Copier la citation
Commencez à taper pour rechercher
International Décryptage

Donald Trump mise sur l'asphyxie économique pour tenter de vaincre l'Iran

Six mois après le début des frappes américaines contre l'Iran, Washington déploie une nouvelle vague de sanctions visant cinq secteurs stratégiques pour tenter d'asphyxier économiquement Téhéran.

Par Rédaction Arkendia News
Publié le 25/08/2026 à 04:15 · 6 min de lecture
9 vues
Portrait officiel du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent
Photo : Département du Trésor des États-Unis, domaine public, via Wikimedia Commons.
En bref
Sommaire
  1. Une nouvelle salve de sanctions visant cinq secteurs stratégiques
  2. Un « D-Day » économique annoncé par Donald Trump
  3. Le détroit d'Ormuz, cœur d'un bras de fer stratégique
  4. Une économie iranienne exsangue
  5. Washington ne ferme pas la porte à de nouvelles frappes
  6. Téhéran et Pékin dénoncent une stratégie vouée à l'échec

Six mois après le début des opérations militaires américaines contre l'Iran, Washington change de stratégie. Faute d'avoir obtenu une issue militaire décisive, l'administration de Donald Trump mise désormais sur l'asphyxie économique pour contraindre Téhéran à négocier, en déployant une nouvelle vague de sanctions présentée comme la plus large depuis le début du conflit.

Une nouvelle salve de sanctions visant cinq secteurs stratégiques

Lors d'une conférence de presse tenue lundi 24 août, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a annoncé sa volonté de couper toutes les ressources économiques qui, selon lui, maintiennent en vie le régime iranien. Les nouvelles mesures visent cinq secteurs précis : les actifs numériques, la technologie, l'or, l'aviation et le transport maritime. Plus de soixante entités, personnes physiques et navires à travers le monde, jugés impliqués dans l'acquisition par l'Iran de technologies nucléaires ou balistiques illicites, dans des opérations cybernétiques ou dans la génération de recettes pétrolières, sont directement visés.

« L'Iran fait face à un choix très clair, avec seulement deux chemins possibles : une totale isolation et une économie de subsistance, ou un retour vers la normalité avec l'occasion de rejoindre l'économie mondiale », a averti Scott Bessent, sans détailler davantage les prochaines mesures envisagées. Il a également mis en garde les pays qui laisseraient des entités faciliter le blanchiment d'argent au nom de Téhéran, ceux-ci risquant selon lui d'être expulsés du système dollar. « Le compte à rebours a commencé », a-t-il ajouté.

Un « D-Day » économique annoncé par Donald Trump

Quelques jours plus tôt, le président américain avait promis un « D-Day » économique, en référence directe au débarquement allié en Normandie du 6 juin 1944, appelant l'ensemble de ses alliés à se joindre à cette offensive. Lundi, sur son réseau Truth Social, Donald Trump a assuré que l'Iran s'effondre complètement, glissant vers une rhétorique de victoire alors même que la situation militaire sur le terrain reste, selon plusieurs observateurs, dans une impasse depuis plusieurs mois.

Cette communication offensive intervient à un moment sensible pour le président américain, à quelques mois des élections de mi-mandat prévues en novembre, dans un contexte où la prolongation du conflit pèse sur les prix de l'énergie et, plus largement, sur l'opinion publique intérieure. Présenter la pression économique comme une victoire imminente permet à la Maison Blanche de justifier la durée de l'engagement américain sans reconnaître explicitement l'absence de dénouement militaire rapide.

Le détroit d'Ormuz, cœur d'un bras de fer stratégique

Au centre de ce conflit se trouve le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran de manière quasi continue depuis six mois. Ce passage maritime, par lequel transitait auparavant près d'un cinquième des hydrocarbures mondiaux, joue un rôle capital dans l'équilibre énergétique international. Son blocage prolongé a entraîné une envolée des prix du pétrole, une pression accrue sur l'économie américaine et, par ricochet, sur Donald Trump à l'approche du scrutin de mi-mandat.

L'Iran a exclu tout retour à la situation antérieure au conflit dans le détroit, tout en discutant depuis plusieurs semaines des modalités de son franchissement avec le sultanat d'Oman, qui borde la rive sud de ce passage stratégique. Le chef de la diplomatie omanaise, Badr Al Boussaïdi, était attendu mardi à Téhéran pour poursuivre ces discussions. Illustrant les risques persistants dans la zone, un pétrolier a été touché par un projectile non identifié au large d'Oman, selon l'agence maritime britannique UKMTO.

Une économie iranienne exsangue

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a lui même reconnu que son pays faisait face à de nombreuses difficultés économiques, après des décennies de sanctions internationales et américaines. Le 22 juillet, l'inflation atteignait 66 % sur douze mois, contre 46 % en février, tandis que la monnaie nationale poursuivait sa chute : un dollar s'échangeait la semaine dernière contre 1,88 million de rials, contre 1,65 million juste avant le début du conflit.

Selon la société de suivi maritime Kpler, le blocus américain imposé aux ports iraniens a provoqué un effondrement des exportations pétrolières du pays, passées de deux millions de barils par jour avant la guerre à seulement 0,4 million de barils à la mi août, leur niveau le plus bas depuis le début des hostilités. Cette chute prive Téhéran d'une ressource financière essentielle, dans un contexte où le régime cherche par ailleurs à maintenir son effort militaire et à financer les besoins de sa population.

Washington ne ferme pas la porte à de nouvelles frappes

Le ministre américain de la défense, Pete Hegseth, a néanmoins tenu à préciser que cette pression économique maximale ne signifiait en rien la fin des opérations militaires. « Nous ne comptons à aucun moment nous passer des frappes, que ce soit dans le détroit d'Ormuz ou en Iran », a-t-il affirmé devant la presse, laissant planer la possibilité d'une reprise des hostilités si Washington la jugeait nécessaire.

Cette double approche, économique et militaire, illustre la difficulté de l'administration américaine à définir une stratégie de sortie de crise claire. Six mois après le déclenchement du conflit, ni les frappes menées jusqu'ici ni la pression diplomatique n'ont permis d'obtenir la capitulation recherchée par Washington, ce qui explique le recours croissant à l'arme économique comme nouveau levier principal.

Téhéran et Pékin dénoncent une stratégie vouée à l'échec

Sur la télévision d'État iranienne, le ministre de l'économie, Ali Madanizadeh, a promis une nouvelle défaite des États-Unis, assurant que Téhéran disposait d'un plan sur deux ans pour contrer les sanctions américaines. « Les États-Unis ont tout fait pour tester la détermination du peuple iranien et de ses responsables, mais ils ont échoué à chaque fois », a-t-il affirmé. L'Iran avait par ailleurs averti, avant même l'annonce des nouvelles sanctions, qu'il y aurait des conséquences pour les pays qui rejoindraient la campagne de pression économique américaine, qualifiant ces mesures d'aveu de défaite de la part de Washington.

La Chine, partenaire commercial majeur de Téhéran et importante consommatrice de pétrole iranien, a également critiqué l'initiative américaine, estimant que les sanctions et la pression ne permettraient pas de résoudre le conflit au Moyen-Orient. Interrogé sur une éventuelle implication de Pékin dans le viseur du Trésor américain, Scott Bessent a répondu, sans citer directement la Chine, que toute entité facilitant des transactions et faisant partie de l'écosystème qui transforme le pétrole iranien en argent, puis en répression, serait visée par le Trésor américain.

Source : d'après Le Monde.

Partager
Votre réaction
Précédent
La RDC et les combattants du M23 annoncent une feuille de route pour les pourparlers de paix
Suivant
Turquie : la CEDH ordonne la libération d'Osman Kavala, symbole de la répression du régime d'Erdogan