Combien percevrez-vous à la retraite ? C'est la question que tous les actifs devraient se poser, et que trop peu abordent concrètement avant 50 ans. Pourtant, la réponse conditionne des décisions majeures : l'âge auquel vous pouvez partir, l'effort d'épargne complémentaire nécessaire, les choix de carrière qui maximisent votre future pension. En 2026, avec la réforme des retraites de 2023 désormais pleinement en vigueur, les règles ont évolué. Ce guide vous explique comment fonctionne le calcul de la retraite, comment utiliser les simulateurs officiels, et comment agir dès maintenant pour améliorer votre future pension.

La Réforme des Retraites de 2023 : Ce Qui A Changé

La loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, adoptée en mars 2023 sous le gouvernement Borne, a introduit les modifications les plus significatives du système de retraite français depuis la réforme Fillon de 2003. Deux paramètres clés ont été modifiés :

L'âge légal de départ : 62 ans vers 64 ans

L'âge légal de départ à la retraite est progressivement relevé de 62 à 64 ans. Cette montée en charge est progressive : elle augmente de 3 mois par génération à partir des personnes nées après le 31 août 1961.

  • Génération 1961 (nés après août 61) : 62 ans et 3 mois
  • Génération 1962 : 62 ans et 6 mois
  • Génération 1963 : 62 ans et 9 mois
  • Génération 1964 : 63 ans
  • Génération 1965 : 63 ans et 3 mois
  • Génération 1966 : 63 ans et 6 mois
  • Génération 1967 : 63 ans et 9 mois
  • Génération 1968 et après : 64 ans

Attention : l'âge légal est l'âge minimum de départ, pas l'âge de départ à taux plein. Partir à l'âge légal avec une carrière incomplète entraîne une décote.

La durée de cotisation pour le taux plein : vers 172 trimestres

La durée de cotisation requise pour bénéficier d'une retraite à taux plein (sans décote) est également relevée, pour atteindre 172 trimestres (43 ans) pour les générations nées à partir de 1965. La montée en charge se fait également progressivement :

  • Génération 1958 à 1960 : 167 trimestres (41 ans et 9 mois)
  • Génération 1961 à 1963 : 169 trimestres (42 ans et 3 mois)
  • Génération 1964 : 169 trimestres
  • Génération 1965 : 170 trimestres
  • Génération 1966 : 171 trimestres
  • Génération 1967 : 172 trimestres
  • Génération 1968 et après : 172 trimestres (43 ans)

Ces deux paramètres sont indépendants. Vous pouvez partir à l'âge légal même si vous n'avez pas vos trimestres (avec une décote), et à l'inverse obtenir le taux plein automatiquement en atteignant 67 ans, quelle que soit votre durée de cotisation — c'est l'âge d'annulation automatique de la décote.

La Structure du Système de Retraite Français

Le système de retraite français est organisé en plusieurs régimes superposés, selon votre statut professionnel.

Le régime général (CNAV) : pour les salariés du privé

La Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV) gère la retraite de base de la majorité des salariés du secteur privé. Les cotisations retraite prélevées sur votre salaire financent directement les pensions des retraités actuels — c'est le principe de la répartition.

Pour valider un trimestre en 2026, il faut avoir cotisé sur la base d'un salaire brut d'au moins 1 690 € (environ 150 fois le SMIC horaire). Un salarié au SMIC valide 4 trimestres dans l'année. On ne peut pas valider plus de 4 trimestres par an.

La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO

En plus du régime de base, les salariés du privé cotisent obligatoirement à l'AGIRC-ARRCO, la retraite complémentaire issue de la fusion en 2019 de l'ARRCO (pour tous les salariés) et de l'AGIRC (pour les cadres). Ce régime fonctionne par points : vous accumulez des points tout au long de votre carrière en proportion de vos cotisations, et à la retraite, votre pension complémentaire est calculée en multipliant votre nombre de points par la valeur du point.

La valeur du point AGIRC-ARRCO est revalorisée chaque année. Elle était de 1,3498 € en novembre 2024. Un salarié au salaire moyen (environ 2 800 € brut mensuel) accumule environ 65 à 80 points AGIRC-ARRCO par an.

Les autres régimes

Selon votre statut, d'autres régimes s'appliquent :

  • Fonctionnaires : CNRACL (collectivités territoriales et hospitaliers) ou SRE (État) — calcul basé sur le dernier traitement indiciaire brut, pas sur les 25 meilleures années
  • Indépendants et professions libérales : SSI (ex-RSI), CIPAV et autres caisses professionnelles
  • Agriculteurs : MSA
Ce guide se concentre sur le régime général et l'AGIRC-ARRCO, qui couvrent la grande majorité des actifs français.

Comment Est Calculée la Retraite de Base ?

Le montant de votre retraite de base au régime général est calculé selon une formule précise, basée sur trois éléments :

1. Le Salaire Annuel Moyen (SAM)

Le SAM est la moyenne des 25 meilleures années de salaire de votre carrière (depuis 1994, les salaires sont pris en compte jusqu'au plafond annuel de la Sécurité sociale). Le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) pour 2025 est de 46 368 € (3 864 € par mois). Même si vous avez gagné 100 000 € par an, seuls 46 368 € sont pris en compte pour le calcul du SAM.

Cette règle est fondamentale : les cadres à hauts salaires doivent absolument prévoir une retraite complémentaire (assurance vie, PER, immobilier...) car leur retraite de base sera proportionnellement bien inférieure à leur dernier salaire.

2. Le taux de liquidation

Le taux de liquidation maximal (taux plein) est de 50 % pour le régime général. C'est le taux appliqué si vous avez tous vos trimestres ou si vous partez à 67 ans. Si vous partez avant d'avoir tous vos trimestres, une décote s'applique : 1,25 % par trimestre manquant (avec un maximum de 25 %).

Inversement, si vous continuez à travailler au-delà du taux plein, une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire s'ajoute au taux de base, ce qui peut porter le taux bien au-delà de 50 %.

3. Le coefficient de proratisation

Si vous avez cotisé dans plusieurs régimes (français et étrangers, par exemple), ou si votre carrière est incomplète sous d'autres critères, un coefficient supplémentaire peut s'appliquer.

La formule complète

La pension annuelle de base est calculée ainsi :

Pension = SAM × Taux × (Trimestres cotisés / Trimestres requis pour taux plein)

Exemple : SAM de 36 000 €, 168 trimestres cotisés pour 172 requis, taux plein de 50 %.
Pension = 36 000 × 50 % × (168/172) = 36 000 × 0,50 × 0,9767 ≈ 17 580 € par an ≈ 1 465 € brut par mois.

Le montant maximum de la pension de base au régime général est de 50 % du plafond SS soit environ 1 932 € brut mensuel en 2025 (pour un salarié ayant toujours cotisé au plafond et partant à taux plein).

Trimestres Assimilés et Validés : Ce Qui Compte

Tous les trimestres ne proviennent pas directement du travail. Le système reconnaît des trimestres assimilés pour diverses situations :

  • Chômage : 1 trimestre par période de 50 jours de chômage indemnisé (allocations chômage)
  • Maladie, maternité, invalidité : 1 trimestre par 60 jours continus d'arrêt indemnisé
  • Congé maternité : trimestres accordés pour chaque enfant (8 trimestres au total pour la mère, partageable avec le père dans certains cas depuis 2010)
  • Service militaire : les périodes de service militaire obligatoire sont prises en compte
  • Emploi à l'étranger : sous conventions bilatérales, les périodes travaillées dans certains pays peuvent être prises en compte

Les Outils Officiels pour Simuler sa Retraite

Info-retraite.fr : le portail officiel unifié

Le site info-retraite.fr est le portail officiel du Groupement d'Intérêt Public (GIP) Union Retraite, qui regroupe tous les régimes de retraite obligatoires français. C'est la référence incontournable pour simuler votre future pension.

Depuis ce portail, vous pouvez accéder à Mon Compte Retraite, un espace personnel sécurisé qui agrège les informations de tous vos régimes. Vous y trouvez :

  • Votre relevé de carrière complet (tous régimes)
  • Le détail de vos trimestres validés et assimilés
  • Une estimation de votre future pension selon différents scénarios d'âge de départ
  • La simulation de l'impact d'un départ anticipé ou différé

Mon Compte Retraite : comment l'utiliser

La connexion à Mon Compte Retraite se fait via FranceConnect (avec vos identifiants Ameli, impots.gouv, ou La Poste). L'outil est précis et actualisé régulièrement. Il prend en compte tous les régimes auxquels vous avez cotisé.

Pour une simulation pertinente, renseignez :

  1. Votre âge de départ souhaité (l'outil calcule l'impact de chaque choix)
  2. Vos hypothèses d'évolution salariale future
  3. Votre statut actuel (salarié, indépendant, fonctionnaire)

L'outil génère une estimation de pension mensuelle brute en euros constants (sans prendre en compte l'inflation future). Cette estimation augmente chaque fois que vous mettez à jour votre situation.

Les simulateurs complémentaires

D'autres outils peuvent compléter la simulation officielle :

  • Le simulateur AGIRC-ARRCO sur agirc-arrco.fr pour estimer votre retraite complémentaire spécifiquement
  • Le simulateur de l'Assurance Retraite (assurance-retraite.fr) pour le régime général uniquement
  • Les simulateurs des banques et assureurs (souvent moins précis car non connectés aux données réelles de carrière)

Interpréter les Résultats de la Simulation

Retraite brute vs retraite nette

Les simulations officielles affichent le montant de pension brut. En pratique, votre pension nette sera inférieure de 8 à 10 % environ, après déduction des cotisations sociales sur les pensions (CSG à 8,3 % pour les retraités imposables, CRDS à 0,5 %, Casa à 0,3 %). Les retraités non imposables ou à faibles revenus bénéficient d'un taux de CSG réduit (3,8 %) voire d'une exonération.

Le taux de remplacement

Le taux de remplacement est le ratio entre votre pension de retraite nette et votre dernier salaire net. En France, il est en moyenne de l'ordre de 65 à 75 % pour les salariés du privé à carrière complète, mais peut descendre à 50 % ou moins pour les cadres à hauts salaires (à cause du plafonnement du SAM) ou pour les personnes ayant des carrières incomplètes.

Exemple : un salarié gagnant 3 000 € nets peut espérer une pension de 1 950 à 2 250 € nets avec une carrière complète. Un cadre gagnant 6 000 € nets pourra percevoir 2 500 à 3 000 € nets malgré son salaire plus élevé, en raison du plafonnement.

Les Leviers pour Améliorer sa Future Pension

1. Le rachat de trimestres

Il est possible de "racheter" des trimestres que vous n'avez pas cotisés : années d'études supérieures validées par un diplôme, et années d'activité à temps partiel insuffisant pour valider 4 trimestres. Le coût varie selon votre âge et votre salaire. Un rachat peut être particulièrement rentable si vous êtes proche du seuil de taux plein — quelques trimestres de plus peuvent éliminer une décote significative et justifier économiquement le coût du rachat.

La demande de rachat se fait auprès de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse). Une simulation de rentabilité est disponible sur info-retraite.fr. Il faut calculer la durée de récupération du coût du rachat via l'augmentation de pension — en général, la "durée de récupération" est de 5 à 15 ans selon les cas.

2. La retraite progressive

Depuis 2017 (et facilitée par la réforme 2023), la retraite progressive permet de réduire son temps de travail tout en liquidant une fraction de sa pension avant l'âge légal (sous conditions). C'est une transition en douceur vers la retraite totale, permettant d'améliorer son bien-être tout en continuant à cotiser et à accumuler des droits.

3. La surcote : travailler au-delà du taux plein

Chaque trimestre travaillé après avoir atteint à la fois l'âge légal et le nombre de trimestres requis pour le taux plein génère une surcote de 1,25 % par trimestre, soit 5 % par an. Travailler 2 ans supplémentaires peut augmenter votre pension de base de 10 %. Cette stratégie est particulièrement intéressante si vous avez une bonne santé et un emploi satisfaisant.

4. Le Plan d'Épargne Retraite (PER)

Créé par la loi PACTE de 2019 pour remplacer le PERP et le Madelin, le Plan d'Épargne Retraite est le dispositif d'épargne retraite de référence en France. Son principal avantage : les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite d'un plafond annuel (généralement 10 % des revenus professionnels nets, dans une limite absolue). Pour un contribuable à 30 % de tranche marginale, verser 1 000 € sur son PER ne coûte effectivement que 700 € après économie fiscale.

Le PER est bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé exceptionnels : décès du conjoint ou partenaire de Pacs, invalidité, fin des droits au chômage, surendettement, et acquisition de la résidence principale. À la sortie, vous pouvez opter pour un capital (imposable à l'IR sur la part versée, et au PFU sur les gains) ou une rente viagère.

5. L'épargne complémentaire libre (assurance vie, PEA, immobilier)

Pour les cadres et professions libérales dont la retraite obligatoire représente une faible fraction de leur dernier revenu, l'épargne complémentaire libre est indispensable. L'assurance vie (pour sa flexibilité et sa fiscalité après 8 ans), le PEA (pour les actions européennes exonérées d'IR après 5 ans) et l'investissement immobilier locatif (pour les revenus réguliers) constituent les piliers d'une stratégie de retraite complète.

Cas Pratiques : Estimez Votre Situation

Cas 1 : Salarié né en 1975, 172 trimestres requis

Un salarié né en 1975, avec un salaire moyen de 2 800 € brut sur ses 25 meilleures années (soit environ 2 000 € nets), partant à 64 ans avec 172 trimestres complets :

  • SAM ≈ 33 600 € brut annuel
  • Pension de base = 33 600 × 50 % = 16 800 € an ≈ 1 400 € brut mensuel
  • AGIRC-ARRCO estimé (30 ans à ce salaire) : environ 700 à 800 € brut mensuel
  • Total brut : environ 2 100 à 2 200 €/mois
  • Total net après cotisations : environ 1 900 à 2 000 €/mois
  • Taux de remplacement approximatif : environ 75 % du salaire net

Cas 2 : Cadre né en 1978, haut salaire

Un cadre né en 1978, avec un salaire final de 80 000 € brut (environ 5 000 € nets), partant à 64 ans avec carrière complète :

  • SAM plafonné au PASS : 46 368 € (le salaire réel de 80 000 € est plafonné)
  • Pension de base = 46 368 × 50 % = 23 184 € an ≈ 1 932 € brut mensuel (maximum légal)
  • AGIRC-ARRCO : estimé à 1 500 à 2 000 € brut mensuel (cotisations tranche 1 et 2)
  • Total brut : environ 3 400 à 3 900 €/mois
  • Taux de remplacement : environ 55 à 65 % seulement
  • Besoin d'épargne complémentaire important pour maintenir le niveau de vie

Calendrier Recommandé par Tranche d'Âge

Avant 35 ans : ouvrez un PER et/ou une assurance vie, même avec de petites sommes. La capitalisation sur 30 ans est votre meilleur allié. Vérifiez que vos trimestres sont bien comptabilisés sur Mon Compte Retraite.

Entre 35 et 50 ans : faites votre premier point retraite sérieux sur info-retraite.fr. Calculez votre taux de remplacement projeté. Si l'écart avec votre niveau de vie actuel est important, intensifiez l'épargne long terme (PER, assurance vie, PEA). Renseignez-vous sur le coût d'un éventuel rachat de trimestres.

Entre 50 et 60 ans : finalisez votre stratégie de départ. Actualisez la simulation sur Mon Compte Retraite. Évaluez l'intérêt de la retraite progressive. Si vous envisagez de partir avant 64 ans (retraite anticipée pour carrière longue ou handicap), vérifiez vos conditions d'éligibilité.

Après 60 ans : demandez un bilan retraite auprès de votre CARSAT (Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail) — ce service est gratuit et permet de préparer votre demande de retraite administrative. Anticipez votre dossier au moins 6 mois avant la date souhaitée.

Conclusion

Simuler sa retraite n'est pas réservé aux quinquagénaires. C'est un exercice qui révèle parfois des écarts importants entre le niveau de vie espéré et la pension réellement attendue — un écart qu'il est d'autant plus facile de combler qu'on le découvre tôt. Les outils officiels sur info-retraite.fr sont précis, gratuits, et accessibles à tous. Prenez 30 minutes cette année pour faire votre point retraite. Vérifiez votre relevé de carrière, corrigez les éventuelles erreurs, et projetez votre pension selon différents scénarios d'âge de départ. Ces 30 minutes pourraient influencer significativement vos finances sur les 20 à 30 prochaines années de retraite.