imposition. Cet abattement ne s'applique pas avec le PFU.

Comparaison pour 1 000 € de dividendes nets :

Régime TMI 11% TMI 30% TMI 41% TMI 45%
Flat tax (PFU 30%) 300 € 300 € 300 € 300 €
Barème progressif 238 € 352 € 418 € 454 €
Meilleure option Barème PFU PFU PFU

Calcul barème : IR = TMI × 60% (après abattement 40%) + 17,2% de prélèvements sociaux

Conclusion : le barème progressif est plus avantageux que le PFU uniquement pour les personnes avec une TMI de 11% (ou 0%). Dès que votre TMI atteint 30%, le PFU est systématiquement plus favorable sur les dividendes.

Les intérêts et plus-values : le PFU généralement gagnant

Pour les intérêts (comptes à terme, livrets fiscalisés, obligations) et les plus-values sur cessions de valeurs mobilières, il n'y a pas d'abattement de 40% avec le barème progressif. Dans ce cas, la comparaison est directe :

  • Avec le PFU : 30%
  • Avec le barème TMI 11% : 11% + 17,2% = 28,2% → barème légèrement avantageux
  • Avec le barème TMI 30% : 30% + 17,2% = 47,2% → PFU très avantageux
  • Avec le barème TMI 41% : 41% + 17,2% = 58,2% → PFU très avantageux

Le PFU est donc préférable pour tous les contribuables à partir de la tranche à 30%.

La fiscalité du PEA : la meilleure niche pour les investisseurs boursiers

Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) offre la fiscalité la plus avantageuse pour les investissements en actions européennes.

Le fonctionnement fiscal du PEA

  • Pendant la vie du PEA : les dividendes et plus-values à l'intérieur du PEA ne sont pas imposés (capitalisation en franchise d'impôt)
  • Retrait avant 5 ans : les gains sont soumis au PFU de 30% et entraînent la clôture du PEA
  • Retrait après 5 ans : les gains sont exonérés d'IR mais soumis aux prélèvements sociaux de 17,2%
  • Plafond de versement : 150 000 € (PEA classique) + 225 000 € (PEA-PME)

Le PEA est l'enveloppe fiscale idéale pour investir en bourse sur le long terme. En investissant 10 000 € sur un ETF mondial pendant 20 ans avec un rendement annuel de 7%, le capital final serait d'environ 38 700 €. Hors PEA (PFU 30% sur les dividendes réinvestis chaque année), le capital serait nettement inférieur. En PEA, seuls 17,2% de prélèvements sociaux seraient dus sur les 28 700 € de gains, soit environ 4 937 € d'impôt total contre bien davantage hors PEA.

La fiscalité de l'assurance vie après 8 ans

L'assurance vie bénéficie d'un régime dérogatoire favorable pour les contrats de plus de 8 ans :

  • Abattement annuel sur les gains : 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple
  • Taux d'imposition sur les gains au-delà de l'abattement : 7,5% pour les versements inférieurs à 150 000 €, 12,8% au-delà
  • Prélèvements sociaux : 17,2% dans tous les cas (prélevés annuellement sur les intérêts du fonds en euros)

Exemple : vous retirez 50 000 € d'une assurance vie de plus de 8 ans, dont 10 000 € de gains. En tant que personne seule :

  • Gains : 10 000 €
  • Abattement : 4 600 €
  • Base taxable : 5 400 €
  • IR : 5 400 × 7,5% = 405 €
  • PS sur les 10 000 € de gains (si pas encore prélevés) : 10 000 × 17,2% = 1 720 €
  • Taux effectif global : environ 21,25% sur les gains (bien en dessous du PFU à 30%)

La fiscalité des cryptoactifs en 2026

Depuis la loi de finances pour 2023, les plus-values sur cessions de cryptoactifs (Bitcoin, Ethereum, etc.) sont soumises au régime du PFU dans les conditions suivantes :

  • Taux : 30% (PFU) par défaut, avec option pour le barème progressif
  • Exonération de déclaration : si le total des cessions de l'année est inférieur à 305 €
  • Fait générateur : la simple conversion d'une crypto en une autre n'est pas imposable; seule la conversion en monnaie fiat (euros) ou l'échange contre un bien ou service l'est
  • Calcul de la plus-value : prix de cession moins prix de revient moyen pondéré

Important : Binance a suspendu ses services en France à partir du 1er juillet 2026 (source : moneyvox.fr, juin 2026). Les utilisateurs concernés doivent retirer leurs fonds avant cette date. Ces retraits peuvent constituer des cessions taxables si les crypto sont converties en euros.

Déclarer ses revenus du capital : mode d'emploi

La déclaration automatique

Chaque établissement financier français transmet automatiquement à l'administration fiscale un Imprimé Fiscal Unique (IFU) récapitulant vos revenus de capitaux mobiliers. Ces données sont pré-remplies sur votre déclaration de revenus (formulaire 2042). Vous devez néanmoins vérifier leur exhaustivité, notamment si vous avez des comptes à l'étranger (déclaration obligatoire via le formulaire 3916).

Choisir entre PFU et barème progressif

L'option pour le barème progressif se fait en cochant la case correspondante sur le formulaire 2042 lors de votre déclaration annuelle de revenus. Cette option est globale : elle s'applique à tous vos revenus du capital de l'année. Elle est irrévocable pour l'année concernée mais peut être changée chaque année.

Les revenus des comptes à l'étranger

Tout compte bancaire ou placement financier ouvert à l'étranger doit être déclaré (formulaire 3916) lors de la déclaration de revenus. Les revenus générés par ces comptes sont imposables en France selon les mêmes règles (PFU ou barème progressif), sous réserve des conventions fiscales bilatérales qui peuvent prévoir des retenues à la source dans le pays d'origine.

Optimiser sa fiscalité du capital : les 4 leviers principaux

1. Maximiser l'enveloppe PEA avant le compte-titres ordinaire

Pour tous les investissements en actions européennes, le PEA doit être la première enveloppe utilisée. Il offre l'exonération d'IR la plus favorable après 5 ans. Une fois le PEA plein, le PEA-PME offre 225 000 € supplémentaires dans des conditions similaires.

2. Utiliser l'assurance vie pour les flux réguliers

L'assurance vie permet de retirer chaque année jusqu'à 4 600 € (ou 9 200 € en couple) de gains sans impôt après 8 ans. Pour un épargnant avec un contrat performant, c'est une source de revenus complémentaires totalement défiscalisée.

3. Arbitrer entre dividendes et rachat d'actions

Pour les investisseurs en bourse avec une TMI de 30% ou plus, les plus-values sur cessions sont soumises au PFU de 30%, tandis que les dividendes aussi. En revanche, les entreprises qui rachètent leurs propres actions plutôt que de verser des dividendes permettent à l'actionnaire de différer l'imposition au moment de la revente. C'est une stratégie prisée par les actionnaires de sociétés comme Berkshire Hathaway.

4. Profiter de la CSG déductible en cas d'option pour le barème

Lorsque vous optez pour le barème progressif, une fraction de la CSG (6,8%) payée sur vos revenus du capital est déductible de vos revenus imposables de l'année suivante. Cette déduction partielle réduit légèrement le coût net du barème progressif, ce qui peut le rendre légèrement plus attractif pour les TMI faibles.

Comparaison globale PFU versus barème : tableau de synthèse

Type de revenu PFU 30% Barème progressif Meilleur choix
Dividendes (TMI 11%) 30% ~23,8% Barème
Dividendes (TMI 30%) 30% ~35,2% PFU
Intérêts (TMI 11%) 30% 28,2% Barème (légèrement)
Plus-values (TMI 30%) 30% 47,2% PFU
Actions PEA (après 5 ans) N/A 17,2% (PS seulement) PEA systématiquement
Assurance vie (après 8 ans, versements < 150k€) N/A 7,5% + 17,2% PS AV systématiquement

Questions fréquentes

Le PFU s'applique-t-il aux revenus fonciers ?

Non. Les revenus fonciers (loyers de biens immobiliers) ne sont pas soumis au PFU. Ils sont imposés au barème progressif de l'IR, augmentés des prélèvements sociaux de 17,2%. Le PFU ne concerne que les revenus du capital mobilier (placements financiers).

Peut-on éviter la flat tax avec une holding ?

Les sociétés (SA, SAS, SARL) ne sont pas soumises au PFU. Leurs dividendes reçus de filiales bénéficient du régime mère-fille (exonération à 95% si participation supérieure à 5%). Cependant, lorsque les bénéfices sont distribués aux actionnaires personnes physiques, le PFU de 30% s'applique. La holding permet de différer cette imposition en réinvestissant les bénéfices au niveau de la société.

La flat tax a-t-elle changé en 2026 ?

Non. Le taux du PFU est resté inchangé à 30% (12,8% d'IR + 17,2% de prélèvements sociaux) en 2026. Aucune modification n'a été apportée à ce dispositif par la loi de finances pour 2026. La stabilité de ce régime depuis 2018 en fait un outil fiscal prévisible pour les investisseurs.

Comment savoir si je dois opter pour le barème progressif ?

La règle est simple : si votre Tranche Marginale d'Imposition est de 11% ou moins, optez pour le barème progressif. À partir de 30% de TMI, choisissez le PFU. En cas de doute, comparez les deux calculs sur votre simulation de déclaration. Si vous avez des dividendes importants et une TMI de 0% ou 11%, le barème progressif sera toujours plus favorable grâce à l'abattement de 40%.