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International

Maroc : des législatives sous le signe du pouvoir d’achat et de la participation des jeunes

Le Maroc élit ses 395 députés dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression, de chômage et de défiance envers les partis. Les enjeux du scrutin et la place des jeunes.

Par Antoine Descotes
Publié le 23/09/2026 à 09:36 · 9 min de lecture
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Bâtiment du Parlement marocain à Rabat
Le Parlement marocain à Rabat, illustration. Image : Fernando Pascullo, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.
En bref
Sommaire
  1. En bref
  2. Un scrutin pour la Chambre des représentants
  3. Pouvoir d'achat, emploi et services publics
  4. RNI et PAM, une compétition au centre droit
  5. La jeunesse, variable politique décisive
  6. Ce que les résultats permettront de mesurer
  7. Sources

Le Maroc vote mercredi 23 septembre pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Sur le papier, l'exercice est régulier et très encadré. Dans les urnes, il met surtout à l'épreuve une question plus large : la capacité des partis à convaincre une population préoccupée par le coût de la vie, l'emploi et l'état des services publics. Près de 16 millions d'électeurs sont appelés à voter, dans un pays qui compte environ 36 millions d'habitants.

Les bureaux de vote ouvrent de 8 heures à 19 heures, heure locale, et les premiers résultats sont attendus tard dans la soirée. L'absence de sondages publiables pendant la campagne interdit de transformer cette journée en course chiffrée. Elle rend aussi le scrutin plus ouvert qu'il n'y paraît. Les observateurs citent le Rassemblement national des indépendants, ou RNI, et le Parti authenticité et modernité, le PAM, parmi les forces les mieux placées. Mais la participation, en particulier celle des jeunes, peut déplacer les équilibres bien davantage que ne le suggèrent les appareils politiques.

En bref

Les législatives marocaines se déroulent dans un climat dominé par le pouvoir d'achat, le chômage et la défiance envers les formations politiques. Le RNI et le PAM sont fréquemment présentés comme favoris, tandis que la mobilisation des jeunes devient l'indicateur le plus observé.

Un scrutin pour la Chambre des représentants

La Chambre des représentants est la chambre basse du Parlement marocain. Les députés y exercent un mandat de cinq ans et participent notamment au vote des lois et au contrôle de l'action du gouvernement. Le parti arrivé en tête est appelé à proposer le chef de l'exécutif, que le roi Mohammed VI nomme avant la formation d'un gouvernement. Dans le système marocain, cette étape compte, mais elle ne résume pas à elle seule l'exercice du pouvoir : les grandes orientations de secteurs stratégiques restent étroitement associées à la monarchie.

Cette architecture explique une part du paradoxe électoral. La campagne est disputée, les coalitions sont décisives et les promesses sociales abondent. Pourtant, une fraction des électeurs doute de la portée concrète du vote sur sa vie quotidienne. Ce sentiment n'est pas propre au Maroc, mais il prend ici une résonance particulière alors que les partis doivent répondre à des difficultés très visibles : prix élevés, inégalités territoriales, accès aux soins et à l'école, perspectives d'emploi pour les diplômés comme pour les jeunes sans qualification.

Le déroulement du scrutin doit donc être lu sur deux plans. Le premier est institutionnel : qui arrive en tête, quelles alliances deviennent possibles, et quel gouvernement pourra être formé. Le second est social : quelle partie de la population se rend aux urnes, où l'abstention progresse, et quel récit politique réussit à sortir de la défiance. Les résultats locaux, plus que les seuls scores nationaux, permettront d'observer ces deux dimensions.

Pouvoir d'achat, emploi et services publics

Les préoccupations économiques ont occupé le centre de la campagne. Le chômage est en hausse, les prix pèsent sur les ménages et les écarts de revenus restent sensibles. Dans ce contexte, les discours généraux sur la croissance ou l'investissement ne suffisent plus toujours à convaincre. Les électeurs attendent des réponses sur le panier alimentaire, le logement, les transports, les salaires et l'accès à une protection sociale effective.

Le gouvernement sortant défend son bilan en mettant en avant l'extension de la couverture sociale et les aides directes. Aziz Akhannouch, qui a dirigé le gouvernement et conduit la campagne de son parti malgré son retrait de la direction du RNI, a insisté sur les réformes engagées dans l'éducation et la santé, ainsi que sur les revalorisations salariales. Ses adversaires répondent que l'amélioration perçue reste insuffisante pour de nombreux foyers, particulièrement hors des grands centres urbains.

La question de la crédibilité personnelle intervient elle aussi. Le chef du gouvernement a fait l'objet d'accusations récurrentes de conflits d'intérêts liées à son groupe Afriquia, acteur majeur de la distribution d'hydrocarbures au Maroc. Ces accusations, qu'il conteste, nourrissent une critique plus générale : celle d'une distance entre les dirigeants politiques et les contraintes de la vie ordinaire. Dans une élection fortement marquée par le coût de la vie, ce débat est difficile à contourner.

Les revendications sur les services publics ont également trouvé un relais dans le mouvement GenZ 212, né sur les réseaux sociaux. Ses appels ont porté sur l'hôpital, l'école et la qualité des services collectifs. Le mouvement n'est pas un parti et ne se substitue pas aux organisations en compétition, mais il a contribué à placer la jeunesse au coeur de la séquence électorale. Il rappelle que l'abstention n'est pas toujours synonyme d'indifférence : elle peut aussi exprimer une demande de résultats plus rapides et plus vérifiables.

RNI et PAM, une compétition au centre droit

Le RNI de l'actuelle coalition gouvernementale demeure l'une des formations les plus surveillées. Son argument est celui de la continuité : poursuivre les réformes lancées, consolider les mécanismes sociaux et préserver une ligne économique favorable à l'investissement. Cet argument peut séduire des électeurs qui privilégient la stabilité, mais il expose aussi le parti au jugement direct porté sur le bilan des dernières années.

Face à lui, le PAM tente de faire valoir une offre de renouvellement sans rupture idéologique spectaculaire. Les deux partis se situent au centre droit et sont souvent décrits comme proches du palais par leur histoire et par les personnalités qui les ont fondés. Le PAM a renforcé sa visibilité en accueillant Fouzi Lekjaa, ministre chargé du budget et président de la Fédération royale marocaine de football. Il met en avant l'amélioration du pouvoir d'achat, l'augmentation des salaires et une plus grande place accordée aux jeunes dans la création de valeur.

La perspective de voir Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l'aménagement du territoire et maire de Marrakech, accéder à la tête du gouvernement en cas de victoire du PAM est largement commentée par la presse locale. Une telle hypothèse aurait une portée symbolique forte. Elle ne dispense toutefois pas le parti de répondre aux controverses qui l'ont touché, notamment après la condamnation de deux de ses figures dans une vaste affaire de trafic de drogue connue sous le nom d'« Escobar du Sahara ».

L'Istiqlal, formation historique de droite dirigée par Nizar Baraka, espère de son côté peser sur l'après-scrutin grâce à un discours social. Le Parti de la justice et du développement, ou PJD, se place dans l'opposition et promet une rupture avec les conflits d'intérêts et la corruption. Son dirigeant Abdelilah Benkirane conserve une capacité de mobilisation, tout en défendant des positions conservatrices sur les questions de société. Dans un paysage fragmenté, aucun résultat ne se lit donc sans tenir compte des négociations de coalition.

La jeunesse, variable politique décisive

La participation des jeunes est devenue l'un des enjeux majeurs de la journée. La défiance envers les formations politiques est particulièrement forte parmi ceux qui entrent dans la vie active, affrontent un marché de l'emploi tendu ou envisagent l'émigration. L'afflux massif de migrants, pour beaucoup de jeunes Marocains, vers l'enclave espagnole de Ceuta moins de deux mois avant le vote a rappelé brutalement cette réalité. Le sujet migratoire n'a pas dominé les programmes, mais il éclaire les aspirations économiques et sociales qui traversent la campagne.

Les jeunes électeurs ne forment pas un bloc. Les attentes diffèrent entre les diplômés des villes, les travailleurs précaires, les habitants des zones rurales et ceux qui se projettent vers l'étranger. Un point commun ressort pourtant : la demande d'une parole politique qui s'accompagne d'effets mesurables. Une promesse de réforme de l'éducation n'a pas le même sens selon qu'elle se traduit par des classes moins chargées, des transports plus fiables ou un accès réel à l'emploi après le diplôme.

Pour les partis, cette réalité impose une campagne moins fondée sur les slogans et davantage sur l'exécution. Le résultat de mercredi donnera une indication sur leur aptitude à y répondre, sans résoudre à lui seul la crise de confiance. Une forte participation des jeunes conforterait l'idée que le scrutin reste un canal d'expression utile. Une mobilisation faible renforcerait au contraire la pression sur le prochain gouvernement pour produire rapidement des réponses sociales visibles.

Ce que les résultats permettront de mesurer

Au soir du vote, le premier chiffre regardé sera naturellement celui de la participation. Il donnera un aperçu du niveau de mobilisation nationale, mais devra être complété par une lecture régionale et générationnelle. Le deuxième indicateur sera l'écart entre les principales formations. Sans sondages diffusés pendant la campagne, un résultat serré pourrait prolonger l'incertitude jusqu'aux discussions sur les alliances.

Le troisième point sera la capacité des partis à convertir leurs promesses sociales en mandat politique clair. Le RNI devra établir que son bilan reste défendable malgré la pression sur le budget des ménages. Le PAM cherchera à démontrer que son discours de renouvellement dépasse un simple changement de visage. L'Istiqlal et le PJD mesureront leur faculté à redevenir des partenaires incontournables ou à structurer une opposition crédible.

Au-delà des rapports de force, cette élection pose une question durable : comment rétablir un lien de confiance entre les institutions, les partis et une population qui veut voir les réformes se traduire dans le quotidien. Les urnes de ce mercredi ne donnent pas une réponse définitive. Elles dessinent toutefois la force avec laquelle le prochain exécutif devra s'y atteler.

Sources

Les faits de cette journée et les principales déclarations sont rapportés par France 24 et l'AFP. Pour le contexte institutionnel, consulter également la Chambre des représentants du Maroc.

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